ARCHIVE – Robert Badinter raconte son combat pour l’abolition de la peine de mort : « Jusqu’au bout cela a été incertain »

Ministre de la Justice de François Mitterrand, Robert Badinter est mort le 9 février. Invité de Public Sénat en 2021, il était revenu en détails sur cette âpre bataille pour l’abolition de la peine de mort. Retrouvez son entretien.
Romain David

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, est mort ce vendredi 9 janvier à l’âge de 95 ans. Il restera dans la mémoire collective comme l’artisan de l’abolition de la peine de mort. Invité en octobre 2021 de notre émission « Un monde, un regard », l’ancien ministre de François Mitterrand était revenu sur ce long combat, entamé lorsqu’il était encore avocat. « On ne mesure pas aujourd’hui ce que pouvaient être ces cours d’assises, autour desquelles il y avait des foules qui attendaient l’accusé en criant à mort ! à mort ! L’ambiance qui régnait autour et dans le Palais de justice était sans comparaison avec ce que l’on peut connaître aujourd’hui », se rappelait Robert Badinter.

Durant la campagne présidentielle de 1981, François Mitterrand s’engage, à rebours de l’opinion publique et de son principal adversaire, Valéry Giscard d’Estaing, contre la peine de mort. À l’époque, la France est le seul pays de la communauté économique européenne qui exécute encore ses condamnés. Une fois le socialiste élu, la séquence législative se joue en quinze jours, lors d’une session extraordinaire.

« C’est au Sénat que s’est jouée la partie décisive »

Le projet de loi portant abolition de la peine est adopté par l’Assemblée nationale le 18 septembre 1981, sans encombre grâce à la majorité de gauche arrivée au pouvoir quelques mois plus tôt. Au Sénat, l’examen s’annonce plus complexe, la Chambre haute restant largement dominée par la droite et les centristes. « Je dois dire que c’est au Sénat que s’est jouée la partie décisive », avouait Robert Badinter, redoutant alors de se faire balader par « les vieilles moustaches » favorables au maintien de la peine capitale. « Je ne pouvais pas m’imaginer garde des Sceaux d’une justice qui tuait. »

Le premier rapporteur désigné par la commission des lois, le socialiste Edgar Tailhades, fait le choix de démissionner. Il est remplacé par le centriste Paul Girod. « J’ai vu des choses étonnantes pendant trois jours et deux nuits, dans les couloirs, à la buvette, des groupes étonnants, des sénateurs communistes avec des MRP ou des élus de droite… Je sentais que des alliances, je ne dirais pas inavouables, mais étonnantes se faisaient. Jusqu’au bout cela a été incertain. »

Ancien ministre de Georges Pompidou et de Charles de Gaulle, le sénateur Edgar Faure tente de faire maintenir la peine de mort en la circonscrivant à certains types de crimes, mais le rejet de son amendement ouvre la voie à l’adoption du projet de loi dans sa globalité. Le moment restera gravé dans la mémoire de Robert Badinter : « Il était exactement midi vingt-cinq, le 30 septembre 1981, quand l’abolition a été inscrite dans nos textes de loi ».

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Farmers Block The Highway Between Spain And France Protesting Against Mercosur Agreement. PontóS, Girona (Spain)
5min

Parlementaire

Mobil-homes, cabanes, maisons sans permis : le Sénat veut armer les élus face à la prolifération des constructions illégales pour mettre fin au « business » de la cabanisation

Face à la multiplication d’installations illégales en zones agricoles ou naturelles, des sénateurs Les Républicains proposent de renforcer les outils juridiques des élus et de l’État. Leur texte, examiné en séance publique au Sénat le 6 mai, vise à accélérer les procédures et à mieux prévenir un phénomène nourri par la crise du logement et les lenteurs administratives.

Le

ARCHIVE – Robert Badinter raconte son combat pour l’abolition de la peine de mort : « Jusqu’au bout cela a été incertain »
4min

Parlementaire

Le Sénat indexe le tarif des transports en commun sur l’inflation

La majorité sénatoriale de droite et du centre a adopté ce jeudi 16 avril l’article 12 du projet de loi-cadre sur les transports, qui prévoit de lier le tarif des transports en commun à la hausse générale des prix. Les collectivités territoriales, qui gardent la main sur l’organisation des mobilités, auront la possibilité de ne pas appliquer cette mesure.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
8min

Parlementaire

Fin de vie, sécurité du quotidien, enseignement privé… Quel calendrier parlementaire au Sénat dans les prochaines semaines ? 

L’agenda des prochaines semaines au Sénat se précise. Après un report de leur examen prévu au mois de mars, les deux textes sur la fin de vie seront de retour à la Chambre haute à la mi-mai. D’ici à début juin, les projets de loi relatifs à l’actualisation de la loi de programmation militaire, à l’encadrement de l’enseignement supérieur privé ou encore à la sécurité du quotidien sont aussi attendus dans l’hémicycle. Tout comme une proposition de loi initiée par Bruno Retailleau visant à lutter contre l’entrisme islamiste.

Le

ARCHIVE – Robert Badinter raconte son combat pour l’abolition de la peine de mort : « Jusqu’au bout cela a été incertain »
6min

Parlementaire

« Votre attitude est une honte ! » : après des débats électriques, le Sénat oblige SNCF Connect à vendre les billets des autres compagnies

Le Sénat a voté ce jeudi 16 avril pour l'ouverture de la plateforme SNCF Connect aux autres compagnies de transport. Si cette mesure vise à simplifier le parcours des usagers, elle a provoqué une vive fracture au sein du bloc central, certains élus dénonçant un risque économique majeur pour l'opérateur historique.

Le