Sénat : les premiers pas de Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur
Le bras droit de Christophe Castaner place Beauvau était dans l’hémicycle ce mardi, lors de l’examen d’une proposition de loi du groupe Les Républicains, pour lutter contre les violences dans les manifestations. Et pour sa première, il a demandé à la droite sénatoriale de revoir sa copie.

Sénat : les premiers pas de Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur

Le bras droit de Christophe Castaner place Beauvau était dans l’hémicycle ce mardi, lors de l’examen d’une proposition de loi du groupe Les Républicains, pour lutter contre les violences dans les manifestations. Et pour sa première, il a demandé à la droite sénatoriale de revoir sa copie.
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« C’est avec un profond sentiment de responsabilité que je me retrouve, aujourd’hui, devant vous. Il s’agit pour moi de ma première intervention devant la représentation nationale ». Présenté comme le technicien de Christophe Castaner, à Beauvau, Laurent Nuñez, il a été nommé la semaine dernière, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur. Et pour cet ancien patron de la DGSI, le baptême du feu devant le Parlement ne pouvait être plus idéal : l’examen d’une proposition de loi du groupe LR destinée à prévenir et sanctionner les violences lors des manifestations.

Énarque, ancien directeur de cabinet à la préfecture de Paris, ancien préfet de Marseille, il a reçu les félicitations de la droite de l’hémicycle. « Je voudrais vous féliciter pour votre toute récente nomination et vous avez là une proposition de loi qui peut vous permettre de vous saisir d’outils indispensables pour les forces de sécurité » a loué Bruno Retailleau, président du groupe LR et à l’origine du texte (voir notre article).

La droite sénatoriale a souhaité réagir aux violences et aux dégradations commises durant les manifestations du 1er mai par les « black blocks », ces groupes éphémères qui se fondent dans les cortèges, visent certains bâtiments et s’en prennent aux forces de l’ordre. Cette proposition de loi permet de créer des périmètres dans les manifestations à l’entrée desquels les policiers pourront fouiller les manifestants. Ce dispositif se rapproche des périmètres de sécurité dans les zones exposées à des risques terroristes, mis en place par la loi d’octobre 2017 intégrant certaines mesures de l’état d’urgence dans le droit commun.

Ce texte donne également au préfet le pouvoir d’interdire à une personne de manifester si elle représente une menace pour l’ordre public. Actuellement, seul le pouvoir judiciaire peut prononcer des interdictions individuelles de manifester. Les sénateurs souhaitent créer un fichier national regroupant toutes les personnes interdites de manifestation.

La droite sénatoriale veut sanctionner plus durement la dissimulation de son visage dans une manifestation et créer un délit, passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. Un manifestant cagoulé écope pour le moment d’une contravention et de 1 500 euros d’amende.

De quoi satisfaire à première vue l’ancien chef du renseignement intérieur, et pour autant, le nouveau secrétaire d’État a donné un avis défavorable au texte. « Si certains dispositifs nous paraissent ne pas manquer de pertinence, il nous semble qu’il nécessite encore un travail d’examen complémentaire et de réécriture pour qu’il soit pleinement opérationnel » a-t-il justifié en évoquant le périmètre de sécurité, le fichier national des interdictions de manifester, de la possibilité pour une autorité administrative d’interdire à toute personne susceptible de se livrer à des violences de participer à une manifestation et de la transformation en délit de la contravention de 5ème classe de dissimilation du visage. Soit une bonne partie du texte.

La droite sénatoriale veut aussi élargir la sanction du port d’arme dans une manifestation (3 ans de prison et 45 000 euros d’amende) au port de fusées d’artifice et matériel pyrotechnique pouvant être utilisés comme une arme. Une action déjà sanctionnée par le code pénal a rappelé Laurent Nuñez. « Introduire des exemples d’armes dans la loi n’est pas souhaitable car il pourrait entraîner un affaiblissement du droit ».

Pour conclure, le nouveau secrétaire d’État a assuré que le gouvernement « ne rejetait pas en bloc la proposition », « Mais d’avoir un premier échange permettant d’avoir dans quelques mois la rédaction d’un texte permettant de mieux répondre aux attentes des praticiens, des policiers, des gendarmes, des agents de police judiciaire, des magistrats ».

 

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le