Un ambassadeur refusera de « servir » Le Pen si elle est élue
L'ambassadeur de France au Japon a annoncé mercredi qu'il refuserait de "servir" la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen si...

Un ambassadeur refusera de « servir » Le Pen si elle est élue

L'ambassadeur de France au Japon a annoncé mercredi qu'il refuserait de "servir" la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen si...
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L'ambassadeur de France au Japon a annoncé mercredi qu'il refuserait de "servir" la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen si elle remportait l'élection présidentielle, signant l'une des premières déclarations en ce sens dans le milieu diplomatique.

"Si les éléments de la tragédie française qui se mettent en place devaient conduire à son élection, je me placerais en réserve de toute fonction diplomatique", écrit l'ambassadeur Thierry Dana dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde daté de jeudi.

"Ce n'est pas le rôle d'un ambassadeur" de s'exprimer ainsi, a réagi mercredi le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Toutefois, a-t-il noté, les fonctionnaires bénéficient du "droit de retrait".

Dans un courrier dont l'AFP s'est procuré une copie, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a quant à lui rappelé les diplomates à leur "devoir de réserve et au principe de neutralité".

"Dans un contexte de montée du populisme, il convient de garder son sang-froid, sauf à prendre le risque de contribuer à alimenter la démagogie dirigée contre les fonctionnaires (...) En tant que citoyen, chacun pourra peser, selon ses convictions et en exerçant son droit de vote, sur un choix essentiel pour notre pays", souligne M. Ayrault.

S'adressant à celle qui figure en tête des intentions de vote actuelles au premier tour, le 23 avril, l'ambassadeur Thierry Dana insiste : "La France est conquérante et vous voulez en faire un pré carré. La France est généreuse et vous voulez en faire une boutique repliée sur elle-même. La France est créative et votre vision sent le rance".

La dirigeante du parti anti-immigration et anti-euro Front national est donnée battue au second tour le 7 mai mais de nombreuses voix s'inquiètent de l'issue incertaine de cette élection dans une campagne déjà marquée par de nombreux coups de théâtre.

Thierry Dana, qui doit recevoir une nouvelle affectation (non précisée) à l'été, ajoute qu'il y renoncera alors, "la mort dans l'âme", "plutôt que de servir la diplomatie du Front national".

Le député européen Bruno Gollnisch (FN) a suggéré à M. Dana de démissionner dès à présent puisqu'il a été "désavoué" selon lui par Stéphane Le Foll et Jean-Marc Ayrault, et vu qu'il a enfreint une "obligation de réserve".

Sur le fond, M. Gollnisch a noté que "si Mme Le Pen est élue, la politique qu'elle mènera ne sera pas, comme vous le dites, celle du Front National. Ce sera celle de la France, tout simplement". En outre, cette "politique de défense des intérêts français, respectueuse du droit international, que ce soit en matière diplomatique, stratégique, d'immigration ou de commerce international s'apparentera à celles que mènent des Etats tels que la Suisse… ou le Japon, qui ne suscitent aucune protestation de votre part", a-t-il fait valoir.

L'ambassadeur est l'un des tout premiers à s'exprimer publiquement de la sorte. "Très beau texte de mon homologue à Tokyo", a tweeté en réaction l'ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud.

En coulisse, un certain nombre de diplomates s'interrogent aussi. L'un d'eux expliquait récemment qu'il se poserait de "vraies questions" si Marine Le Pen était élue et qu'il n'était "pas du tout certain" de pouvoir servir sous un gouvernement d'extrême droite.

Thierry Dana, 60 ans, ambassadeur à Tokyo depuis 2014, est un spécialiste des questions asiatiques. Il a été consul à Hong Kong, conseiller du président de droite Jacques Chirac sur les dossiers asiatiques et stratégiques de 1998 à 2002 et directeur de l'Asie et de l'Océanie au ministère des Affaires étrangères de 2002 à 2005.

En mai 2005, il avait demandé une disponibilité pour créer une société de conseil aux entreprises françaises dans leur stratégie d’expansion internationale et aux investisseurs étrangers en France.

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