Sûreté nucléaire : « Le contexte est préoccupant sur le moyen terme », pour le président de l’ASN
Auditionné au Sénat, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Franck Chevet, a fait part de sa préoccupation sur la sûreté des réacteurs dans les années à venir. Les grands opérateurs comme EDF et Areva sont « en difficulté budgétaire » alors que les champs d’interventions se multiplient.

Sûreté nucléaire : « Le contexte est préoccupant sur le moyen terme », pour le président de l’ASN

Auditionné au Sénat, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Franck Chevet, a fait part de sa préoccupation sur la sûreté des réacteurs dans les années à venir. Les grands opérateurs comme EDF et Areva sont « en difficulté budgétaire » alors que les champs d’interventions se multiplient.
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Malgré les incidents qui se sont produits ces derniers mois dans le parc nucléaire français, comme la mise sous surveillance de la centrale de Belleville-sur-Loire (Cher), l’Autorité de sûreté nucléaire tire un bilan plutôt positif dans le domaine de la sécurité des grosses installations.

« Quand on regarde la sûreté d’exploitation, la situation est globalement satisfaisante », déclare ce jeudi Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il était auditionné devant les sénateurs et les députés de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Des « enjeux sans précédent »

Mais ce qui vaut aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain, au vu des défis qui s’annoncent. « Sur le moyen terme, le contexte est préoccupant en matière de sûreté », alerte le président de l’ASN. « Les grands industriels sont en difficulté économique, financière ou budgétaire – plus qu’avant – alors même qu’ils ont plus de choses à faire dans le domaine de la sûreté. »

Ces grands acteurs, EDF, Areva, ou encore le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), vont être confrontés à des « enjeux sans précédent », insiste Pierre-Franck Chevet. Ces questions touchent notamment à la prolongation, ou non, des installations au-delà des 40 années d’exploitation.

Sont-elles toujours conformes ? Ont-elles trop vieilli ? Plus de la moitié des 58 réacteurs nucléaires français « sont concernés par ce rendez-vous », souligne le président de l’ASN. Un chiffre auquel il faut ajouter la cinquantaine d’installations du CEA, construites à la même époque.

Pierre-Franck Chevet indique que l’ASN rendra une position en 2020 (qui s'imposera en 2021) sur les points qui peuvent être améliorés pour assurer la sûreté de ces installations vieillissantes. Les investissements qui attendent les exploitants s’annoncent colossaux, d’autant que de nouvelles normes sont venues se greffer après l’accident majeur de Fukushima (2011). Ces mesures ont même été renforcées pour faire face à tout type d’agression. Il y a « encore 5 à 10 ans » de travaux, annonce Pierre-Franck Chevet.

Deux millions de pages à relire pour Areva

Autre poste de dépenses : les futures installations. Là aussi, Pierre-Franck Chevet tire la sonnette d’alarme. « Force est de constater que ça ne se passe pas très bien. Tous les grands chantiers en cours, que ce soit l’EPR, le réacteur Jules Horowitz ou l’ITER, ont des retards, des difficultés industrielles dans leur déroulement ».

L’épisode de la conception de la cuve et du couvercle de l’EPR l'a montré, les falsifications potentielles de documents ne facilitent pas la tâche dans la surveillance. Un long travail de fourmi a débuté pour détecter les éventuelles fraudes. « Nous avons imposé à Areva, sous le contrôle d’EDF et sous notre propre contrôle, de réexaminer tous les dossiers de fabrication sur une cinquantaine d’années. »

Ce sont deux millions de pages qui doivent être relues. L’opération, qui devrait se terminer en 2018, en est à mi-parcours, et a notamment permis de détecter une potentielle falsification sur un document du réacteur de Fessenheim 2, mais aussi une « anomalie technique ».

Falsification de documents dans le nucléaire : 2 millions de pages à vérifier, selon le président de l'ASN
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« On a trouvé des documents qui, visiblement, pouvaient s’apparenter à des falsifications. Ces documents touchaient aux caractéristiques de sûreté. »

Dans ce contexte, les moyens alloués à l’ASN font l’objet de plusieurs questions des sénateurs ou des députés présents. « Jusqu’à présent, on a obtenu les ressources nécessaires à l’exercice de nos missions », leur répond Pierre-Franck Chevet. L’agence compte 500 personnes, dont 50 ont été recrutées au cours des trois dernières années.

Mais il reconnaît qu’il s’agit là d’un « vrai sujet ». Le gendarme du nucléaire estime qu’il faudrait peut-être envisager « à moyen terme » la création d’une taxe affectée (sous le contrôle du Parlement) afin d’ajuster à la hausse, comme à la baisse, les moyens futurs de l’ASN.

Des réserves sur certains déchets à Bure

Les centrales exploitées ne sont pas les seules à être dans le collimateur de l’ASN. Leurs déchets le sont aussi. Pierre-Franck Chevet précise que l’ASN sera « amenée à prendre position dans les prochaines semaines » sur le projet Cigéo (centre industriel de stockage géologique), l’expérimentation de déchets nucléaires enfouis à haute profondeur, à Bure (Meuse).

La question des déchets radioactifs enrobés de bitume, a soulevé l’inquiétude de certains parlementaires, notamment en raison des risques d’incendie en milieu souterrain. « Sur le sujet des déchets radioactifs bitumés, on met une réserve d’examen, compte tenu de leur dangerosité potentielle », explique Pierre-Franck Chevet.

« Le principe d’un stockage géologique souterrain en profondeur est pour l’instant la seule solution raisonnable, responsable », reconnaît-il, jugeant la solution d’entreposage « n’a pas de sens à long terme ». « Autant un entreposage, on peut imaginer qu’on ait un contrôle social suffisant pour maîtriser une installation sur une centaine d’années – ça suppose déjà un peu d’optimisme – mais imaginer qu’on ait un contrôle social, et le prouver, sur une centaine de milliers d’années, ça n’a aucun sens », conclut-il.

Nucléaire : « Le principe d’un stockage géologique en profondeur est pour l’instant la seule solution responsable » (président de l'ASN)
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