Sénatoriales : la division menace le groupe PS après le scrutin

Sénatoriales : la division menace le groupe PS après le scrutin

Le groupe PS va perdre des sièges lors des sénatoriales. La grogne des élus locaux donne de l’optimisme mais la division à gauche risque de compliquer le jeu. Le débat sur la ligne à tenir face à Macron – soutien constructif ou opposition – pourrait aboutir à la scission du groupe après l'élection.
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Ce n’est pas un scoop : les sénatoriales s’annoncent sur le papier difficiles pour le PS. C’est la conséquence des municipales de 2014, qui s’étaient traduites pour les socialistes par la perte de nombreuses villes. Il faut avoir en tête que les sénatoriales sont en quelque sorte le troisième tour des municipales. 96% du corps électoral des grands électeurs élisant les sénateurs est composé des conseillers municipaux et de leurs délégués. Sans être un grand expert en carte électoral, le calcul est vite fait : le PS va perdre des plumes le 24 septembre, lors du renouvellement de la moitié des sièges.

Didier Guillaume : « La logique est que la droite gagne les sénatoriales et la gauche perde des sièges »

Didier Guillaume, président du groupe PS de la Haute assemblée, ne cherche pas à cacher cette réalité : « La logique est que la droite gagne les sénatoriales et la gauche perde des sièges » affirme-t-il à publicsenat.fr, confirmant ses propos tenus dans L'Epreuve de vérité, sur Public Sénat, le 7 septembre dernier. Il rappelait alors que le PS « a perdu 20 ou 25 (sièges) lors des dernières élections. Les municipales nous sont défavorables, on va peut-être en perdre le même nombre. Le moins possible ». Regardez :

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Mais difficile de donner un chiffre. « Honnêtement, on est dans le brouillard, comme tout le monde » affirme aujourd’hui Didier Guillaume, « c’est très très compliqué de faire un pronostic. C’est la première fois qu’il y a autant de listes ». Il y a un an, les pertes étaient estimées au sein du groupe entre 10 et 30 sièges (voir notre article). C’était avant la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle et la création du groupe La République En Marche au Sénat. Ses 29 membres sont essentiellement issus des rangs socialistes. Ramené de 109 à 86 sénateurs aujourd’hui, le groupe PS doit faire avec un fort taux de renouvellement de 53%, soit 46 des 86 sièges. Raison de plus d’en perdre.

« Les listes En marche auront énormément de difficultés. Ça devrait profiter à tous, à droite et à gauche »

Certains socialistes voient cependant une éclaircie grâce au fort mécontentement des élus locaux, échaudés par la surpression de postes d’emplois aidés ou les annonces sur les économies qui seront demandées aux collectivités. « J’ai assisté à des assemblées d’élus où j’étais impressionné. Il y a une colère » assure Martial Bourquin, sénateur PS du Doubs, « les listes En marche auront énormément de difficultés. Ça devrait profiter à tous, à droite et à gauche ».

Marie-Noëlle Lienemann, qui espère être réélue à la quatrième place sur la liste PS à Paris, ne croit « pas qu’il y ait une dynamique pour En Marche ». Mais elle tempère l’optimisme du fait des divisions : « Il y a un grand émiettement dans la situation politique. Les choses sont incertaines ». Françoise Cartron, vice-présidente PS du Sénat, est même encore plus prudente : « Je ne suis pas très confiante. J’ai vu la multiplicité des listes divers gauche. Dans le Nord par exemple, il y a le PS, LREM, une liste divers gauche et une écolo » souligne la sénatrice PS, qui se souvient que sa liste n’avait remporté un siège qu’avec trois voix de différences en 2014. Que les socialistes se rassurent sur un point : la droite ne fait pas mieux, et même pire, pour ce qui est de la division aux sénatoriales.

60 à 65 sénateurs PS ?

Certains ont fait leurs comptes. David Assouline, candidat aussi à Paris, « évalue le groupe autour de 65 sénateurs socialistes » au soir du scrutin, alors que d’autres évoquent le chiffre de 60. « L’objectif reste d’être le deuxième groupe du Sénat. Cela aura son importance politique et symbolique : être la principale force d’opposition à la droite sénatoriale et au gouvernement. Dans le contexte politique, ça lui donnera une certaine force et une crédibilité. Ce groupe aura un poids dans la refondation de la gauche et du PS que nous voulons bâtir » lance David Assouline.

