Un film scrute l’extrême droite, avant la présidentielle
Une infirmière dévouée instrumentalisée par un parti d'extrême droite pour s'implanter dans une ville ouvrière: avec le film ...

Un film scrute l’extrême droite, avant la présidentielle

Une infirmière dévouée instrumentalisée par un parti d'extrême droite pour s'implanter dans une ville ouvrière: avec le film ...
Public Sénat

Par Thibauld MALTERRE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Une infirmière dévouée instrumentalisée par un parti d'extrême droite pour s'implanter dans une ville ouvrière: avec le film "Chez nous", Lucas Belvaux veut influer sur la présidentielle en France, alors que Marine Le Pen caracole en tête des sondages à deux mois du scrutin.

"Nous avons tout fait pour le sortir juste avant l'élection présidentielle. +Chez nous+ s'adresse aux gens en colère et cherche à les représenter, avec leurs difficultés, leur impression d'avoir été trahis. Je veux que les électeurs comprennent ce qu'ils cautionnent exactement en votant FN (Front national)", a expliqué le réalisateur belge, installé en France, dans un entretien à l'hebdomadaire Télérama.

Le film, qui sort en France mercredi, montre un parti d'extrême droite qui bombarde Pauline, une modeste infirmière appréciée de tous, candidate aux élections municipales d'une petite ville du nord de la France, aux côtés de la dirigeante du parti, dont les cheveux blonds et le verbe haut évoquent Marine Le Pen.

Le titre renvoie à un slogan, régulièrement scandé dans les meetings du Front national: "On est chez nous".

Le récit s'ouvre sur des images de terril et de corons, ces petites maisons ouvrières en briques alignées, typiques du nord de la France, marqué par la désindustrialisation et un fort taux de chômage.

Ce fief traditionnel de la gauche est devenu le nouveau bastion du Front national: le parti, qui a longtemps prospéré dans le sud-est, y réalise depuis quelques années ses meilleurs scores électoraux.

"La révolution, vous avez fait qu'en parler, nous on va la faire", assène dans le film Pauline, femme de gauche qui ne croit plus en la politique, face à son père, vieux militant communiste choqué par son engagement.

- 'dédiabolisation' -

Dans un premier temps, l'extrême droite a violemment attaqué le film, qualifié de "film de propagande anti-FN" réalisé par des "émules de Goebbels" par le député frontiste Gilbert Collard.

Mais lundi, le vice-président du Front national, Florian Philippot, a assuré "se réjouir de ce film", parce qu'il fait "gagner des voix" au parti, par son "mépris de classe". Ce qui n'a pas stoppé le flux des tweets virulents.

Les partisans décrits par le film ne sont pas tous caricaturés comme des extrémistes: beaucoup sont des laissés pour compte de la société, victimes de la mondialisation, des services publics qui se délitent, de l'insécurité, hostiles aux manifestations extérieures de l'islam... et sensibles aux promesses de justice sociale et d'un Etat "fort et protecteur".

C'est le terreau qui a permis au FN de devenir en 2014 le premier parti de France lors des élections européennes, avec près de 25% des voix au premier tour.

Marine Le Pen, qui se qualifierait selon tous les sondages haut la main pour le second tour de la présidentielle d'avril-mai, où la gauche part divisée et la droite très affaiblie par un scandale financier, a réussi son pari d'adoucir son image et celle du parti fondé par son père, le sulfureux Jean-Marie Le Pen, aux diatribes antisémites et xénophobes.

C'est cette fameuse stratégie de "dédiabolisation" qu'a voulu dénoncer Lucas Belvaux: il veut "montrer comment le discours change en surface sans changer sur le fond" en confrontant un parti en quête de respectabilité à son passé, notamment aux dérives violentes de ses militants de la première heure, membres de groupuscules identitaires.

Dans le film, Pauline, mère célibataire, qui incarne le visage "présentable" du mouvement est ainsi sommée de choisir entre son engagement politique et son amant Stanko, exclu du parti parce qu'il n'a pas voulu renoncer aux méthodes musclées - il tabasse à l'occasion des voleurs roms.

Certains disent, dans le film et dans la réalité, que "le père et la fille, c'est pas la même chose", mais Lucas Belvaux insiste sur la continuité entre les générations.

Le docteur Berthier, notable affable et membre de longue date du parti, tance ainsi Stanko, adepte du treillis et de la matraque: "C'est pas se renier que mettre un costume, c'est changer de stratégie, pas changer d'objectif (...). On n'a jamais été aussi près du pouvoir".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Suspension of session of Appeal trial of Marine Le Pen
2min

Politique

Procès en appel des assistants FN : le parquet requiert quatre ans de prison, dont un ferme, et cinq ans d’inéligibilité contre Marine Le Pen, mais sans application immédiate

Trois semaines après l’ouverture du procès en appel de Marine Le Pen et de dix autres prévenus dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national (devenu Rassemblement national), le parquet a présenté ses réquisitions ce mardi. En première instance, Marine Le Pen avait été condamnée à 4 ans de prison, dont 2 avec sursis, 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.

Le

Conference pour la relance economique de la ville de Paris
11min

Politique

« Manipulation », « coups de billard », « roue de secours » : la campagne des municipales se tend à Paris, alors que cinq candidats pourraient se retrouver au second tour

Un sondage, qui ouvre pour la premier fois la voie au maintien de cinq candidats au second tour, avec Sarah Knafo qui atteint les 10 %, pourrait « changer tout » à l’issue du scrutin. La candidate Reconquête devient « un caillou dans la chaussure de Dati », qui ne progresse pas, relève-t-on à gauche, alors que du côté de Pierre-Yves Bournazel, la tension est palpable, un élu Horizon l’accusant de vouloir « faire élire un maire de gauche ». Pour éviter la dispersion, les équipes de Dati et de Grégoire misent sur « le vote utile ».

Le

7min

Politique

Réintroduction de l’acétamipride : le sénateur Laurent Duplomb repasse à l’offensive

Après la censure du Conseil constitutionnel de certaines dispositions de sa proposition de loi l’été dernier, le sénateur Laurent Duplomb a déposé un nouveau texte au Sénat, soutenu par plusieurs groupes politiques. L’objectif : réintroduire, pour certaines cultures, deux insecticides néonicotinoïdes, en adaptant la copie aux réserves émises par les Sages. Une initiative dénoncée par les Écologistes.

Le