Qualifié d'"infamie" par le ministre de l'Intérieur un rassemblement prévu jeudi à Gonesse pour "rétablir la vérité" sur l'auteur de la tuerie de la préfecture de police de Paris, a été interdit mercredi par la préfecture du Val-d'Oise et son initiateur placé en garde à vue.
L'initiateur du rassemblement, Hadama Traoré, un activiste politique d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), a été placé en garde à vue mercredi soir, pour "menaces et actes d'intimidation sur une personne exerçant une fonction publique ou d'utilité collective", "menaces de crimes contre les personnes" et "outrage", a indiqué à l'AFP le parquet de Bobigny.
Son domicile a été perquisitionné et une enquête confiée à la Sûreté départementale.
"La manifestation prévue à Gonesse en soutien à l'assassin de la préfecture de police est une infamie et une insulte à la mémoire de nos policiers. Je me suis entretenu avec le préfet du Val-d'Oise: le rassemblement va être interdit", avait écrit mercredi matin le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner sur Twitter.
M. Castaner avait également annoncé son intention d'alerter la justice à la suite de propos tenus par l'organisateur de l'événement. "J'ai demandé à ce que les propos odieux tenus par son organisateur soient dénoncés au procureur de la République, sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale", avait dit le ministre, toujours sur le réseau social.
Dans un message posté sur Facebook, Hadama Traoré affirme que l'auteur de la tuerie, Mickaël Harpon, "n'est pas un extrémiste religieux" et appelle à un rassemblement devant la mairie de Gonesse de 13H00 à 15H00 jeudi.
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner lors de la cérémonie d'hommage aux policiers tués à la préfecture de police, le 8 octobre 2019 à Paris
AFP
Dans un autre message, l'activiste déclare vouloir "rétablir la vérité" sur Mickaël Harpon, assurant qu'il souffrait au travail du fait de son handicap. "C'est tout ce contexte qui explique pourquoi il a craqué", ajoute-t-il.
Dans son arrêté d'interdiction, pris pour "prévenir le trouble à l'ordre public", le préfet du Val-d'Oise estime notamment que la manifestation "aurait en réalité pour but, sous couvert de +communiquer différemment+ sur Mickaël Harpon, de le soutenir en relativisant l'acte commis (...)"
- "Décision politique et républicaine" -
L'interdiction de la manifestation est une "décision à la fois politique et républicaine, qui a été prise par le ministre de l'Intérieur, soutenu évidemment par l'ensemble du gouvernement", a déclaré la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, à l'issue du conseil des ministres.
Droite, extrême droite et aussi certains à gauche étaient vent debout mercredi contre l'organisation de ce rassemblement, réclamant son interdiction et pour certains la poursuite de ses initiateurs.
"Bien sûr il faut l'interdire, il n'y a même pas de question à se poser", a réagi Frédéric Péchenard, vice-président (LR) de la région Ile-de-France et ancien directeur général de la police nationale, sur LCI.
"Comment croire qu'Emmanuel Macron pourrait lutter contre +l'hydre islamiste+ alors qu'il n'arrive même pas à faire interdire une manifestation de soutien à l'assassin de quatre policiers organisée par un ver de terre?", a demandé Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, sur Twitter.
Y compris à gauche des voix se sont élevées contre cette manifestation.
Yannick Jadot, patron d'EELV, a considéré sur Sud Radio que "cette forme de légitimation d'un attentat absolument abominable est scandaleuse". "On est vraiment parfois au bout de l'abject et du cynisme", a-t-il déploré.
Le Parti radical de gauche a de son côté demandé "l'interdiction pure et simple de la manifestation +de la honte et de l'immonde+ organisée en soutien au tueur de la Préfecture de police".
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