Au Sénat, Aurore Bergé défend l’action du gouvernement face aux « offensives » contre les droits des femmes

Devant la délégation aux droits des femmes du Sénat, la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes a défendu ce jeudi 12 février une politique gouvernementale présentée comme un rempart face aux « offensives » contre les droits des femmes. Mais les sénatrices et sénateurs ont insisté sur les moyens jugés insuffisants et les retards législatifs.
Emma Bador-Fritche

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Dès son propos liminaire, Aurore Bergé donne le ton. « Nous sommes à un moment de bascule historique », affirme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, auditionnée ce jeudi 12 février par la délégation aux droits des femmes du Sénat. Selon elle, « les droits des femmes ne sont pas seulement contestés à la marge, mais attaqués comme un front politique à part entière ». Face aux sénatrices et sénateurs, la ministre a présenté l’action gouvernementale comme une réponse globale à ce qu’elle décrit comme une offensive idéologique mondiale visant à « réassigner les femmes à leur place ». Mais au fil des échanges lors de l’audition, les parlementaires ont pointé du doigt les limites budgétaires, les retards dans certaines réformes et les difficultés persistantes sur le terrain.

« 39% pensent aujourd’hui que le féminisme menace leur place »

Alors que la délégation mène des travaux sur « la montée en puissance des réseaux et mouvements masculinistes », dans le cadre d’un rapport d’information conduit par les sénatrices Laurence Rossignol (Parti socialiste), Béatrice Gosselin (Les Républicains) et Olivia Richard (Union centriste), Aurore Bergé a centré son intervention sur la progression du sexisme et du masculinisme. Elle y voit une « idéologie de la revanche », nourrie par une supposée « crise de la masculinité ». « Dire que l’égalité est atteinte est la manière la plus efficace de ne plus agir », a-t-elle lancé, estimant que les violences faites aux femmes « ne sont ni des affaires de familles, ni des faits divers, mais bien un fait de société ». S’appuyant sur le dernier rapport du Haut Conseil à l’égalité, la ministre a souligné l’ampleur du phénomène : « 26% des hommes disent avoir douté du consentement de leur partenaire sans renoncer à un rapport sexuel » et « 39% pensent aujourd’hui que le féminisme menace leur place ». Pour la ministre, la lutte contre la haine en ligne et la protection des jeunes constituent désormais une priorité. Elle a notamment défendu l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, jugeant que « la République ne peut être absente là où se fabriquent les violences »

« Les moyens restent très insuffisants au regard de l’ampleur des besoins »

La rhétorique offensive de la ministre n’a pas empêché les membres de la délégation de pointer les limites de l’action publique, notamment sur le plan budgétaire. La présidente de la délégation Dominique Vérien a rappelé que les crédits consacrés à la lutte contre les violences faites aux femmes atteignent 98.6 millions d’euros en 2026, soit 3 millions supplémentaires. Elle a toutefois regretté l’absence de plusieurs mesures votées par le Sénat, notamment 5 millions d’euros pour des actions d’accompagnement des femmes isolées en zones rurales et en Outre-mer ainsi que 5 millions d’euros pour compenser la hausse des coûts salariaux des associations. « Les moyens restent très insuffisants au regard de l’ampleur des besoins », a-t-elle estimé, alertant sur les difficultés financières du tissu associatif et sur le retard de certains dispositifs, comme le déploiement du « pack nouveau départ », présent dans seulement huit départements, alors que les féminicides ont augmenté en 2025.

Face à ces critiques, Aurore Bergé a défendu l’action du gouvernement rappelant que « les moyens consacrés au ministère ont été multipliés par trois en cinq ans », évoquant plusieurs dispositifs présentés comme structurants : l’aide universelle d’urgence, versée à près de 70 000 femmes depuis 2023 ; le « pack nouveau départ », destiné à accompagner les victimes quittant leur conjoint violent ; le dépôt de plainte à l’hôpital et le recueil de preuves sans plainte immédiate ; le développement des « maisons de santé des femmes ». Elle a également imputé certaines difficultés au retrait de financements locaux : « L’État n’a pas retiré le moindre euro. Mais nous ne pouvons pas compenser le désengagement de collectivités qui font des choix politiques »

Vers une future loi-cadre contre les violences

Sur le plan législatif, la ministre a confirmé la préparation d’une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, issue des travaux parlementaires transparaissant. Parmi les 53 mesures : interdiction du droit de visite ou de contact dès l’ouverture d’une enquête pour violences, fin de la résidence alternée lorsque les violences sont établies, renforcement des contrôles des professionnels au contact des enfants et motivation écrite des classements sans suite.

Elle a également annoncé une inscription rapide au Sénat du texte visant à supprimer toute référence implicite au « devoir conjugal », adopté à l’unanimité à l’Assemblée nationale le 28 janvier.

En conclusion, Aurore Bergé a replacé son action dans un contexte international marqué par des reculs des droits des femmes, notamment à l’approche de la présidence française du G7.  L’égalité n’est ni un héritage confortable ni une rente de l’histoire. Elle est une conquête sans cesse renouvelée », a-t-elle déclaré.

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