Soupçons de conflit d’intérêt: le secrétaire général de l’Elysée visé par une enquête
Le bras droit d'Emmanuel Macron a-t-il favorisé un armateur privé impliqué dans des discussions avec l'Etat et auquel il est...

Soupçons de conflit d’intérêt: le secrétaire général de l’Elysée visé par une enquête

Le bras droit d'Emmanuel Macron a-t-il favorisé un armateur privé impliqué dans des discussions avec l'Etat et auquel il est...
Public Sénat

Par Benjamin LEGENDRE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le bras droit d'Emmanuel Macron a-t-il favorisé un armateur privé impliqué dans des discussions avec l'Etat et auquel il est étroitement lié ? Après l'annonce lundi d'une plainte de l'association Anticor, le parquet national financier (PNF) a fait savoir qu'il enquêtait sur ces soupçons de conflit d'intérêt.

L'Elysée a réagi en indiquant que son secrétaire général, Alexis Kohler, avait "pris note" de la plainte déposée contre lui par l'association anticorruption. La présidence a rejeté "des soupçons totalement infondés jetés sur lui à l'évidence en raison de ses fonctions".

Dans cette plainte pour "prise illégale d'intérêt" et "trafic d'influence" envoyée vendredi au PNF, Anticor dénonce les liens familiaux et professionnels étroits qui existent entre le numéro 2 de l'Elysée et l'armateur italo-suisse MSC, client important de STX France, les chantiers navals de Saint-Nazaire.

De loin le plus grand pourvoyeur de commandes de ces chantiers, l'armateur a joué un rôle essentiel dans les discussions sur leur avenir menées avec l'Etat français.

Sans attendre cette plainte d'Anticor révélée lundi par RTL et Le Monde, le PNF avait lancé des investigations. Lundi, il a annoncé avoir ouvert une enquête "à la suite de la publication de plusieurs articles de presse", initiés par Mediapart début mai.

Confiée à la Brigade de répression de la délinquance économique, elle vise à "vérifier si les règles relatives à la mise en disponibilité des agents publics ont bien été respectées", indique le PNF dans son communiqué.

Dans sa plainte consultée par l'AFP, Anticor reproche à M. Kohler d'avoir siégé comme représentant de l'Etat au conseil d'administration de STX France à partir de 2010 alors qu'il "ne pouvait ignorer qu'il existait un conflit d'intérêt", l'armateur MSC ayant été fondé et dirigé par les cousins de sa mère.

Anticor rappelle aussi que ce haut fonctionnaire quadragénaire a voulu à deux reprises rejoindre l'armateur après avoir été directeur adjoint de cabinet au ministère de l'Economie, entre 2012 et 2014 quand le poste était occupé par Pierre Moscovici et entre 2014 et 2016 quand Emmanuel Macron lui a succédé.

La première fois, en avril 2014, la commission de déontologie, l'instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, s'était opposée à sa demande.

Mais en août 2016, quand Emmanuel Macron avait quitté Bercy, Alexis Kohler avait finalement obtenu le feu vert de la commission et rejoint MSC Croisières comme directeur financier.

Tout en occupant ces hautes fonctions chez l'armateur, il était devenu un membre actif de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron.

Sur cette période, Anticor soupçonne Alexis Kohler d'être intervenu comme cadre de MSC dans une réunion à Bercy en mars 2017 sur la reprise de STX France, alors menacé de faillite.

STX France avait finalement fusionné avec son concurrent italien Fincantieri et MSC n'était pas monté au capital du groupe comme il le souhaitait.

- Pas "d'affaire", selon Castaner -

Neuf mois après son arrivée chez MSC, M. Kohler avait rejoint M. Macron pour devenir son secrétaire général de l'Elysée, un poste de tour de contrôle crucial dans le fonctionnement de l'exécutif.

Interrogé par Médiapart, Alexis Kohler a déclaré qu'il a "toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d'intérêts" et "s'est toujours déporté pour éviter lesdites situations".

Christophe Castaner, délégué général de la République en marche, est venu à son secours lundi en affirmant qu'il n'y avait pas d'"affaire" Alexis Kohler. "Je ne qualifie pas d'+affaire+ le fait qu'une structure, Anticor, qui est habituée à cela, multiplie les initiatives et les perde souvent", a taclé sur Public Sénat le secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement.

M. Castaner a cependant jugé "normal" qu'Anticor "puisse saisir la justice si elle a un doute".

Depuis plusieurs années, cette association est devenue un acteur, parfois contesté, de la justice financière qu'elle a plusieurs fois bousculée avec des plaintes à fort retentissement médiatique.

Ces derniers mois, l'association a réussi à faire condamner le patron de Radio France Mathieu Gallet pour favoritisme et obtenu la relance de l'enquête pour "prise illégale d'intérêts" visant le chef de file des députés LREM Richard Ferrand.

Partager cet article

Dans la même thématique

Soupçons de conflit d’intérêt: le secrétaire général de l’Elysée visé par une enquête
4min

Politique

« Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle » : malgré sa condamnation, Marine Le Pen se lance et se pourvoit en cassation

En dépit de sa condamnation pour détournement de fonds publics, la leader du RN annonce sa candidature à la présidentielle. Elle a décidé de se pourvoir en cassation, ce qui rend suspensif la décision de la Cour d’appel, lui permettant de faire campagne sans bracelet électronique. Assurant former un « couple politique » avec Jordan Bardella, ils mèneront campagne « en binôme ».

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
7min

Politique

Condamnation de Marine Le Pen : une éventuelle candidature à la présidentielle attaquée sous l'angle de l'éthique, à gauche comme à droite

Le délibéré de la Cour d'appel dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN laisse le personnel politique dans l'expectative. Condamnée mais éligible, Marine Le Pen peut, en théorie, être candidate à l'élection présidentielle. À droite comme à gauche, on met en avant la dimension éthique et morale d'une potentielle candidature de Marine Le Pen à la présidentielle.

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
4min

Politique

Marine Le Pen peut-elle vraiment faire campagne sous bracelet électronique si elle décide d'être candidate ?

Dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d'appel de Paris a pris en compte « la liberté des candidatures » et « la liberté de choix de l'électeur » en condamnant Marine Le Pen à quinze mois ferme d'inéligibilité. Les juges ont aussi condamné la députée RN à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Une peine qui pourrait être suspendue si Marine Le Pen décidait de se lancer dans la course à la présidentielle.

Le

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques
6min

Politique

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques

Le sénateur (LR) Jean-François Husson ressort mécontent d’une réunion sur les perspectives des finances publiques, à laquelle a participé le gouvernement, des parlementaires, des représentants des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale. « Beaucoup de communication et très peu d’action », déplore le sénateur. Bercy annonce des mesures supplémentaires de freinage de la dépense, à hauteur de 3 milliards d’euros.

Le