Trois destins, une histoire intime de familles migrantes

Trois destins, une histoire intime de familles migrantes

À l´heure où la crise des réfugiés submerge l´Europe, le documentaire "Trois destins" s´attache à retracer les destins de trois familles et à les suivre dans leur vie de tous les jours. Des histoires particulières et différentes mais un destin similaire : la guerre, la persécution puis la fuite. Tout risquer en passant clandestinement en Europe, est-ce le gage d’une vie meilleure pour autant ? ​
Public Sénat

Par Priscillia Abereko

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le documentaire "Trois destins" réalisé par Debra Kellner raconte les histoires intimes de trois familles qui ont fui les persécutions et leurs pays déchirés par la guerre. Les jumelles afghanes Sagha et Sahar accompagnées de leurs parents, la famille syrienne de Mohammed et enfin Zahra et ses enfants qui ont fui Alep. Tous ont conscience que retourner chez eux équivaudrait à une mort certaine : « On aimerait retourner chez nous mais notre pays est en guerre. On prie pour que l’Afghanistan redevienne tranquille et en paix. Et qu’il n’y ait plus de kidnappeurs et de talibans qui tuent les gens » espèrent les deux jumelles.

De la fuite au calvaire

Ces trois familles qui ont tout perdu, témoignent des atrocités qu´elles ont vécues et de leur lutte pour rester en vie. Malgré son jeune âge, Saghar évoque le parcours du combattant auquel elle et sa famille ont dû faire face avec des mots simples : « on était dans le radeau mais c’était comme être assis sur l’eau. Le radeau était rempli d’eau. C’était horrible ».

D’autres comme Zahra, dans ces moments difficiles, préfère se dire que c’était leur destinée : « C’est l’histoire de notre destinée, nous sommes là pour souffrir » ne cesse-t-elle de répéter à ses fils.

Des familles qui ont tout risqué et vendu tout ce qu´elles possédaient pour passer clandestinement en Europe, dans l´espoir d´offrir à leurs enfants une scolarité, la sécurité et l´espoir d´une vie meilleure. Pour entreprendre leur traversée vers l’Europe, les passeurs demandent bien souvent des sommes importantes : 4 000 euros pour chaque membre de la famille de Mohammed. Certaines familles finissent quant à elles par renoncer à rejoindre l’Europe faute d’argent.

180323-Extraittroisdestins
02:15

La course à l’asile

Le rôle joué par le hasard est essentiel pour comprendre leur histoire. Le désespoir et la peur ont jeté ces gens dans une véritable course contre la montre pour rejoindre ces pays où ils rêvent de pouvoir vivre en paix et en sécurité. Dès le plus jeune âge on veut y croire : « Je prie Dieu pour que notre demande d’asile ne soit pas refusée » implore Sahar.

Or, dans le même temps, l´Europe ferme ses frontières : déjà en 2016, 12 000 personnes s’étaient retrouvées bloqué à la frontière entre la Grèce et la Macédoine. Dans ces camps de fortunes, la xénophobie et la violence se répandent comme une traînée de poudre : pour Zahra, tout cela s’explique par le fait qu’« on est tous sous pression ici c’est pour ça qu’on se bagarre. Nous ne sommes pas des terroristes […] On est juste venu demander protection à l’Occident ».

Certaines familles auront la chance de se trouver une terre promise, d’autres, fatalistes, en sont réduites à penser qu´elles sont maudites et que leur étoile n´est pas la bonne. « On nous a dit que l’Europe allait nous aider mais ce n’est qu’une illusion […]  En Europe tu seras toujours un réfugié et un vagabond » évoque pleine de regret la femme de Mohammed. Mais pour Mohammed le constat est différent : « tout le monde émigre tout le monde se réfugie en Europe. Un tiers des Syriens est réfugié, dispersé un peu partout en Europe. Certains en Allemagne, en Suède, les autres Syriens sont morts », si on ne veut pas mourir il faut partir.

En fin de compte, tous doivent maintenant vivre avec les conséquences et les chagrins de leurs rêves brisés : comme le fils de Zahra qui va devoir vivre avec les atrocités de la guerre : « c’est devenu banal pour moi de voir quelqu’un de mort avec une tête une main ou un pied coupé. J’y suis habitué et ça ne me dérange plus ».

Dans la même thématique

Trois destins, une histoire intime de familles migrantes
6min

Société

Antisémitisme : la radicalisation d’une partie de la jeunesse, première inquiétude du gouvernement et des associations

Le gouvernement a lancé lundi 6 mai des « assises de lutte contre l'antisémitisme » pour renforcer les moyens de lutte contre un phénomène en pleine expansion depuis l’embrasement de la situation au Proche Orient, et qui touche notamment la jeunesse. Selon une enquête Ifop, 35% des 18-24 ans estime qu'il est normal de s'en prendre à des juifs en raison de leur soutien à Israël.

Le

Fresnes, Prison, Centre penitentiaire, Penitentiary center
6min

Société

Drogues en prison : 52% des détenus ont déjà consommé une substance illicite en prison

L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) a publié ce lundi 6 mai, sa première enquête sur l’usage des drogues dans le milieu carcéral. Zoom sur des résultats inquiétants, qui « interrogent une éventuelle adaptation des politiques sanitaires en matière de prévention et de traitement des addictions à la réalité des consommations observées ».

Le

Weekly cabinet meeting at Elysee Palace, Paris, France – 12 Jan 2024
5min

Société

Prostitution : un nouveau plan de lutte présenté ce jeudi, huit ans après la loi pénalisant les clients

Alors que la loi du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, peine encore à produire ses effets, le gouvernement a annoncé la présentation d’un nouveau plan pour lutter contre la prostitution, à l’aube d’une augmentation inquiétante des chiffres chez les mineurs. Selon les associations, ils seraient entre 7 000 et 10 000 à être aujourd’hui prostitués, un chiffre qui a doublé ces dernières années.

Le

Enfants et ecrans
4min

Société

Rapport sur l’usage des écrans chez les enfants : « Nous avons perdu six ans », déplore la sénatrice Catherine Morin-Desailly

Commandé par l’exécutif, le rapport d’experts sur l’usage des écrans chez les enfants a été remis au président de la République ce 30 avril. En 2018, le sujet avait déjà fait l’objet d’une proposition de loi largement votée au Sénat, mais jamais discutée à l’Assemblée. Auteure du texte, la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly dénonce aujourd’hui « une perte de temps ».

Le