Visite de sénateurs en Ukraine : « C’est tout un peuple qui a pris les armes face à l’envahisseur », relate Claude Malhuret

Visite de sénateurs en Ukraine : « C’est tout un peuple qui a pris les armes face à l’envahisseur », relate Claude Malhuret

Membre d’une délégation composée de sénateurs français et de députés européens, le sénateur de l’Allier, Claude Malhuret a entamé une visite de trois jours en Ukraine. A l’ordre du jour de ce déplacement : visite de Boutcha, rencontre d’élus locaux et inauguration d’une Maison ukrainienne de l’Europe à Kyiv.
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Par Louis Dubar

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Tandis que la guerre en Ukraine est rentrée dans une nouvelle phase avec le déclenchement de l’offensive russe dans le Donbass, une délégation composée de sept sénateurs et de quatre députés européens s’est rendue en Ukraine. Le président du groupe Les Indépendants – République et Territoires, Claude Malhuret revient sur les temps forts de cette visite.

Vous vous êtes rendu en Ukraine pour une visite de trois jours, quel a été le programme de la délégation parlementaire ?

Nous sommes arrivés en Ukraine, le mercredi 20 avril. La délégation parlementaire a rencontré et passé la soirée avec le maire de Lviv, la ville située à l’Ouest du pays dans laquelle transitent les réfugiés fuyant l’armée russe. Il est revenu sur les frappes essuyées par Lviv et sur la situation humanitaire toujours très préoccupante.

Par la suite, nous avons été conduits à Kyiv. Cette visite a été l’occasion de rencontrer des députés de la Rada (le parlement ukrainien, ndlr), le maire de la capitale Vitaly Klitschko, une vraie célébrité locale, le directeur de cabinet du président Volodymyr Zelensky et l’ambassadeur de France en Ukraine de retour à Kyiv après un départ forcé de deux mois. L’ambassade de France a été l’une des dernières représentations diplomatiques à quitter la ville et l’une des premières à revenir à Kyiv. Les Ukrainiens sont très sensibles à cette attitude.

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Le sénateur Claude Malhuret à Boutcha.

Nous nous sommes également rendus à Boutcha, ville martyre et meurtrie récemment libérée par l’armée ukrainienne où des centaines de civils ont été massacrés. La délégation a rencontré le maire qui était resté pendant l’occupation. Caché dans une maison, il a été traqué par les soldats et les soudards de Poutine. Avant le début des hostilités, sa ville comptait près de 18 000 habitants. Ce chiffre est tombé à 1 500, il y a dix jours. Aujourd’hui, il est remonté à 3 000, les réfugiés reviennent progressivement. Nous avons également inauguré le Parc de la Liberté en plantant avec les enfants de la commune, douze arbres.

A l’heure où Moscou fait tout pour conserver l’Ukraine dans son giron, votre délégation a inauguré une Maison ukrainienne de l’Europe à Kyiv, un lieu qui a pour vocation de promouvoir l’entrée du pays dans l’Union européenne, dans ce contexte particulier c’est un symbole très fort pour les Ukrainiens ?

Effectivement, cette inauguration a été un moment extrêmement émouvant pour les membres de la délégation et les Ukrainiens. En pleine guerre, tout un peuple affairé à la guerre prend le temps de recevoir des parlementaires étrangers dans leur capitale. Selon moi, ce peuple est viscéralement attaché à l’idée européenne. Au cours de la cérémonie d’inauguration, l’Ode à la joie (hymne de l’UE, ndlr) a été jouée et ce n’est pas nous qui leur avons soufflé l’idée.

» Lire aussi : « Nous, parlementaires français, devons aller en Ukraine », plaide la sénatrice Angèle Préville

Pour nos interlocuteurs, cette intégration n’est pas hypothétique. Une fois la guerre terminée, le peuple ukrainien souhaite s’ancrer définitivement à l’Europe. L’un des plus grands échecs de Vladimir Poutine depuis le début de la guerre, c’est d’avoir forgé l’unité de l’Ukraine malgré les langues et les spécificités locales. Plus globalement, je crois que les Ukrainiens ont été sensibles à notre visite. Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez et la Première ministre danoise Mette Frederiksen se sont également rendus à Kyiv le jeudi 21 avril. Ces visites de responsables politiques européens sont le signe d’un soutien inconditionnel.

Plus de deux mois après le début de la guerre et au moment où s’engage une bataille décisive pour le contrôle du Donbass, quel est l’état d’esprit des Ukrainiens ?

On assiste depuis le début de la guerre à une véritable « Union sacrée » de toute la société ukrainienne. C’est tout un peuple qui a pris les armes face à l’envahisseur. En dehors des massacres et des crimes de guerre, Poutine n’aurait pas pu faire pire et faire mieux pour l’Ukraine. Parlementaire ukrainien, élu local, responsable d’un cabinet présidentiel, simple citoyen, tous, pensent qu’ils peuvent gagner la guerre. Ils ont été galvanisés par leur victoire lors de la bataille de Kyiv. Ils ont découvert leur propre force et se sont rendu compte que l’armée russe n’est pas le colosse ou la machine de guerre invincible telle qu’elle a été décrite. Dans le Donbass, les Ukrainiens s’attendent à cette attaque depuis plusieurs semaines. Ils sont bien préparés et prêts à contenir l’assaut.

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Le sénateur de l'Allier, Claude Malhuret au côté du maire de Kyiv, Vitali Klitschko.

Toutefois, les Ukrainiens ont des besoins et ils nous ont clairement indiqué trois demandes très précises. Tout d’abord, ils veulent « des armes, des armes et des armes. » L’armée ukrainienne sait qu’elle est surclassée par la puissance de feu de Moscou. Pour combler cette infériorité, ils veulent des armes lourdes, des drones, de l’artillerie et pas uniquement de l’armement léger. La deuxième demande est de poursuivre les sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Les sanctions ne peuvent être uniquement symboliques comme ça a été le cas lors de l’annexion de la Crimée en 2014. Ces mesures doivent être efficaces et ils demandent l’extension des embargos aux hydrocarbures et des mesures restrictives à l’encontre des banques russes. Un message nous a été transmis pour le président de la République. Ils attendent d’Emmanuel Macron qu’il joue un rôle de médiation en convaincant les Allemands et les autres pays réticents de l’Union d’appliquer ces sanctions. Enfin, ils attendent de l’Union européenne et de la commission que la demande d’entrée de leur pays soit examinée au plus vite. Ils sont conscients qu’une adhésion de l’Ukraine à l’UE prendra des années mais ils espèrent que leur pays bénéficiera du statut de pays candidat avant le mois de juin.

Emmanuel Macron a indiqué vouloir maintenir le dialogue avec Vladimir Poutine, le président du conseil italien Mario Draghi a récemment déploré l’inefficacité de cette stratégie, pensez-vous que l’attitude du président de la République est la bonne ?

Qui peut dire quelle est la bonne attitude avec ce dictateur fou ? Il n’y a jamais une seule bonne solution. En ces temps de guerre, ce qui compte selon moi c’est de répondre à ces trois demandes qui ont été formulées par les Ukrainiens. Chacun désormais doit se partager les rôles.

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