Séparatisme : le Sénat veut dissoudre les associations qui organisent des réunions non-mixtes
Le Sénat a adopté, jeudi soir, un amendement LR au projet de loi séparatisme, visant à autoriser la dissolution des associations qui organisent des réunions non-mixtes. Si une grande partie de la gauche du Sénat a voté cet amendement, elle s’est désolidarisée de son motif qui visait directement l’Unef.

Séparatisme : le Sénat veut dissoudre les associations qui organisent des réunions non-mixtes

Le Sénat a adopté, jeudi soir, un amendement LR au projet de loi séparatisme, visant à autoriser la dissolution des associations qui organisent des réunions non-mixtes. Si une grande partie de la gauche du Sénat a voté cet amendement, elle s’est désolidarisée de son motif qui visait directement l’Unef.
Public Sénat

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

Une fois n’est pas coutume lors de l’examen du projet de loi confortant les principes de la République, les débats ont tourné non pas sur le fond d’un amendement mais sur son objet.

Présenté par le sénateur LR, Stéphane Le Rudulier, l’amendement en question vise à permettre la dissolution d’associations qui « interdisent à une personne ou un groupe de personnes à raison de leur couleur, leur origine ou leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée de participer à une réunion ».

Cet amendement a été adopté par la majorité sénatoriale de la droite et du centre mais également par le groupe socialiste « même si nous ne sommes pas d’accord avec l’exposé des motifs » a tenu a précisé le président du groupe, Patrick Kanner.

En effet, dans ses motifs, l’amendement revient sur une polémique récente qui a entouré l’Union nationale des étudiants de France (Unef). « En réponse aux réunions non-mixtes, c’est-à-dire interdites aux 'blancs', organisées par l’Unef, nous devons agir. L’état du droit positif ne permettait pas de sanctionner cette démarche déplorable et intolérable, cet amendement propose de combler cette lacune », peut-on lire.

« Ce qui a mis en exergue cette affaire, c’est que les conditions de dissolution d’une association dans notre droit positif sont complexes […] Nous ne pouvons rester sans réponse au risque de voir se multiplier ces dérives racialistes », a appuyé Stéphane Le Rudulier, dans l’hémicycle.

« Ce que l’Unef a fait, ça s’appelle des groupes de parole »

C’est cette référence spécifique à l’Unef qui a fortement crispé les échanges entre la droite et une partie de la gauche du Sénat. « Mon expérience de féministe fait que des femmes ont pu s’exprimer dans des groupes de parole. Elles ne l’auraient pas fait dans d’autres contextes. Et ce que l’Unef a fait, ça s’appelle des groupes de parole », a fait valoir la sénatrice communiste, Laurence Cohen.

Sophie Taillé-Polian : "on a un problème dans notre pays de discrimination »
01:39

La sénatrice membre du groupe écologiste, Sophie Taillé-Polian s’est également emportée contre le motif de cet amendement. « On assiste dans notre société à des moments extraordinaires, d’inversion de culpabilité […] Vous avez des jeunes qui ressentent le besoin de se réunir pour parler de leur vécu qui est douloureux et ça ne vous pose pas de questions ? Vous ne nous dites pas qu’il y a un problème ? Et bien je vais vous le dire on a un problème dans notre pays, de discrimination ».

La ministre en charge de la Citoyenneté, Marlène Schiappa a estimé que cet amendement présentait un motif d’inconstitutionnalité et après plusieurs réécritures de l’amendement durant la séance, a émis un avis de sagesse. Elle a regretté toutefois la confusion des choses « sur les débats de non-mixité ». La ministre s’est montrée favorable la mise en place de groupes de parole « fondés sur l’expérience », comme un groupe de parole de victimes de violences sexuelles, mais pas les groupes de parole « fondés sur l’identité ».

