Senat- Questions au gouvernement
French President of Senate, Gerard Larcher attends during the questions to the goverment, at the Senate Assembly in Paris, France, on July 9, 2025. Â' Stephane Lemouton/SIPA//LEMOUTONSTEPHANE_250709A053/Credit:Stephane Lemouton/SIPA/2507091950

Aide médicale d’Etat : face à un dispositif jugé trop « généreux », un rapport du Sénat propose de le réformer

Un rapport sénatorial préconise une réforme de l’aide médicale d’Etat (AME), jugée trop « généreuse. » Pour « maîtriser » les dépenses, Vincent Delahaye (UC) préconise de réduire le nombre de personnes éligibles au dispositif et de supprimer certains soins pris en charge.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

3 min

Publié le

La droite aura-t-elle finalement la peau de l’aide médicale d’Etat ? Rituellement supprimée ou réduite par le Sénat lors des débats budgétaires de l’hiver (voir notre article), l’AME a fait l’objet d’un rapport d’évaluation du centriste Vincent Delahaye, qui pointe un « dispositif généreux inchangé malgré les promesses gouvernementales. » L’aide médicale d’Etat (AME) regroupe plusieurs dispositifs finançant la couverture santé des personnes étrangères en situation irrégulière sur le territoire et dont les ressources ne dépassent pas 862 euros par mois en 2025, pour un coût d’1,3 milliard d’euros par an pour l’ensemble de ces dispositifs.

Des dépenses de l’Etat liées à l’AME en hausse de 15 % par rapport à 2023, et de 67,6 % sur dix ans, principalement causée par une augmentation du nombre de bénéficiaires du dispositif, qui a doublé depuis 2012, pour atteindre 465 000 bénéficiaires en 2024. Les dépenses de santé moyenne par bénéficiaire de l’AME, en revanche, stagnent depuis dix ans (+ 3 % depuis 2015), alors que les dépenses moyennes de santé dans la population totale ont augmenté de 25 % sur la même période.

« Maîtriser » les dépenses de l’AME

Vincent Delahaye insiste ainsi dans ce rapport sur la « nécessité » de « maîtriser » les dépenses de l’AME, en limitant l’immigration illégale et en réformant le dispositif, dans la lignée de ce qu’avait notamment voté le Sénat en décembre dernier. Le rapport sénatorial préconise à cet égard une réduction de l’assiette du dispositif, en supprimant l’éligibilité à l’AME des étrangers qui ont vu leur titre de séjour retiré pour motif d’ordre public, soit 5800 personnes sur les 465 000 bénéficiaires en 2024. Ensuite, la majorité sénatoriale propose de réduire le panier de soins remboursés pour se rapprocher du modèle allemand « voie médiane » entre les systèmes danois et suisse, vus comme trop restrictifs, et les systèmes espagnols ou belges, vus comme trop « généreux. » Aujourd’hui, les cures thermales, l’assistance médicale à la procréation (PMA) ou encore les frais relatifs à la prévention bucco-dentaire sont exclus de la prise en charge au titre de l’AME.

« En Allemagne, par rapport à la France, sont notamment exclus totalement du panier de soins pris en charge les soins programmés pour les maladies chroniques, sauf si leur non-réalisation entraînait une aggravation critique de l’état de santé de la personne. Sont soumis à autorisation préalable […] notamment les traitements hospitaliers non urgents, la rééducation physique ou encore la psychothérapie », détaille le rapport. En toute hypothèse, les soins de suite et de réadaptation, les hospitalisations à domicile, la psychiatrie et les dépenses des cliniques privées pèsent 338 millions d’euros au sein de l’AME, chiffre Vincent Delahaye, qui appelle tout de même à conserver – contrairement à l’Allemagne – les dépenses de prévention dans le panier de soins.

Ce rapport à n’en pas douter devrait servir de base à des amendements de la majorité sénatoriale lors des débats budgétaires à l’automne.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Icon of Chat GPT on screen of iphone
6min

Parlementaire

Comment l’IA s’intègre au travail parlementaire ?

L’intelligence artificielle s’installe progressivement dans les rouages du travail parlementaire, de l’Assemblée nationale au Sénat, en passant par le Parlement européen. Une étude de la Fondation Jean Jaurès publiée ce lundi 27 avril révèle que plus de la moitié des tâches des collaborateurs pourraient déjà être automatisées. Dans le même temps, l’absence d’outils institutionnels encadrés fait peser des risques importants en matière de confidentialité, d’équité et, plus largement, de qualité du travail démocratique.

Le

Hearing of former directors of France Televisions at National Assembly
4min

Parlementaire

Rapport sur l’audiovisuel public : quelles sont les règles des commissions d’enquête parlementaires ?

Ce lundi 27 avril, la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public arrive à son étape finale, marquée par un vote décisif sur le « rapport Alloncle ». Au-delà de son contenu controversé, c’est surtout le cadre juridique des commissions d’enquête qui est en jeu : leurs travaux sont strictement encadrés par le règlement de l’Assemblée nationale, notamment en matière de confidentialité et de diffusion. Les députés doivent ainsi trancher entre publication du rapport ou rejet, qui entraînerait son archivage définitif et son interdiction de diffusion.

Le

Aide médicale d’Etat : face à un dispositif jugé trop « généreux », un rapport du Sénat propose de le réformer
5min

Parlementaire

Régulation des contenus : « Ce qui est interdit hors ligne est interdit en ligne »

Auditionnée par la délégation aux droits des femmes du Sénat, la conseillère de l’Arcom a détaillé les marges de manœuvre limitées du régulateur face à la montée des contenus sexistes et masculinistes en ligne. L’instruction en cours visant le podcast « 10 000 pas », diffusé sur plusieurs plateformes de streaming, illustre les angles morts juridiques et les tensions entre cadre national et régulation européenne.

Le

DEPLACEMENT DE VINCENT JEANBRUN A RILLIEUX-LA-PAPE
6min

Parlementaire

Passoires thermiques, HLM, simplification… le texte logement examiné « d’ici l’été » par le Sénat, qui compte bien l’amender 

Le Premier ministre a annoncé un projet de loi de relance du logement qui devrait être examiné au Sénat avant l’été pour être définitivement adoptée avant la fin de l’année. Le projet de loi augmente la capacité d’attribution de logements sociaux des élus locaux et leur donne la possibilité d’accélérer certains projets. Le texte réautorise également la location de passoires thermiques et permet de lancer un nouveau programme de rénovation urbaine.

Le