Selon Christian Cambon, « l’armée française est une force complète pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur »
Dans un contexte international et géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et le retour du conflit militaire de haute intensité, les budgets de la défense s’envolent en Europe, des augmentations spectaculaires jamais observées depuis la fin de la guerre froide. Pour Christian Cambon, la France poursuit la remontée budgétaire prévue par la loi de Programmation militaire, qu’il faudra adapter aux « enseignements » de la guerre ukrainienne.

Selon Christian Cambon, « l’armée française est une force complète pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur »

Dans un contexte international et géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et le retour du conflit militaire de haute intensité, les budgets de la défense s’envolent en Europe, des augmentations spectaculaires jamais observées depuis la fin de la guerre froide. Pour Christian Cambon, la France poursuit la remontée budgétaire prévue par la loi de Programmation militaire, qu’il faudra adapter aux « enseignements » de la guerre ukrainienne.
Public Sénat

Par Louis Dubar

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« L’armée française est une force complète, un modèle composite, pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur », notamment en termes de moyens, explique Christian Cambon, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat. Début mars, le président LR avait alerté l’opinion publique sur les manques de moyens de l’armée, soulignant des « trous capacitaires » en cas de guerre de haute intensité. « Au bout de 15 jours, on commencerait à avoir de vraies difficultés, peut-être avant sur certains équipements », avait-il souligné.

Même si l’armée française ne combat pas au sol, l’effet des combats se fait sentir dans les stocks de munitions et d’équipements. Le 18 mai, le président de la République, Emmanuel Macron a annoncé vouloir « intensifier » l’appui militaire hexagonal et les livraisons d’armes à Kiev. Secret de Polichinelle depuis le début du conflit, Paris lève progressivement le voile sur les armes et les équipements accordés à l’Ukraine. Missiles antichars Milan, missiles antiaériens Mistral et pièces d’artillerie Caesar composent les principales cessions de Paris à l’Ukraine. Ces livraisons risquent-elles d’affaiblir les capacités opérationnelles de l’armée française ?

L’armée française poursuit sa mutation et sa modernisation

« Le problème est comment adapter cette transformation d’une armée et une industrie, de temps de paix au temps de guerre. Pendant 30 ans, les différents gouvernements n’avaient aucun intérêt à entasser des munitions et des équipements qui ne serviraient jamais », souligne Christian Cambon, sénateur Les Républicains du Val-de-Marne. « En temps de paix, l’armée n’est pas dans une logique de stockage. Dans certains cas, on préfère le simulateur au missile testé sur le terrain. » Auditionné au Sénat début mai, le délégué général pour l’armement, Joël Barre, préconisait « un maintien en condition opérationnelle de nos équipements, de la performance des disponibilités, en particulier pour les aéronefs, et de la mise à niveau des stocks. » Le délégué général a également souligné la nécessité de renforcer les moyens alloués à la filière munitions en cas de mise à jour de la LPM.

« Depuis le mois de février, nous avons été projetés dans une situation de guerre, même si la France n’est pas un pays cobelligérant. L’Hexagone pourrait être concerné par une extension du conflit », confie le sénateur LR. Selon lui, il convient d’adapter les chaînes de valeurs à cette nouvelle donne géopolitique. Les avancées technologiques dans le domaine militaire allongent considérablement les durées de production des industriels. A titre d’exemple, la production d’un avion de combat Rafale dure entre 24 et 36 mois. « Par exemple, si vous commandez vingt missiles par an et que vous en demandez tout d’un coup deux cents le trimestre suivant, il n’est pas sûr que les industriels parviennent à suivre la cadence », explique Christian Cambon.

Au cours de son audition, le délégué général pour l’armement Joël Barre a confirmé la livraison de canons CAESAR à Kiev, fin mars, début avril de six équipements prélevés sur les stocks de l’armée nationale, sur les 76 Caesar en service, des pièces d’artillerie qui ont dû être adaptées « aux systèmes de commandement ukrainien. » A la question 'ces livraisons et cessations risquent-elles d’affaiblir les capacités opérationnelles de l’armée française ?' Christian Cambon tempère : « Ces livraisons pourraient nous handicaper si on en a besoin tout de suite en cas de haute-intensité. D’où notre demande, identique à celle que nous avons formulée au moment où la Grèce a commandé rapidement des Rafale, de lancer les commandes le plus vite possible pour réapprovisionner rapidement les stocks. »

De plus, la loi de programmation militaire promulguée en 2018 a « très sensiblement rehaussé les capacités de nos armées. » Depuis 2017, le gouvernement a entrepris de nombreux ajustements budgétaire pour augmenter les moyens des forces armées françaises. Emmanuel Macron ambitionne que les dépenses budgétaires relatives à la défense atteignent les 2 % de PIB à l’horizon 2025, « soit près de 50 milliards d’euros prévus. » « Même si je n’appartiens pas au même bord politique que le président de la République, il faut reconnaître que cette LPM est un élément positif pour nos armées. » Les premiers résultats se feraient même « sentir » : l’admission au service actif du sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, l’acquisition de véhicules Griffon, le renforcement des capacités cybers…

 

Partager cet article

Dans la même thématique

France, Perpignan, October 13, 2026: High school and university students demonstrate with trade union support
7min

Politique

Vote à 16 ans : la jeunesse doit-elle avoir son mot à dire dans les urnes ?

Comme d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon veut ouvrir les urnes aux lycéens, alors que les mobilisations de la jeunesse se multiplient. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier défendent aussi la mesure. Pourtant, malgré des retours réguliers dans le débat présidentiel, le vote à 16 ans reste lettre morte. Plusieurs universitaires analysent les résistances à cette réforme et ses effets possibles sur la participation politique.

Le

Selon Christian Cambon, « l’armée française est une force complète pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur »
3min

Politique

« Méthode détestable », « colère » : l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France tend les élus

Alors que le gouvernement a prévu de ponctionner 1,8 milliard d’euros du budget des départements dans le projet de loi de finances pour 2027, l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France a fortement déplu. Le Premier ministre a néanmoins invité les départements à le rencontrer le 16 novembre à Matignon, un report qui va « exacerber les tensions », a prévenu le président (centriste) des Départements de France, François Sauvadet. Une grande partie des élus ont quitté la salle quand la ministre des Collectivités s’est exprimée.

Le

Selon Christian Cambon, « l’armée française est une force complète pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur »
2min

Politique

En réponse à l’absence de Lecornu, les présidents de départements boycottent le discours de Françoise Gatel

Le Premier ministre a annulé hier soir sa venue aux Assises des départements de France et a convié à Matignon le 16 novembre les présidents des exécutifs locaux pour tenter de répondre à leurs inquiétudes sur le budget. En guise de protestation, les présidents de départements ont quitté la salle au moment du discours de la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel.

Le

Selon Christian Cambon, « l’armée française est une force complète pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur »
3min

Politique

« À l’EHPAD ! » : pour Xavier Bertrand, le candidat à droite qui « fera élire l'un des deux extrêmes aura intérêt à essayer la chirurgie esthétique ou l’exil »

Xavier Bertrand est le nouvel invité de l'émission « À l’EHPAD ! ». Alors qu'il est lui-même candidat à l'élection présidentielle de 2027, il est d'emblée interrogé sur la multiplication des candidatures à droite par les habitants de la résidence. Une émission à voir dès maintenant sur publicsenat.fr et les chaînes YouTube de « À l’EHPAD ! » et Ouest-France.

Le