Airbnb
Illustration location par le reseau Airbnb//07ALLILIMAGES_SIPA.0142863/Credit:Mourad ALLILI/SIPA/2302231220

Airbnb : le gouvernement conserve par erreur la suppression de la niche fiscale votée au Sénat

C’est un cadeau de Noël avant l’heure pour les sénateurs, mais pas pour les bailleurs Airbnb. Le gouvernement a conservé, par erreur, dans le budget, une disposition adoptée par la Haute assemblée. Un article qui réduit sensiblement l’abattement fiscal pour les locations de tourisme.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« Dans la loi de Finances, le gouvernement s’était formellement engagé à tenir compte des mesures du Sénat, qui a été la seule Assemblée à voter le texte, 49.3 oblige. Résultat ? Une seule mesure reprise ! », pestait, il y a encore une semaine sur X, le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau.

C’est finalement deux mesures du Sénat que l’exécutif a conservées dans le budget 2024. Même si pour la seconde, il s’agit d’une « erreur matérielle », a reconnu une source gouvernementale. « Peu importe, ils sont bien dans le texte définitif », a tweeté le sénateur LR, Max Brisson, auteur d’un amendement adopté contre l’avis du gouvernement qui supprime la niche fiscale pour la location des meublés touristiques. La disposition avait fait consensus à la Haute assemblée puisque Rémi Féraud (PS), Ian Brossat (communiste) et Nathalie Goulet (centriste) avaient tous fait passer des amendements identiques. Le gouvernement avait déjà prévu de réduire l’abattement dont bénéficient les meublés touristiques dans les zones tendues de 71 % à 50 %, avec une limite de 77 700 € de revenus annuels.

La disposition qui est passée au travers de la nouvelle lecture du projet de loi de finances à l’Assemblée nationale, le 14 décembre dernier, prévoit d’aligner le régime fiscal des locations de meublés de tourisme sur celui des « locations nues » avec l’application d’un abattement de 30 % (contre 71 % actuellement) dans la limite de 15 000 € de recettes. Il maintient également un régime dérogatoire dans les zones rurales en prévoyant un taux d’abattement de 51 % dans la limite de 15 000 € de recettes. « Dans certains territoires, la flambée des locations saisonnières est en train de déstabiliser l’offre de l’habitat […] J’ai bien compris que les mesures fiscales ne permettaient pas tout, mais elles sont aussi des symboles qu’on envoie à des populations qui n’en peuvent plus […] Il y a une raréfaction foncière dans les territoires comme le mien, le Pays basque, c’est pour ça qu’ils demandent la fin de cette niche fiscale », a mis en avant Max Brisson.

« Ça apprendra au gouvernement à travailler dans l’urgence »

Du côté du gouvernement, on note que ce nouvel article entraîne « une modification substantielle de la fiscalité pour les propriétaires », et on promet qu’il « sera modifié à l’occasion d’un prochain vecteur législatif au plus tard dans le budget 2025 ». Précision utile, l’exécutif assure que la nouvelle disposition « n’a pas vocation à s’appliquer dans l’intervalle ». L’abattement pourrait être revu lors d’un futur projet de loi de finances rectificative. Mais le débat continuera d’être soulevé à l’Assemblée avec la poursuite de l’examen d’une proposition de loi transpartisane, portée par Annaïg Le Meur (Renaissance) et Iñaki Echaniz (PS) sur le sujet en début d’année.

« Je ne pense pas que le gouvernement va revenir dessus car cette disposition va rapporter beaucoup d’argent au budget de l’Etat. Ça apprendra au gouvernement à travailler dans l’urgence », veut croire la sénatrice, centriste, Nathalie Goulet.

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Grégoire 2
20min

Parlementaire

« On n'a jamais caché de pédophiles à la ville de Paris » : revivez l'audition d'Emmanuel Grégoire au Sénat sur le scandale du périscolaire

L'actuel maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a été auditionné ce mercredi 16 septembre par la commission d’enquête du Sénat sur les violences sexuelles dans le périscolaire en France. Alors que les signalements ont explosé à Paris entre 2025 et 2026, l’édile est visé par des investigations pénales, notamment pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et non-dénonciation d’agression.

Le

Airbnb : le gouvernement conserve par erreur la suppression de la niche fiscale votée au Sénat
5min

Parlementaire

« Jugez-nous sur nos résultats ! » : l’Ademe défend son périmètre face aux ambitions de la droite sénatoriale

Auditionné mardi 15 septembre par la commission spéciale chargée d’examiner la proposition de loi sur l’agencification, le président-directeur général de l’Ademe, Sylvain Waserman a fermement contesté l’idée d’une agence « hors de contrôle » et mis en garde contre une proposition de loi de la droite sénatoriale, qui, en la recentrant sur les seules entreprises, la priverait de son rôle auprès des collectivités.

Le

Airbnb : le gouvernement conserve par erreur la suppression de la niche fiscale votée au Sénat
5min

Parlementaire

Périscolaire : Jean-Michel Blanquer défend une « vision globale du temps de l'enfant » devant le Sénat

Auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur les violences dans le périscolaire, Jean-Michel Blanquer l’ancien ministre de l’Éducation nationale (2017-2022) est revenu sur son choix d’assouplir la réforme des rythmes scolaires. Il a surtout plaidé pour une refonte plus large de l’organisation du temps de l’enfant, entre école, périscolaire et vacances.

Le

Airbnb : le gouvernement conserve par erreur la suppression de la niche fiscale votée au Sénat
6min

Parlementaire

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires

Devant la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire, Vincent Peillon a défendu sa réforme des rythmes scolaires de 2013, tout en reconnaissant ses limites. Pour l'ancien ministre de l'Éducation nationale, le vrai problème reste ailleurs : le manque de reconnaissance, la précarité et l'insuffisante formation des animateurs chargés des enfants hors temps scolaire.

Le