Selon Christian Cambon, « l’armée française est une force complète pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur »
Dans un contexte international et géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et le retour du conflit militaire de haute intensité, les budgets de la défense s’envolent en Europe, des augmentations spectaculaires jamais observées depuis la fin de la guerre froide. Pour Christian Cambon, la France poursuit la remontée budgétaire prévue par la loi de Programmation militaire, qu’il faudra adapter aux « enseignements » de la guerre ukrainienne.

Selon Christian Cambon, « l’armée française est une force complète pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur »

Dans un contexte international et géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et le retour du conflit militaire de haute intensité, les budgets de la défense s’envolent en Europe, des augmentations spectaculaires jamais observées depuis la fin de la guerre froide. Pour Christian Cambon, la France poursuit la remontée budgétaire prévue par la loi de Programmation militaire, qu’il faudra adapter aux « enseignements » de la guerre ukrainienne.
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Par Louis Dubar

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« L’armée française est une force complète, un modèle composite, pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur », notamment en termes de moyens, explique Christian Cambon, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat. Début mars, le président LR avait alerté l’opinion publique sur les manques de moyens de l’armée, soulignant des « trous capacitaires » en cas de guerre de haute intensité. « Au bout de 15 jours, on commencerait à avoir de vraies difficultés, peut-être avant sur certains équipements », avait-il souligné.

Même si l’armée française ne combat pas au sol, l’effet des combats se fait sentir dans les stocks de munitions et d’équipements. Le 18 mai, le président de la République, Emmanuel Macron a annoncé vouloir « intensifier » l’appui militaire hexagonal et les livraisons d’armes à Kiev. Secret de Polichinelle depuis le début du conflit, Paris lève progressivement le voile sur les armes et les équipements accordés à l’Ukraine. Missiles antichars Milan, missiles antiaériens Mistral et pièces d’artillerie Caesar composent les principales cessions de Paris à l’Ukraine. Ces livraisons risquent-elles d’affaiblir les capacités opérationnelles de l’armée française ?

L’armée française poursuit sa mutation et sa modernisation

« Le problème est comment adapter cette transformation d’une armée et une industrie, de temps de paix au temps de guerre. Pendant 30 ans, les différents gouvernements n’avaient aucun intérêt à entasser des munitions et des équipements qui ne serviraient jamais », souligne Christian Cambon, sénateur Les Républicains du Val-de-Marne. « En temps de paix, l’armée n’est pas dans une logique de stockage. Dans certains cas, on préfère le simulateur au missile testé sur le terrain. » Auditionné au Sénat début mai, le délégué général pour l’armement, Joël Barre, préconisait « un maintien en condition opérationnelle de nos équipements, de la performance des disponibilités, en particulier pour les aéronefs, et de la mise à niveau des stocks. » Le délégué général a également souligné la nécessité de renforcer les moyens alloués à la filière munitions en cas de mise à jour de la LPM.

« Depuis le mois de février, nous avons été projetés dans une situation de guerre, même si la France n’est pas un pays cobelligérant. L’Hexagone pourrait être concerné par une extension du conflit », confie le sénateur LR. Selon lui, il convient d’adapter les chaînes de valeurs à cette nouvelle donne géopolitique. Les avancées technologiques dans le domaine militaire allongent considérablement les durées de production des industriels. A titre d’exemple, la production d’un avion de combat Rafale dure entre 24 et 36 mois. « Par exemple, si vous commandez vingt missiles par an et que vous en demandez tout d’un coup deux cents le trimestre suivant, il n’est pas sûr que les industriels parviennent à suivre la cadence », explique Christian Cambon.

Au cours de son audition, le délégué général pour l’armement Joël Barre a confirmé la livraison de canons CAESAR à Kiev, fin mars, début avril de six équipements prélevés sur les stocks de l’armée nationale, sur les 76 Caesar en service, des pièces d’artillerie qui ont dû être adaptées « aux systèmes de commandement ukrainien. » A la question 'ces livraisons et cessations risquent-elles d’affaiblir les capacités opérationnelles de l’armée française ?' Christian Cambon tempère : « Ces livraisons pourraient nous handicaper si on en a besoin tout de suite en cas de haute-intensité. D’où notre demande, identique à celle que nous avons formulée au moment où la Grèce a commandé rapidement des Rafale, de lancer les commandes le plus vite possible pour réapprovisionner rapidement les stocks. »

De plus, la loi de programmation militaire promulguée en 2018 a « très sensiblement rehaussé les capacités de nos armées. » Depuis 2017, le gouvernement a entrepris de nombreux ajustements budgétaire pour augmenter les moyens des forces armées françaises. Emmanuel Macron ambitionne que les dépenses budgétaires relatives à la défense atteignent les 2 % de PIB à l’horizon 2025, « soit près de 50 milliards d’euros prévus. » « Même si je n’appartiens pas au même bord politique que le président de la République, il faut reconnaître que cette LPM est un élément positif pour nos armées. » Les premiers résultats se feraient même « sentir » : l’admission au service actif du sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, l’acquisition de véhicules Griffon, le renforcement des capacités cybers…

 

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