Face aux 32 députés du groupe Nouvelle gauche (PS) de l’Assemblée, le groupe PS du Sénat pourrait en effet peser et assurer des financements à la rue de Solférino, qui en a bien besoin. Reste que pour peser, il vaut mieux rester uni. Or deux lignes distinctes apparaissent dans le groupe. Didier Guillaume souhaite la réussite d’Emmanuel Macron, tout en restant libre. D’autres, comme David Assouline ou Marie-Noëlle Lienemann, sont très critiques. Si bien qu’aujourd’hui, la question d’une nouvelle scission, après le départ des marcheurs, est ouvertement évoquée par certains.

« Le groupe pourrait se couper en deux entre Constructifs et ceux plus proches de la ligne du parti »

« Il y a beaucoup de choses qui se disent sur le fait que le groupe se coupe en deux entre Constructifs et ceux plus proches de la ligne du parti » affirme Jean-Yves Leconte, sénateur PS des Français établis hors de France, à nouveau candidat. Mais pour le sénateur, « on serait bien inspiré de rester unis. Etre deuxième groupe et donc premier groupe d’opposition représentera des avantages au sein du Sénat pour les commissions d’enquête, les missions d’information ou la commission des finances ». Sa présidence est en effet réservée au premier groupe d’opposition.

David Assouline n’entend pas faire l’impasse sur une discussion entre camarades après les sénatoriales. « Nous aurons des débats et je défendrai la position d’être clairement dans une opposition à ce gouvernement et à la majorité sénatoriale » explique le sénateur PS. « Il y aura une position claire. Pas d’ambiguïté. C’est à ce prix que nous pourrons continuer ensemble » prévient David Assouline, tout en soulignant qu’« il y a toujours eu des nuances dans ce groupe ».

« Ce n’est pas le moment de se quereller avant l’élection » note Martial Bourquin, « mais il faudra choisir une orientation et un président pour l’incarner ». Espérer la réussite d’Emmanuel Macron, « je ne suis pas sûr que ce soit la position du groupe, c’est celle de Didier Guillaume » selon Martial Bourquin, pour qui le PS doit « être à la fois une force d’opposition et à ce gouvernement néolibéral et une force de proposition ».

Françoise Cartron, qui se retrouve sur la ligne de Didier Guillaume, n’écarte pas non plus une séparation après les sénatoriales :

« Je ne sais pas quelle est l’intention des purs et durs. Est-ce qu’ils feront un groupe s’ils sont plus de 10 ? Remarquez, à un moment, il faut clarifier. (…) Si des gens pensent qu’on ne peut pas rester ensemble et faire des compromis, peut-être faudra-t-il se séparer, ce n’est pas exclu. Il faut rester uni, mais pas dans la cacophonie, sinon on n’est pas audible. C’est comme dans la vie, il faut savoir ce qu’on partage encore et savoir se séparer ».

Didier Guillaume : « Le débat qui traverse le groupe est le même que celui qui traverse le parti »

Interrogé sur ce risque de division, Didier Guillaume « espère que le groupe PS restera ensemble. Après, la question à se poser est celle du positionnement du groupe. Pour l’instant, on est dans les sénatoriales, on verra. Il y aura un débat sur la position du groupe. Et un vote » assure le sénateur de la Drôme, qui ne veut pas encore dire s’il se représentera à la tête du groupe sans en écarter l’idée. Le vote interne un juin dernier sur la confiance au gouvernement donne déjà une indication : 7 sénateurs PS ont voté contre, 5 pour et 53 ont choisi l’abstention. Mais certains, comme Martial Bourquin, s’étaient abstenus et souhaitent aujourd’hui se positionner dans l’opposition. Et de nouveaux élus pourraient rejoindre cette ligne en cas d’élection, comme le frondeur Laurent Baumel, tête de liste en Indre-et-Loire.

Pour Didier Guillaume, « le débat qui traverse le groupe est le même que celui qui traverse le parti. Le choix stratégique des socialistes, c’est de savoir si on court après Mélenchon, ou si on est positif et si on travaille à la réussite du quinquennat tout en se positionnant en fonction des textes ». Un débat qui « n’est pas un drame » selon le président de groupe. Manière d’anticiper une possible division, tout en la minimisant. Les sénateurs ne font en réalité qu’anticiper les débats qui auront lieu en 2018, lors d’un congrès de refondation du PS.

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