Soupçons de conflit d’intérêt: le secrétaire général de l’Elysée visé par une enquête
Le bras droit d'Emmanuel Macron a-t-il favorisé un armateur privé impliqué dans des discussions avec l'Etat et auquel il est...

Soupçons de conflit d’intérêt: le secrétaire général de l’Elysée visé par une enquête

Le bras droit d'Emmanuel Macron a-t-il favorisé un armateur privé impliqué dans des discussions avec l'Etat et auquel il est...
Public Sénat

Par Benjamin LEGENDRE

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Le bras droit d'Emmanuel Macron a-t-il favorisé un armateur privé impliqué dans des discussions avec l'Etat et auquel il est étroitement lié ? Après l'annonce lundi d'une plainte de l'association Anticor, le parquet national financier (PNF) a fait savoir qu'il enquêtait sur ces soupçons de conflit d'intérêt.

L'Elysée a réagi en indiquant que son secrétaire général, Alexis Kohler, avait "pris note" de la plainte déposée contre lui par l'association anticorruption. La présidence a rejeté "des soupçons totalement infondés jetés sur lui à l'évidence en raison de ses fonctions".

Dans cette plainte pour "prise illégale d'intérêt" et "trafic d'influence" envoyée vendredi au PNF, Anticor dénonce les liens familiaux et professionnels étroits qui existent entre le numéro 2 de l'Elysée et l'armateur italo-suisse MSC, client important de STX France, les chantiers navals de Saint-Nazaire.

De loin le plus grand pourvoyeur de commandes de ces chantiers, l'armateur a joué un rôle essentiel dans les discussions sur leur avenir menées avec l'Etat français.

Sans attendre cette plainte d'Anticor révélée lundi par RTL et Le Monde, le PNF avait lancé des investigations. Lundi, il a annoncé avoir ouvert une enquête "à la suite de la publication de plusieurs articles de presse", initiés par Mediapart début mai.

Confiée à la Brigade de répression de la délinquance économique, elle vise à "vérifier si les règles relatives à la mise en disponibilité des agents publics ont bien été respectées", indique le PNF dans son communiqué.

Dans sa plainte consultée par l'AFP, Anticor reproche à M. Kohler d'avoir siégé comme représentant de l'Etat au conseil d'administration de STX France à partir de 2010 alors qu'il "ne pouvait ignorer qu'il existait un conflit d'intérêt", l'armateur MSC ayant été fondé et dirigé par les cousins de sa mère.

Anticor rappelle aussi que ce haut fonctionnaire quadragénaire a voulu à deux reprises rejoindre l'armateur après avoir été directeur adjoint de cabinet au ministère de l'Economie, entre 2012 et 2014 quand le poste était occupé par Pierre Moscovici et entre 2014 et 2016 quand Emmanuel Macron lui a succédé.

La première fois, en avril 2014, la commission de déontologie, l'instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, s'était opposée à sa demande.

Mais en août 2016, quand Emmanuel Macron avait quitté Bercy, Alexis Kohler avait finalement obtenu le feu vert de la commission et rejoint MSC Croisières comme directeur financier.

Tout en occupant ces hautes fonctions chez l'armateur, il était devenu un membre actif de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron.

Sur cette période, Anticor soupçonne Alexis Kohler d'être intervenu comme cadre de MSC dans une réunion à Bercy en mars 2017 sur la reprise de STX France, alors menacé de faillite.

STX France avait finalement fusionné avec son concurrent italien Fincantieri et MSC n'était pas monté au capital du groupe comme il le souhaitait.

- Pas "d'affaire", selon Castaner -

Neuf mois après son arrivée chez MSC, M. Kohler avait rejoint M. Macron pour devenir son secrétaire général de l'Elysée, un poste de tour de contrôle crucial dans le fonctionnement de l'exécutif.

Interrogé par Médiapart, Alexis Kohler a déclaré qu'il a "toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d'intérêts" et "s'est toujours déporté pour éviter lesdites situations".

Christophe Castaner, délégué général de la République en marche, est venu à son secours lundi en affirmant qu'il n'y avait pas d'"affaire" Alexis Kohler. "Je ne qualifie pas d'+affaire+ le fait qu'une structure, Anticor, qui est habituée à cela, multiplie les initiatives et les perde souvent", a taclé sur Public Sénat le secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement.

M. Castaner a cependant jugé "normal" qu'Anticor "puisse saisir la justice si elle a un doute".

Depuis plusieurs années, cette association est devenue un acteur, parfois contesté, de la justice financière qu'elle a plusieurs fois bousculée avec des plaintes à fort retentissement médiatique.

Ces derniers mois, l'association a réussi à faire condamner le patron de Radio France Mathieu Gallet pour favoritisme et obtenu la relance de l'enquête pour "prise illégale d'intérêts" visant le chef de file des députés LREM Richard Ferrand.

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