Soupçons d’emplois fictifs : un rapport accablant qui n’accable pas Marine Le Pen
Suite aux dernières révélations sur l’affaire des emplois présumés fictifs des assistants parlementaires FN, Marine Le Pen dément avoir « reconnu quoi que ce soit devant des enquêteurs ».

Soupçons d’emplois fictifs : un rapport accablant qui n’accable pas Marine Le Pen

Suite aux dernières révélations sur l’affaire des emplois présumés fictifs des assistants parlementaires FN, Marine Le Pen dément avoir « reconnu quoi que ce soit devant des enquêteurs ».
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« C’est l’affaire Dreyfus cette histoire » commente ce vendredi, avec le sens de l’outrance qu’on lui connait, l’eurodéputé FN, Bruno Gollnisch. Ne vous y trompez pas, cet abus de langage n’est pas vraiment révélateur d’un embarras au sein du Front National. Et pour cause, loin de voir son image écornée, l’affaire des emplois présumés fictifs des assistants parlementaires FN ne provoque pas la moindre inflexion des intentions de vote en sa faveur.

Nouvelles révélations de Mediapart et Marianne

Pourtant, Mediapart et Marianne ont publié, hier, des extraits du rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) qui de prime à bord, auraient de quoi embarrasser Marine Le Pen. Parmi les douze assistants parlementaires embauchés successivement par la présidente du FN depuis 2009, deux ont particulièrement retenu l’attention des enquêteurs. Son garde du corps, Thierry Légier, embauché une première fois en 2009 alors qu’il travaillait pour Jean-Marie Le Pen, a été salarié une deuxième fois durant un trimestre en 2011 pour un salaire de 7 237 euros mensuel au trois quart temps : une somme jugée « extrêmement élevée » selon les enquêteurs.

« Un mensonge éhonté » répond Marine Le Pen

« Mme Le Pen a reconnu d'une part que les bulletins de salaire établis sur la période d'octobre à décembre 2011 pour un montant de 41.554 euros n'ont jamais été payés au bénéficiaire indiqué, Thierry Légier, et que d'autre part elle n'avait pas employé M. Légier pendant ces trois mois », indique le rapport. Marine Le Pen a démenti farouchement ce vendredi. « Ma cliente n’a jamais reconnu avoir salarié fictivement son assistant mais a fait procéder à une régularisation comptable » écrit dans un communiqué son avocat Marcel Ceccaldi. « Un mensonge éhonté. Je n'ai jamais reconnu quoi que ce soit devant des enquêteurs que je n'ai jamais vu » a complété Marine le Pen sur France Info.

Plus de 300 000 euros à rembourser

Suite à des investigations de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), Marine le Pen est sommée de rembourser plus de 300 000 euros au Parlement européen au titre de salaires  indûment perçus par deux de ses assistants parlementaires. Le plus gros de la somme concerne Catherine Griset, qui, selon l’Olaf « ne fournissait « en réalité pas d’assistance directe dans les locaux du Parlement européen à sa députée comme requis par les règles en vigueur, mais vivait dans les environs de Paris et exerçait une activité auprès du parti ». La procédure de recouvrement de la somme a pris, depuis février, la forme d’une réduction de la moitié de l’indemnité parlementaire de Marine Le Pen qui passe de 6200 à 3100 euros. 100% de ses indemnités de frais généraux sont ponctionnées, ainsi que 50% de ses indemnités journalières.  

Elle n’est pas la seule dans ce cas. Bruno Gollnisch déclare être prélevé de la même manière pour une somme de 275 000 euros correspondant à  6 ans de salaires de son assistant parlementaire. « Le fond de cette affaire c’est qu’un certain nombre de parlementaires euro mondialistes ont toujours considéré comme scandaleux que le FN bénéficie de l’argent de l’Europe. Nous ne sommes pas contre  la civilisation européenne mais nous sommes les opposants de la direction prise par ses institutions » déclare-t-il à publicsenat.fr. Le tribunal de l’Union Européenne a rejeté, jeudi, les demandes des trois eurodéputés FN Jean-Marie Le Pen, Mylène Troszczynski et Bruno Gollnisch, de suspendre les retenues sur leurs salaires.

« Nous contre eux » la stratégie gagnante de Marine le Pen

Depuis plusieurs semaines, Marine Le Pen et ses porte-parole ont trouvé la formule pour balayer tous soupçons de détournement d’argent public, et surtout pour ne pas se voir coller l’étiquette de « fraudeur » à l’image de François Fillon empêtré dans le « Pénélope Gate ». «  Parlement européen (…) n'est pas une administration mais un organe politique dirigé par un socialiste qui a toujours dit qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour briser notre groupe, nous combattre politiquement » déclarait, il y a une dizaine de jours, la candidate FN à la présidentielle. L’ancien président du Parlement européen Martin Schulz n’ayant jamais caché sa détestation du parti frontiste, il est aisé pour Marine Le Pen de transformer ces accusations en une attaque politique destinée à la déstabiliser à deux mois de la présidentielle (voir notre article). Stratégie gagnante. En hausse dans les sondages, l’eurodéputée est plus que jamais la favorite du premier tour.

Un électorat imperméable aux affaires

De plus, comment des électeurs d’un parti, dont l’une des 144 propositions est un référendum sur la sortie de l’Union européenne, pourraient être rebutés par une enquête de la Commission européenne ? Et quand bien même l’ouverture par le parquet de Paris d’une information judiciaire pour abus de confiance et recel, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux et travail dissimulé, « l’électorat FN a une grande mansuétude pour ce genre de choses » résume Nicolas Lebourg, historien spécialiste du FN. « C’est un électorat extrêmement compact qui est tellement dans le rejet de l’édifice politique traditionnel que les critiques contre le FN qui lui parviennent ont beaucoup de mal à prendre. De la même manière, cet électorat fait fi du bilan des élus frontistes. Marion Marechal Le Pen a une image extraordinaire chez les sympathisants. Mais vous ne trouverez pas un électeur capable de vous dire quel amendement, quelle proposition de loi, elle a déposés » ajoute-il.

Enfin, une éventuelle mise en examen ne constitue pas non plus une épée de Damoclès au dessus de la tête de Marine Le Pen qui a jugé récemment « complètement stupide » l’hypothèse d’un retrait de la course à la présidentielle pour cette raison.

 

 

 

 

 

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