Violences faites aux femmes : un hashtag et bientôt une nouvelle loi

Violences faites aux femmes : un hashtag et bientôt une nouvelle loi

Suite à l’affaire Weinstein, des milliers de femmes ont relaté en quelques signes sur Twitter, les agressions dont elles ont été les victimes. Parallèlement, le gouvernement annonce un projet de loi visant à verbaliser plus rapidement le harcèlement de rue. Mais son application concrète pose de nombreuses questions.
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Les « regrets » presque immédiats de Bruno Le Maire, illustrent une nouvelle étape dans le combat contre le harcèlement et les violences faites aux femmes. En effet, interrogé sur le hashtag #balancetonporc, qui depuis vendredi a été utilisé par des milliers de femmes sur Twitter pour dénoncer une agression ou des violences dont elles ont été les victimes, le ministre de l’Économie n’a pas semblé prendre la mesure du problème. « Connaissez-vous aujourd'hui un homme politique dont on dira dans 10 ans : 'Nous savions qu'il était un harceleur' ? » lui demande le journaliste, Jean-Michel Apathie. « Non » répond Bruno Le Maire. « Sinon, vous le dénonceriez » en déduit l’interviewer. « Non » lâche le ministre.

Une réponse pour le moins édifiante, au moment où la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes annonce un projet de loi « contre les violences sexistes et sexuelles ». Des déclarations du ministre de l’Économie qui passent d’autant plus mal dans le contexte de l’affaire Weinstein, qui secoue le monde entier depuis une dizaine de jours. Deux heures après l’interview, Bruno Le Maire a donc effectué une mise au point en postant une vidéo sur Twitter. Le visage fermé, il se justifie en invoquant une réaction au « mot de « dénonciation », un terme « qu’il n’aime pas ». « Je me suis mal exprimé (…) il va de soi que si j'étais au courant de faits de harcèlement sexuel contre une femme, je serais le premier à les signaler » a-t-il pris soin de corriger.

#balancetonporc

Les témoignages des victimes du producteur de Hollywood, Harvey Weinstein, accusé par de nombreuses actrices d’agressions et de viols, ont fait boule de neige. Une journaliste française, Sandra Muller, a eu l’idée ce week-end de lancer le hashtag balancetonporc, pour « raconter, en donnant le nom et les détails, un harcèlement sexuel ». Résultat : plus de 60 000 tweets en deux jours reprenant le mot-clé. Des noms « connus » sont mis en cause, mais la journaliste à l’origine du hashtag précise, dans le Parisien, qu’elle « n’appelle pas à la délation mais à la dénonciation » .

« On passe du refoulement au grand déballage »

Si la personne a été agressée pourquoi n’a-t-elle pas porté plainte ? Question récurrente dans les commentaires sur hashtag. « En France, 95% des femmes qui dénoncent un harcèlement sexuel au travail perdent leur emploi » rappelle Fatima Benomar, cofondatrice du collectif féministe Les Effront-é-e-s, qui se félicite «  que ce hashtag ait libéré la parole de Madame tout le monde ». Quant au risque de dénonciations calomnieuses, ce qui a vraisemblablement gêné Bruno Le Maire, la vice-présidente socialiste de la délégation aux droits des femmes du Sénat, Hélène Conway-Mouret estime qu’il ne faut pas tomber dans « l’excès inverse ». « On passe du refoulement au grand déballage. Le nombre de tweets montre à quel point le problème est de taille. Toutefois, il ne faudrait pas que les femmes qui ont dénoncé leur agresseur sur Twitter, soient embêtées par la suite, parce qu’elles l’ont fait de manière maladroite ».  Aux États-Unis, l’actrice Alyssa Milano a également incité toutes les femmes victimes de harcèlement sexuel à témoigner sur Twitter en utilisant le mot-clef « #MeToo » (#MoiAussi).

 Harcèlement de rue : comment constater, qualifier et pénaliser ?

Comme annoncée par la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, un projet de loi pour lutter notamment contre le harcèlement de rue est en préparation et devrait voir le jour en 2018. Une concertation a été lancée et les citoyens sont invités à contribuer au futur texte en participant à l'un des 300 ateliers organisés dans le cadre du « Tour de France de l'égalité femmes/hommes ».

« L'idée est que la société dans son ensemble redéfinisse ce qu'elle accepte ou pas »,  a expliqué la ministre. D’ores et déjà, l’aspect le plus débattu du futur projet de loi concerne la verbalisation du harcèlement de rue. Comme l’a expliqué Emmanuel Macron, dimanche, lors d’une interview sur TF1, cette tache devra être la priorité de la prochaine « police de sécurité du quotidien », « notamment dans les transports ». Le chef de l’État promet une « procédure de verbalisation plus simple » des actes de harcèlement « pour qu’il ait une réponse immédiate ». Hélène Conway-Mouret n’accueille pas d’un très bon œil les annonces de la ministre. « Elle est dans une recherche en termes d’impact  et de communication, plutôt que dans une réflexion de ce qui est utile et nécessaire. La verbalisation systématique du harcèlement de rue est impossible à mettre en place. Les solutions sont à chercher dans l’éducation dès le plus jeune âge ».

« La loi existe déjà »

 Sur le plateau de Public Sénat, Jacky Coulon, secrétaire national de l’Union syndical des magistrats, ne dit pas autre chose. « La loi existe déjà (…) je pense qu’il s’agit de répondre à une demande des associations (…) mais sur le plan légal ça ne changera pas grand-chose parce que comment constater ces infractions-là ? » (…) Il va falloir identifier la personne (incriminée), retrouver la personne, éventuellement la confronter et ensuite il va falloir qualifier les faits, entre une approche de drague et un véritable harcèlement de rue ». (voir ses explications dans la vidéo ci-dessous)

Jacky Coulon USM: "sur le harcèlement de rue, la loi existe déjà"
01:48

Du côté des forces d’ordre, on accueille également avec scepticisme le prochain texte contre le harcèlement de rue.  « Avec quels moyens ? Quels effectifs ? Quels objectifs ? » S’interroge Stanislas Gaudon, délégué du syndicat Alliance Police nationale. « S’il n’y a pas de flagrant délit, comment allons nous verbaliser ? Ce sera parole contre parole. Il faudra faire une enquête, rechercher des vidéos… Ça demande du temps et des effectifs. Dans les transports, il y a déjà la brigade des réseaux ferrés qui peut se charger des agressions sexuelles, si on décide d’y adjoindre la  police de sécurité du quotidien, cela veut dire qu’on les enlève de quelque part.  De plus, ce sont des policiers en uniforme, ce qui va rendre encore difficile les flagrants délits ».

Le projet de loi devrait également fixer un âge en dessous duquel un enfant ne pourra pas être présumé consentant à un acte sexuel. La sénatrice communiste, Laurence Cohen avait déclaré récemment  vouloir déposer une proposition de loi en ce sens suite à une affaire judiciaire polémique. Il y a quelques semaines, un homme de 28 ans a été poursuivi en justice pour « atteinte sexuelle » et non « viol », car sa victime de 11 ans a été considérée comme consentante.

 

 

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