Vote de la confiance : le groupe socialiste du Sénat choisit l’abstention
Si le vote de la confiance devait avoir lieu au Sénat, le groupe socialiste choisirait majoritairement l’abstention, refusant de se placer dans l’opposition « systématique et stérile ».

Vote de la confiance : le groupe socialiste du Sénat choisit l’abstention

Si le vote de la confiance devait avoir lieu au Sénat, le groupe socialiste choisirait majoritairement l’abstention, refusant de se placer dans l’opposition « systématique et stérile ».
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une forme de « ni-ni ». Ni dans l’opposition totale, ni pleinement dans la majorité. Après un long débat interne ce mardi matin, marqué par près d’une trentaine de prises de parole, le groupe socialiste et républicain a adopté une position consensuelle.

Les sénateurs, désormais réduits à 89 après le départ de 22 membres pour le nouveau groupe La République en marche, ont choisi à une large majorité de s’abstenir en cas de vote sur la confiance au Sénat début juillet. Un drôle d’entre-deux qui permet au groupe d’éviter « tout procès d’intention » face au nouveau gouvernement.

Dans le détail, sur les 65 sénateurs qui ont pris part au vote, 53 ont choisi l’abstention. 7 ne voteront pas la confiance, contre seulement 5 pour.

Le vote de la confiance n’aurait qu’une valeur symbolique au Sénat, le gouvernement n’étant responsable que devant l’Assemblée nationale. Mais ce choix permet au groupe socialiste de trouver sa place dans le nouveau Parlement.

 « Nous sommes là en élus constructifs »

À la sortie de la réunion, le président du groupe Didier Guillaume s’est félicité d’un « vote vraiment très majoritaire et sans appel ».  « Il faut affirmer que nous sommes là en élus constructifs », explique-t-il, plaidant pour une géométrie variable en fonction des textes :

« 53 ont souhaité être dans l’abstention, donner sa chance au gouvernement, souhaiter que ce gouvernement réussisse dans l’intérêt de la France, de voter en fonction de nos convictions pour les textes qui nous semblent dans le bon sens et amender ceux qui ne sont pas dans le bon sens. »

« Nous ne voulons pas être dans l'opposition systématique et stérile », déclare Didier Guillaume
01:00
Images : Quentin Calmet

« Nous ne disons pas au départ nous nous opposons : j’espère que nous aurons l’occasion de soutenir des textes et des idées progressistes », appuie son collègue Jean-Pierre Sueur.

Groupe PS : « Nous ne voulons pas être dans l'opposition », déclare Jean-Pierre Sueur
00:48
Images : Quentin Calmet

« Une abstention bienveillante et vigilante »

Cette position, Françoise Cartron la définit comme une « abstention bienveillante, lucide et vigilante ». Une sorte de nouvelle synthèse qui évite au groupe d’avoir à trancher entre deux positions « bloquantes » : la défiance, et la « Macron-mania ». La sénatrice de la Gironde, « satisfaite » par le vote, y voit une bonne nouvelle pour l’avenir de l’équipe :

« Ça veut dire que l’on reste uni, que tout ce travail depuis des années avec le président Guillaume a résisté à un certain nombre de turbulences qui sont normales dans le contexte. »

Groupe PS : « On reste uni », se félicite Françoise Cartron
00:34
Images : Samia Dechir

« Une position qui permet d’arbitrer »

Jérôme Durain, a voté contre la confiance, et juge que la ligne adoptée est « une sortie par le haut ». « C’est une position de rassemblement qui permet d’éviter d’arbitrer », analyse le sénateur de la Saône-et-Loire, avec une pointe de déception dans la voix.

Vote de la confiance : « Une position de rassemblement qui permet d’éviter d’arbitrer », regrette Jérôme Durain
00:20
Images : Quentin Calmet

Si les tenants du non ont été largement mis en minorité, quatre sénateurs socialistes ont cependant choisi de ne pas prendre part au vote. « Voir aujourd’hui au Sénat que nous avons une position qui n’est pas tout à fait la même que celle de l’Assemblée nationale, ça me désole beaucoup pour le Parti socialiste et le militant que je suis », a regretté Henri Cabanel. « Jusqu’à preuve du contraire, le Conseil national est la hiérarchie de notre parti. »

Henri Cabanel : « Au Sénat nous avons une position qui n’est pas tout à fait la même que celle de l’Assemblée, ça me désole »
00:35
Images : Samia Dechir

En réalité, la position dégagée par la majorité des sénateurs socialistes est conforme sur le fond à la résolution adoptée par le Conseil national réuni le 24 juin. Le PS ne « votera pas la confiance », laissant aussi bien le choix entre un vote « contre » et l’abstention. Mais en observant le choix des mots, le groupe sénatorial marque sa différence par rapport à Solférino sur la forme.

« Le Sénat, ce n’est pas l’Assemblée nationale »

« Le PS est clairement dans l'opposition au gouvernement Philippe », insistait samedi le porte-parole national Rachid Temal. « Le groupe socialiste n’est pas dans l’opposition au gouvernement », exposait ce matin Didier Guillaume, le président du groupe au Sénat qui ajoute : « le Sénat ce n’est pas l’Assemblée nationale ». « Il y a un large consensus pour s’abstenir et donc ne pas faire partie de la majorité », préfère dire Henri Cabanel, montrant ainsi tout l’éventail possible des interprétations de leur position de groupe.

Dans une comparaison à peine dissimulée avec la « Nouvelle Gauche » – le nouveau nom du groupe socialiste à l’Assemblée nationale – le sénateur de Paris Roger Madec a évoqué sur Twitter une « abstention positive » vis-à-vis du gouvernement.

La situation est en tout cas inédite pour le groupe socialiste du Sénat, et les repères s’en retrouvent bousculés. « Sous la Ve République, le parti qui ne vote pas la confiance est dans l’opposition. Donc on est dans l’opposition », s’amuse le sénateur Daniel Percheron.

Partager cet article

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le