Sénatoriales : les grands électeurs, mode d’emploi
À quelques semaines des élections sénatoriales, ce vendredi, dans la moitié des départements, les conseils municipaux se réunissent, pour désigner les grands électeurs. Le 27 septembre prochain, ils seront 87 000 à voter pour le renouvellement de 172 sièges de la Haute assemblée. Mode d’emploi.

Sénatoriales : les grands électeurs, mode d’emploi

À quelques semaines des élections sénatoriales, ce vendredi, dans la moitié des départements, les conseils municipaux se réunissent, pour désigner les grands électeurs. Le 27 septembre prochain, ils seront 87 000 à voter pour le renouvellement de 172 sièges de la Haute assemblée. Mode d’emploi.
Public Sénat

Par Simon Barbarit & François Vignal

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Pour ceux qui ne le savaient pas, le Sénat (composé de 348 élus) est renouvelé de moitié tous les trois ans au suffrage universel indirect. Cette année, ce sont 172 sénatrices et sénateurs de la série 2 (élus en 2014) qui voient leur mandat renouvelable. Ils devaient être 178 mais en raison de la crise sanitaire, l’élection de six sénateurs des Français établis hors de France est repoussée d’un an, et les mandats actuels prolongés d’autant (voir notre article).

63 départements concernés

En attendant le 27 septembre, date des élections sénatoriales, la première étape du scrutin commence ce vendredi, par la désignation des grands électeurs dans 63 départements des sénatrices et sénateurs concernés par le renouvellement. Les départements de la série 2 sont classés dans l’ordre minéralogique de l’Ain (01) à l’Indre (36) pour la première tranche. Et du Bas-Rhin (67) au Territoire de Belfort (90), à l’exception des départements d’Ile-de-France pour la deuxième tranche. Sans oublier un département d’outre-mer : la Guyane et quatre collectivités d’outre-mer : îles Wallis et Futuna, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Polynésie française.

Selon l’article 24 de la Constitution, le Sénat « assure la représentation des collectivités territoriales ». Le collège électoral des grands électeurs est donc logiquement composé à 95% par les conseillers municipaux, ainsi que par les conseillers généraux, les conseillers régionaux et les parlementaires du département. À noter que le vote est obligatoire pour les sénatoriales. Les grands électeurs encourent une amende de 100 euros en cas de non-respect de cette obligation.

Les élections municipales font les sénatoriales

Cette prééminence des conseillers municipaux explique pourquoi les élections municipales font les sénatoriales. Le scrutin découle directement des tendances politiques de l’élection des maires. Le Sénat est ainsi passé à gauche en 2011 après une poussée de la gauche lors des municipales de 2008. À l’inverse, la vague bleue de 2014 a entraîné le retour de la Haute assemblée à droite lors des sénatoriales.

Aux dernières élections municipales, la percée écologiste dans les grandes villes à Marseille (Bouches-du-Rhône), Bordeaux (Gironde) ou encore à Lyon (Rhône), ne devrait pas remettre en cause la majorité sénatoriale de la droite et du centre. Avec 79 sénateurs renouvelables sur les 143 que compte le groupe LR, « les conséquences des pertes symboliques (de ses villes) sont extrêmement minimes » expliquait le 29 juin dernier Bruno Retailleau à publicsenat.fr. « À Marseille on perdra une sénatrice, à Bordeaux un siège. Pour l’instant, en Gironde, on n’a qu’une sénatrice » détaillait-il. Avec les villes conservées par la droite : « Toulouse, Nice, Limoges, Aix, Nîmes et des villes moyennes conquises, comme Orléans, Montélimar, Saint-Malo, Auxerre ou Champigny-sur-Marne. On aura plus de 60% des communes de plus de 9 000 habitants. Ce sont des communes nombreuses qui envoient un contingent de grands électeurs important ». Au final, il y aura « au minimum une stabilité du groupe. Après, ça reste une élection » avançait prudemment le patron de la droite sénatoriale.

Au groupe PS du Sénat, pas d’inquiétude non plus. « Le PS s’en sort beaucoup mieux que ce que nous avions imaginé après les Européennes » expliquait à publicsenat.fr Patrick Kanner, le président du groupe PS du Sénat (deuxième groupe du Sénat, 37 sénateurs renouvelables sur 71). Restent que les écologistes vont essayer de récupérer un groupe (ils n’en ont plus depuis 2017). Il faut au minimum 10 sénateurs pour créer un groupe. « On va essayer d’avoir un accord national qui permette à chacun de se retrouver » indiquait Patrick Kanner. « Aux sénatoriales, plus les gens sont unis, plus ils ont d’élus. Donc il faut discuter » lui répondait Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique.

Les villes de moins de 10 000 habitants, surreprésentées

Dans le détail, pour les communes de moins de 9 000 habitants, le nombre de grands électeurs varie de 1 à 15 en fonction du nombre de conseillers municipaux. Dans les communes de 9 000 à 30.000 habitants, tous les conseillers municipaux sont grands électeurs. Pour les communes de plus de 30.000 habitants, des délégués supplémentaires sont désignés par tranche de 800 habitants. Ces délégués sont des personnes de confiance, choisies généralement pour leur proximité politique avec les conseillers municipaux, qui les désignent. Il s’agit concrètement de voter comme on leur demande, c’est-à-dire en respectant la couleur politique des conseillers municipaux élus.

Conséquence de ce corps électoral particulier : les villes de moins de 10 000 habitants, qui représentent 50,3% de la population, comptent 69% des délégués sénatoriaux. Les petites communes sont donc surreprésentées.

Dans les collectivités élisant un ou deux sénateurs (les départements les moins peuplés), le scrutin est majoritaire à deux tours : 34 circonscriptions sont concernées en 2020, soit 59 sièges. Dans les collectivités élisant trois sénateurs et plus, l’élection a lieu à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel : 29 circonscriptions sont concernées en 2020 soit 113 sièges.

Les candidats aux élections sénatoriales ont jusqu’au 11 septembre, 18h30, pour déposer leur candidature. Après le scrutin le 27 septembre, l’élection du président du Sénat a lieu 1er octobre.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Sénatoriales : les grands électeurs, mode d’emploi
3min

Politique

Candidature de Gabriel Attal pour 2027 : « On s’y prépare, il s’y prépare depuis des années », explique Franck Riester

Invité de la matinale de Public Sénat, Franck Riester détaille les raisons de son soutien à Gabriel Attal et considère qu’il est le mieux placé pour être le candidat du bloc central pour l’élection présidentielle de 2027. L’ancien ministre de la Culture estime par ailleurs qu’une candidature commune pour le bloc central pour 2027 pourrait être actée “en début d’année prochaine”.

Le

Sénatoriales : les grands électeurs, mode d’emploi
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le