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Agriculture : qui est le sénateur Laurent Duplomb, à l’origine du texte sur la réintroduction des néonicotinoïdes ?

Figure incontournable au Sénat sur le sujet de l’agriculture, le sénateur LR de Haute Loire, Laurent Duplomb commence à se faire un nom en dehors des murs du Palais du Luxembourg. En cause, sa proposition de loi qui vise à réintroduire certains pesticides, assouplit les règles pour les retenues d'eau et les bâtiments d’élevages, en examen à l’Assemblée nationale, ce lundi.
Simon Barbarit

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La semaine dernière, en marge de la venue au Sénat du nouveau président LR, Bruno Retailleau, Laurent Duplomb se définissait par deux adjectifs. « Je me considère comme conservateur et un peu réac. Mais vous le saviez par vous-même », avait-il précisé, amusé. Alors que l’Assemblée nationale entame l’examen de sa proposition de loi polémique qui vise à « libérer la production agricole des entraves normatives », cet autoportrait demande à être étoffé.

« Une personnalité haute en couleur »

Elu sous l’étiquette LR depuis 2017 dans le département de la Haute-Loire, Laurent Duplomb est devenu, au fil des années, le Monsieur agriculture de son groupe. La ligne directrice de son action ? Face à la concurrence internationale, la compétitivité des agriculteurs français serait mise à mal par une trop forte réglementation, voire « une surtransposition des normes européennes ». Pour casser ce carcan, sa dernière proposition de loi revient notamment sur un certain nombre de réglementations sur l’usage et la vente de pesticides.

« C’est une personnalité haute en couleur que j’ai appris à connaître à la commission des affaires économiques. Il mène des combats qui ne sont pas simples de manière courageuse et pragmatique. Pour que l’agriculture continue de nourrir les Français de la manière la plus durable possible, il prend en compte la réalité des territoires », résume la présidente e la commission des affaires économiques, Dominique Estrosi Sassone.

Dans l’hémicycle, pour défendre sa position, Laurent Duplomb ne manque jamais l’occasion de rappeler sa qualité d’agriculteur pour dénoncer « l’obscurantisme vert ». Il est à la tête d’une exploitation laitière à Saint-Paulien et a été président des Jeunes Agriculteurs et de la chambre d’agriculture de Haute-Loire sous l’étiquette FDSEA, la branche départementale de la FNSEA.

« Il fait partie des gens d’exception »

« On n’a pas le même âge, mais on a un peu le même parcours. C’est un homme de terrain qui travaille constamment pour faire avance le pays. Il parle franchement sans langue de bois. Il fait partie des gens d’exception », n’hésite pas à déclarer Pierre Cuypers, sénateur LR, rapporteur du texte Duplomb, agriculteur de profession lui aussi.

La qualité d’agriculteur de Laurent Duplomb ne fait pas autorité auprès de ses collègues de gauche. Elle avait même plutôt envenimé les débats lors de l’examen de son texte au Sénat. « Ça fait plusieurs années qu’on rapporte ensemble la mission agriculture du budget. Nous venons de départements voisins. Laurent Duplomb a repris une exploitation hors cadre familial, comme moi. J’ai été syndiqué aussi, à la Confédération paysanne, et nos points communs s’arrêtent là. Nous avons des visions radicalement différentes », compare le sénateur socialiste, Jean-Claude Tissot qui reconnaît que le débat « est néanmoins possible » avec son collègue de droite. « Il dit qu’il est réac et conservateur, je rajouterai obscurantisme. Dans le sens que son texte nie la science et 1 200 études ont montré le danger que représentent les néonicotinoïdes », précise-t-il en référence à la lettre ouverte de 1 200 médecins et scientifiques aux ministres de l’agriculture, de la santé et de l’environnement alertant sur les dangers que représentent la proposition de loi Duplomb « pour la santé humaine et la biodiversité ».

« Nous sommes le seul pays européen à interdire ces produits phytosanitaires avec pour résultats des entreprises qui ferment comme dans mon département en Seine-et-Marne où une sucrerie va fermer à cause de la crise de la betterave sucrière », rétorque Pierre Cuypers.

« Laurent Duplomb porte haut et fort l’étendard d’une agriculture souveraine qui vise à limiter l’importation de certains produits », appuie, Dominique Estrosi-Sasonne.

« Il la joue agriculteur de terrain, les pieds dans le fumier »

La défense de la fameuse « ferme France », l’appellation d’un précédent texte de Laurent Duplomb, serait plutôt « la ferme Duplomb » pour Guillaume Gontard, président du groupe écologiste du Sénat. « Il y a un conflit d’intérêts avec lui. Il défend des textes qui vont bénéficier à son exploitation ». Guillaume Gontard égratigne aussi l’image que se donne Laurent Duplomb. « Il la joue agriculteur de terrain, les pieds dans le fumier, mais il a été président régional du groupe laitier Sodiaal et membre du conseil de surveillance de la marque Candia. C’est un représentant de l’agrobusiness qui vit des exportations. Ce qui ne colle pas avec son combat contre les traités de libre-échange ».

Plus inquiétant pour l’écologiste, c’est l’évolution du poids pris par le sénateur au sein de la majorité sénatoriale. « Il incarne la dérive de cette majorité que j’ai connue rigoureuse d’un point de vue législatif. Il y a quelques années, les propositions de Laurent Duplomb faisaient sourire au sein de son groupe, maintenant ils les votent. C’est l’illustration de cette surenchère trumpiste », tacle-t-il.

« C’est du bon sens, du pragmatisme et ce n’est pas caricatural », défend Dominique Estrosi-Sasonne qui reconnaît à Laurent Duplomb « de parler vrai et authentique ». « Il n’a pas de langue de bois. Sa transparence fait du bien dans ce monde parfois trop édulcoré ».

Une expression parfois vive a pu lui jouer des tours comme en 2022, lorsqu’il avait vivement interpellé en commission Michel-Édouard Leclerc, le président du comité stratégique des supermarchés, en confondant sa fortune avec Michel Leclercq, le fondateur de Décathlon.

Laurent Duplomb, élu du même département que Laurent Wauquiez, faisait partie de ses rares soutiens pour la présidence de LR. Il avait particulièrement adhéré à la critique du député pour qui, Bruno Retailleau allait « diluer » la droite dans le macronisme en restant dans le gouvernement. « En politique, on a toujours tort d’avoir raison trop tôt. Les mois à venir pourraient, malheureusement, démontrer qu’il avait raison », maintenait le sénateur la semaine dernière.

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