Agences de l’Etat : Amélie de Montchalin ne veut pas de « tronçonneuse », mais maintient « 2 à 3 milliards d’euros d’économies »

Auditionnée par le Sénat, la ministre des Comptes publiques vise plus « d’efficacité » sur les agences et opérateurs de l’Etat. Certains seront rapprochés, fusionnés ou même supprimés. D’autre feront des économies de fonctionnement. Mais pour pouvoir atteindre 3 milliards d’euros d’économies, il faudra « remettre en cause des politiques publiques », prévient la sénatrice LR Christine Lavarde.
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Son audition était « très attendue ». La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a dans le viseur les agences et opérateurs de l’Etat. Ça tombe bien, c’est aussi l’objet d’une commission d’enquête du Sénat, rapportée par la sénatrice LR Christine Lavarde et présidée par le sénateur communiste Pierre Barros.

En annonçant, fin avril, sa volonté de « supprimer un tiers des agences et opérateurs de l’Etat », avec à la clef « 2 à 3 milliards d’euros » d’économies, visant 180.000 postes de fonctionnaires, comme le rappelle le sénateur PCF du Val-d’Oise, Amélie de Montchalin, la ministre a pu surprendre et susciter quelques inquiétudes aussi. Quels opérateurs pourraient être touchés ? Et les économies sont-elles réellement au rendez-vous ? « Nous ne sommes pas certains d’arriver à un milliard d’économies », nous expliquait le lendemain Christine Lavarde, « on parle plutôt en millions d’euros d’économies », estimait la sénatrice LR des Hauts-de-Seine.

Auditionnée ce jeudi par la commission d’enquête du Sénat, la ministre a pu apporter des précisions sur sa méthode et maintenu son objectif de 2 à 3 milliards d’euros d’économies, tout en laissant un peu sur leur faim les sénateurs.

« Je n’ai pas comme projet de me lancer dans un exercice de serpette ou de tronçonneuse, en disant je veux supprimer 10.000 emplois »

D’emblée, Amélie de Montchalin l’a assuré : elle ne veut pas de coup de rabot. « Je n’ai pas comme projet de me lancer dans un exercice de serpette ou de tronçonneuse, en disant je veux supprimer 10.000 emplois », lance la ministre, « nous avons une approche d’efficacité. Les agents sont parfois confrontés à beaucoup de redondance, de lourdeur, de complexité ».

Avec l’idée de limiter à 2 % la hausse de dépenses par an, synonyme de « gain de productivité », et en l’appliquant aux « 64 milliards d’euros » du total des dépenses des opérateurs et agences visés, « ça fait 1,3 milliard par an. Donc à l’horizon de deux ans, deux ans et demi, vous arrivez à 2 ou 3 milliards d’euros », détaille Amélie de Montchalin, qui entend les réaliser sur les budgets 2026 et 2027.

Pour arriver à ce chiffre, la ministre évoque cinq « tamis » de réorganisations possibles. « Il y aura une partie qui sera sur le fonctionnement, une partie de rapprochements et de fusions, ou une reministerialisation des politiques publiques », détaille la ministre, assumant aussi « des suppressions sur des missions qui sont échues. Par exemple, l’institut national de la consommation ». Et enfin « une approche budgétaire » pour « avoir une meilleure gestion » et meilleur pilotage.

« Vous diminuez des interventions aux particuliers, aux collectivités et aux entreprises »

Précisions qui font réagir Christine Lavarde. « Donc les économies prévues, ce n’est pas le fonctionnement. […] On va devoir remettre en cause des politiques publiques. C’est très différent dans le discours, car quand vous venez diminuer des crédits d’intervention, vous diminuez des interventions aux particuliers, aux collectivités et aux entreprises. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, je dis qu’il faut, avec honnêteté, l’annoncer, plutôt que laisser croire que c’est les structures et leur réorganisation qui permettent de générer 2 à 3 milliards. […] Il faut le dire honnêtement, car il y aura des conséquences ». Elle insiste : « Avec l’ensemble des documents transmis, on ne voit pas comment vous faites 3 milliards d’économies sur la seule partie du fonctionnement, vous ferez 3 milliards en venant diminuer les enveloppes des crédits d’intervention ».

Amélie de Montchalin n’est pas encore capable de dire précisément quelles agences pourraient disparaître, ou quels opérateurs pourraient se rapprocher en réseau par exemple. Pour plus de détails, la ministre donne rendez-vous aux annonces que fera le premier ministre en juillet sur le prochain budget, puis lors du projet de loi de finances 2026, à l’automne prochain.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

5min

Parlementaire

Un rapport sur la souffrance psychique au travail enterré au Sénat par la droite et le centre

Depuis le mois de février 2026, une mission d’information travaillait au Sénat sur le thème de la souffrance psychique au travail. Constituée à la demande du groupe RDSE, groupe constitué majoritairement de radicaux au Sénat, cette mission n’a pas pu rendre public son rapport, comme c’est pourtant l’habitude au Parlement. En effet, mercredi 8 juillet 2026, la majorité de la droite et du centre s’est opposée aux conclusions de la rapporteure Annick Girardin. Explications.

Le

8min

Parlementaire

Zones grises de l’information : le Sénat veut muscler la lutte contre la désinformation avant 2027

Face aux plateformes, aux influenceurs et à l’intelligence artificielle, une mission d’information du Sénat alerte sur les nouvelles fragilités de l’espace informationnel français. Les sénateurs proposent notamment la création d’un observatoire indépendant de la désinformation interne avant l’élection présidentielle de 2027 et un renforcement des pouvoirs de l’Arcom.

Le

6min

Parlementaire

Jeux vidéo : le Sénat veut conditionner les aides publiques à des avancées concrètes pour les femmes

Le Sénat propose de faire de l’égalité femmes-hommes un critère d’attribution des aides publiques au secteur du jeu vidéo. Dans un rapport, la délégation aux droits des femmes estime que les financements publics doivent devenir un levier pour lutter contre le sexisme et favoriser la mixité dans une industrie où les femmes, pourtant près de la moitié des joueurs, restent largement absentes des studios, des compétitions professionnelles et des postes de direction.

Le

Temal capture
9min

Parlementaire

Présidence du groupe PS du Sénat : après la candidature de Rachid Temal face à Patrick Kanner, Michaël Weber « n’exclut rien »

Le sénateur du Val-d’Oise annonce être candidat à la présidence du groupe PS du Sénat, dirigé depuis 8 ans par Patrick Kanner. « Cette présidence de groupe, je la veux collective, transparente et très politique », affirme Rachid Temal. Mais un troisième nom pourrait sortir du chapeau, avec Michaël Weber, un soutien de Boris Vallaud. La bataille est lancée pour la présidence du groupe PS du Sénat.

Le