Emmanuel Macron, live tv interview
President Emmanuel Macron spoke in an interview on TF1 entitled "The challenges of France"//ALLILIMOURAD_11191263/Credit:MOURAD ALLILI/SIPA/2505141047

ArcelorMittal : l’intervention d’Emmanuel Macron peine à convaincre les sénateurs de la délégation aux entreprises

Lors de son intervention télévisée, hier sur TF1, Emmanuel Macron est revenu sur le plan de suppressions d’emplois du géant de l’acier ArcelorMittal. Il a rejeté l’idée d’une nationalisation tout en assurant la sauvegarde des emplois. Interrogés par Public Sénat, les sénateurs de la délégation aux entreprises regrettent le « manque de vision » du président sur le sujet.
Marius Texier

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« Non, je ne vais pas nationaliser ArcelorMittal », a lancé Emmanuel Macron hier soir à Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, qui l’interrogeait sur la suppression de plus de 600 emplois du sidérurgiste ArcelorMittal. « Nous sommes en train de nous battre, nous allons sauver Dunkerque et Fos, je vous le dis les yeux dans les yeux ».

« Aucune volonté d’agir »

« A l’image de tout le discours du président de la République, il n’y a aucune vision, aucun cadre, aucune volonté d’agir », regrette Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat et membre de la délégation sénatoriale aux entreprises. « Sur ArcelorMittal, c’était l’occasion pour l’Etat d’agir, de sauver l’outil industriel, les emplois. Le fait qu’il est balayé la nationalisation est révélateur ».

Pour Olivier Rietmann, sénateur les Républicains et président de la délégation sénatoriale aux entreprises, la nationalisation ne règle pas tout : « Elle peut être une option, mais cela ne va pas rendre l’acier moins cher et remplir le carnet de commandes », souligne le sénateur.

« La nationalisation est un outil qui a déjà été utilisé et qui a fonctionné », rappelle Guillaume Gontard. « C’est surtout un signal auprès des industriels, qui pensent plutôt à court terme, que l’Etat est là, que l’Etat peut reprendre la main. Désormais, on perd notre souveraineté, même militaire ».

« L’engagement de la part d’ArcelorMittal peut paraître suspect »

Avec son plan d’investissement France 2030, l’Etat a prévu une enveloppe de 5,6 milliards d’euros pour décarboner son industrie. ArcelorMittal doit investir 1,7 milliard d’euros pour décarboner sa production d’acier en France. 850 millions d’euros d’aides vont être injectés par l’Etat.

« L’engagement de la part d’ArcelorMittal peut paraître suspect avec l’annonce de la suppression d’emplois, mais d’un autre côté comment pouvons-nous demander près de deux milliards d’euros aux industriels », s’interroge Olivier Rietmann. « Lorsque l’on prend des décisions seules, on se retrouve seuls. C’est le risque d’avoir pris une décision sans concertation avec le monde industriel ».

« Il nous faut des études d’impact »

« La fermeture d’ArcelorMittal est un vrai problème pour notre souveraineté et notre indépendance qui, dans le contexte actuel, est un vrai sujet », reconnaît la sénatrice Les Républicains, Anne-Marie Nédélec, chargée de mission « Le fabriqué en France » de la délégation sénatoriale aux entreprises. « On fait une fixation sur ArcelorMittal qui représente un volume d’emplois important certes, mais le principal problème c’est la prise de décisions sans études d’impact. On ne peut pas ensuite demander à l’Etat de venir sauver un secteur qui, pour les spécialistes et les industriels de ce même secteur, n’est pas sauvable.

« Mettre en place une conditionnalité aux industriels »

Son collègue Olivier Rietmann abonde dans le même sens : « Avant de prendre des décisions, il nous faut des études d’impact. S’il y avait eu une étude d’impact, on aurait peut-être réfléchi à deux fois avant d’engager la décarbonation. D’autres pays comme la Chine n’engagent pas cette décarbonation et vont continuer à vendre un acier à bas coût. Faudra-t-il interdire l’acier chinois ? Ce qui va conduire nos industriels à se fournir d’un acier très cher ».

« Il faut absolument que l’Etat aide à la décarbonation », assure Guillaume Gontard. « Cela va permettre d’aider les entreprises sur le long terme et de les rendre compétitives. Seulement, il faut mettre en face des industriels une conditionnalité, ce qu’Emmanuel Macron n’a pas souhaité faire ».

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