« Une crise politique majeure » : Olivier Besancenot furieux contre le « tri » des candidats à la télévision
Le Nouveau Parti anticapitaliste a tenu une réunion publique ce 19 mars à Ivry-sur-Seine, aux portes de Paris. Olivier Besancenot y représentait Philippe Poutou, dont il a vivement critiqué l’absence lors d’un débat à la télévision.

« Une crise politique majeure » : Olivier Besancenot furieux contre le « tri » des candidats à la télévision

Le Nouveau Parti anticapitaliste a tenu une réunion publique ce 19 mars à Ivry-sur-Seine, aux portes de Paris. Olivier Besancenot y représentait Philippe Poutou, dont il a vivement critiqué l’absence lors d’un débat à la télévision.
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La petite salle municipale de la place Voltaire d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) était pleine à craquer. Dans ce fief historique du Parti communiste, une centaine de personnes a fait le déplacement pour assister à cette réunion publique du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) ce 19 mars. Olivier Besancenot était l’orateur de la soirée, au nom de Philippe Poutou pour lequel il assure la fonction de porte-parole. « On n’a pas de sous pour un hologramme », plaisante l’un des militants en charge du rendez-vous.

Durant une heure et demie, le facteur le plus célèbre de France, par deux fois candidat à une élection présidentielle, en 2002 et 2007, cherche à galvaniser son public. Le ton est offensif, l’exercice bien rodé pour le premier visage du NPA. C’est par la guerre en Ukraine qu’il commence son propos. « Affirmer le soutien avec l’Ukraine » est quelque chose, selon lui, de « non négociable » et l’attaque par les troupes russes « n’a aucune excuse ». « L’impérialisme ne se prononce pas qu’en anglais », explique-t-il.

Après deux années de pandémie suivies d’un conflit armé en Europe avec la menace nucléaire en toile de fond, le leader anticapitaliste considère que le monde vit actuellement un « moment de bascule », avec un « condensé de toutes les crises ». Au-delà de la géopolitique, le porte-parole du NPA affirme que la crise sociale couvait bien avant que les premières bombes ne tombent sur le sol ukrainien. « L’inflation va se généraliser et va durer », prévient-il. Autant de crises qui pèseront sur la scène nationale. « La situation politique française est aussi stable qu’un protocole sanitaire de Jean-Michel Blanquer », raille-t-il, « on rentre dans une nouvelle situation politique ».

En cinq ans, les fondamentaux du discours et les choix de société du NPA n’ont pas changé. Olivier Besancenot continue d’appeler au « partage des richesses », comme réponse à la montée des inégalités. Mais d’une présidentielle à l’autre, la campagne n’est plus tout à fait la même. En 2017, à la même époque, c’est-à-dire à trois semaines du premier tour, Philippe Poutou crevait l’écran lors d’un débat inédit réunissant la totalité des onze candidats, en attaquant François Fillon et Marine Le Pen sur les affaires.

L’absence de débats télévisés avec Philippe Poutou est pesante pour les militants

La séquence d’un candidat sorti des clous est restée. « Macron n’a pas oublié, il a mis son veto », dénonce Olivier Besancenot. Dans la salle, nombreux sont les militants à se montrer scandalisés de l’absence de leur candidat à l’émission présidentielle de TF1 du 14 mars, mais aussi par un président de la République accusé de fuir la contradiction. Un aide-soignant, qui a pris sa carte au NPA durant la crise sanitaire, ne digère pas l’abandon du débat qui se devait se tenir le 23 mars sur BFMTV, après le refus d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen d’y participer. « J’ai l’impression que ce truc est faussé. Par leur absence, ils nous imposent au silence. » Lors des questions avec la salle, un homme se présentant comme enseignant raconte comment le casting de « Face à la guerre » a été accueilli le lendemain en salle des profs. « Ils étaient sidérés. Philippe Poutou, ça représente quelque chose. C’est un son de cloche attendu. »

Olivier Besancenot va plus loin et parle de « tri sélectif des candidats » à la télévision. « Il ne s’agit pas d’une campagne présidentielle mais d’une crise politique majeure. » Le chef de l’Etat en prend également pour son grade, qu’il s’agisse de son programme, ou de son bilan. Le porte-parole du NPA prend pour exemple la réforme de l’assurance-chômage, qu’il qualifie de « pousse au crime ».

Dans ce « grand chaos », l’ancien candidat à la présidentielle s’inquiète également du niveau de l’extrême droite en France, évoquant des « lignes rouges franchies » dans beaucoup de formations politiques. « J’ai entendu des choses que je ne pensais jamais entendre de ma vie ». Le tableau a de quoi décourager certains militants. « Il y a de la résignation, un peu de désespoir », reconnaît l’un des organisateurs. Face au risque d’une démobilisation, Olivier Besancenot tente une formule : « Abstenez-vous utile, et votez Philippe ! »

Des électeurs de Jean-Luc Mélenchon présents par curiosité

Malgré sa figure jugée proche des gens - beaucoup parlent d’un « candidat ouvrier » - Philippe Poutou n’a pourtant pas une salle totalement acquise à sa cause. Certains sont venus « par curiosité » à cette réunion publique, à l’image de ces deux jeunes Franciliens qui penchent plutôt pour Jean-Luc Mélenchon. « On a une proximité idéologique avec le NPA. Mais le NPA ou Lutte ouvrière n’ont pas vocation à se faire élire », explique cet électeur venu de Villejuif.

Romain, un trentenaire venu de Dordogne pour participer le lendemain à la marche de Jean-Luc Mélenchon, se montre « partagé ». « Politiquement, les idées du NPA sont intéressantes. Je suis partagé. Je ne sais pas si Mélenchon pourra faire ce qu’il dit. » Joachim, un étudiant de 23 ans, a fait son choix, il fait partie des militants convaincus depuis longtemps : ce sera Philippe Poutou. « Mélenchon est un oligarque politique », s’exclame-t-il.

« Le problème, ce sont les divisions à gauche. Les seuls qu’on entend, ce sont Zemmour et Le Pen. Aujourd’hui, la priorité, c’est voter contre une extrême droite », insiste Sandrine, une habitante d’Ivry de 49 ans. Mais vers qui se tourner ? Elle estime qu’il sera « compliqué », voire « très dur » de faire un choix le 10 avril prochain. « Il y a trop de candidats, ça les embrouille ». L’offre était aussi pléthorique en 2002, avec 16 candidats sur la ligne de départ, contre 12 aujourd’hui. A l’époque, Olivier Besancenot avait obtenu 4,25 % des suffrages, une performance renouvelée en 2007 avec ses 4,08 %. Un score nettement supérieur au 1,09 % obtenu par Philippe Poutou à la dernière présidentielle. « Besancenot a représenté un grand espoir en 2002 », se souvient Sandrine.

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