Soupçons d’emplois fictifs: le nouveau « Sage » Michel Mercier dans le collimateur de la justice
A peine nommé au Conseil constitutionnel, l'ancien garde des Sceaux Michel Mercier est sous le coup d'une enquête judiciaire sur...

Soupçons d’emplois fictifs: le nouveau « Sage » Michel Mercier dans le collimateur de la justice

A peine nommé au Conseil constitutionnel, l'ancien garde des Sceaux Michel Mercier est sous le coup d'une enquête judiciaire sur...
Public Sénat

Par Sophie DEVILLER

Temps de lecture :

4 min

Publié le

A peine nommé au Conseil constitutionnel, l'ancien garde des Sceaux Michel Mercier est sous le coup d'une enquête judiciaire sur les conditions d'emploi de ses deux filles comme assistantes parlementaires au Sénat.

L'enquête préliminaire a été ouverte par le parquet national financier (PNF) mercredi pour un éventuel "détournement de fonds publics", a-t-on appris vendredi de source proche du dossier, confirmant une information du Monde.

Hasard du calendrier, elle est intervenue à la veille de l'adoption par le Parlement du projet de loi interdisant les emplois de collaborateurs familiaux pour les députés et sénateurs.

Cette loi, l'un des premiers textes du quinquennat d'Emmanuel Macron, a été votée dans la foulée de l'affaire des emplois présumés fictifs de membres de la famille de François Fillon qui avait secoué la campagne présidentielle et lui a valu une mise en examen, et de celle touchant l'éphémère ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux, lui aussi visé par une enquête pour l'emploi de ses filles comme assistantes parlementaires.

L'enquête visant le sénateur MoDem du Rhône a été ouverte à la suite de révélations du Canard enchaîné, selon qui il avait recruté une de ses filles, Véronique, entre 2003 et 2012 et recruté sa seconde fille, Delphine, à mi-temps entre 2012 et 2014, pour l'assister au Palais du Luxembourg.

Les enquêteurs s'interrogent sur la réalité du travail d'assistant parlementaire effectué par les filles de Michel Mercier.

Dans un communiqué, le Conseil constitutionnel a tenu à rappeler qu'il lui appartient "d'apprécier si l'un de ses membres a manqué à ses obligations". "En pareil cas", il "se prononce à la majorité" de ses membres et "peut, le cas échéant, constater la démission d'office de l'un de ses membres", a-t-il souligné.

- Perquisition refusée au Sénat -

La nomination parmi les "Sages" de Michel Mercier, en remplacement de Nicole Belloubet, devenue ministre de la Justice, a été proposée par le président du Sénat Gérard Larcher (LR) et a été publiée jeudi au Journal officiel.

M. Larcher a transmis vendredi au PNF les documents réclamés par les enquêteurs mais leur a refusé l'autorisation d'effectuer une perquisition au Sénat, jugeant la demande "floue, pas précise", selon son cabinet.

Mercredi, lors de son audition devant la commission des lois du Sénat pour avaliser sa nomination, Michel Mercier, 70 ans, s'était expliqué devant ses pairs au sujet des révélations du journal satirique.

"C'est tout à fait exact que j'ai employé une de mes filles d'août 2012 à avril 2014 parce qu'à l'époque je menais des dossiers d'ordre culturel très difficiles" et qu'elle avait toutes les compétences, a-t-il justifié .

Historienne de l'art, "elle était domiciliée à l'époque en France", a-t-il assuré.

Selon Le Canard qui cite les documents d'embauche de Delphine Mercier, celle-ci habitait alors Londres, alors que son lieu de travail était Paris.

"En avril 2014, nous avons estimé ensemble que son travail était achevé et nous avons rompu le contrat de travail", a poursuivi l'ancien ministre. "Aujourd'hui, elle est à Londres."

Michel Mercier, proche du président du MoDem François Bayrou, et rallié comme lui à Emmanuel Macron, a indiqué qu'il remettrait "les travaux réalisés par (sa) fille Delphine au Sénat afin de démontrer l'effectivité de l'emploi" et déclarerait à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) "les travaux effectués, le temps travaillé et les salaires perçus attestant ainsi de l'effectivité de l'emploi".

Plusieurs partis et hommes politiques sont en outre soupçonnés d'avoir employé de manière fictive des assistants au Parlement européen alors qu'ils travaillaient en réalité pour leur formation politique en France.

Le MoDem de François Bayrou est ainsi visé par une information judiciaire sur des soupçons d'emplois fictifs d'assistants de parlementaires européens, une enquête qui a poussé le président du MoDem à démissionner de son poste de ministre de la Justice.

Une autre enquête, visant le Front national, a conduit à la mise en examen de sa présidente Marine Le Pen. Le patron de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon est pour sa part visé par une enquête préliminaire.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le