Finalement, après les explications de vote, Sophie Taillé-Polian a indiqué qu’elle voterait l’amendement. « Malgré toutes les polémiques, j’ai compris que nous étions d’accord, c’est-à-dire que des groupes de parole où l’on pouvait parler de son vécu (les discriminations ndlr), c’était normal. C’est tout ce qu’a dit la présidente de l’Unef […] Nous voterons cet amendement mais nous désolidarisons totalement de son objet car nous considérons que ce qui était en vigueur à l’Unef ne correspond pas à ce qui est écrit dans l’amendement », a-t-elle dénoncé.

« Nous allons voter cet amendement en souhaitant que ce soit un amendement général et qu’il ne vise pas spécifiquement l’Unef car on fait la loi pour tout le monde » a rappelé la sénatrice centriste, Nathalie Goulet. Le groupe RDPI ( LREM) a également voté l'amendement.

Chez le groupe communiste, certains n’ont pas souhaité voter cet amendement en raison du mot « race » qu’il contient. « Pour moi, il n’y a pas de place dans la République pour la race. Si vous enlevez cette référence à la race je voterai cet amendement. Si ce n’est pas enlevé, je ne le voterai pas » a expliqué le sénateur Pascal Savoldelli.

En conclusion, le sénateur LR Max Brisson a tenu à remercier son collègue PS, Jean-Pierre Sueur, « qui par son intervention a ramené cette partie de l’hémicycle à des traditions que nous avons en commun et qui sont républicaines » a-t-il considéré.

Quelques minutes plus tôt Jean-Pierre Sueur avait eu cette prise de parole très courte : « Toute séparation, toute discrimination, toute ségrégation, quelle que soit la circonstance, liée à la couleur de la peau, est inacceptable ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Meeting of Candidate in France’s 2027 presidential election, Jean-Luc Melenchon in Le Bourget
8min

Politique

« Il est l’heure de tout changer » : au Bourget, LFI met en scène sa « Nouvelle France » 

À l’occasion de la présentation de la nouvelle édition de L’Avenir en commun, samedi 7 novembre, La France insoumise a transformé le Bourget en théâtre de campagne. Scénographie immersive, démonstration de force militante et discours de Jean-Luc Mélenchon résolument tourné vers la jeunesse, le mouvement entend faire de son programme le premier acte de la présidentielle de 2027. Reportage

Le

Séparatisme : le Sénat veut dissoudre les associations qui organisent des réunions non-mixtes
6min

Politique

Mobilisation de la jeunesse : « Nous avons construit un État-providence qui fonctionne seulement pour les adultes », reconnaît cette eurodéputée

Une Europe en ébullition sociale. De la France à l'Italie, en passant par la Belgique, la Grèce ou l'Allemagne, une vague de contestation secoue les capitales de l'Union. Nés de mouvements lycéens et étudiants initiés en France, ces soulèvements traduisent un malaise profond touchant l'avenir de la jeunesse, la crise du logement et l'effritement du pouvoir d'achat. Face à ce front commun qui surprend les gouvernements européens, des syndicats et des associations issus de sept pays appellent à des manifestations coordonnées pour la fin du mois de novembre.

Le

France : Edouard Philippe visits Zuydcoote to discuss immigration
10min

Politique

« La fébrilité est de leur côté, pas du sien » : sous pression du camp Attal et Retailleau, Edouard Philippe reste droit dans ses bottes et refuse la primaire

Après Gabriel Attal et David Lisnard, Bruno Retailleau s’est rangé à l’idée de primaire de la droite et du centre, au point de commencer à y travailler. Si le candidat Horizons ne change pas d’avis, « il portera seul la responsabilité de la division », prévient Laurence Garnier, porte-parole de Bruno Retailleau. « On attend du prochain chef de l’Etat qu’il sache résister à la pression de Trump ou Poutine, ce n’est pas celle des candidats mal partis qui fera fléchir Edouard Philippe », rétorque Nathalie Loiseau, porte-parole d’Edouard Philippe…

Le