Au Sénat, le CETA pourrait rapprocher la droite et la gauche : « C’est une nouvelle forme de majorité », tacle le patron des centristes 

Pour la première fois, le Sénat va s’exprimer sur le CETA, un accord de libre-échange entre l’UE et le Canada. La majorité sénatoriale de droite et du centre affiche des positions divergentes sur ce texte. À notre micro, Hervé Marseille, le chef de file des sénateurs centristes, reproche à ses partenaires LR d’utiliser ce débat à des fins électoralistes, à trois mois des européennes.
Romain David

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Le débat pour la ratification du CETA créé de sérieux remous au sein de la majorité sénatoriale de droite et du centre. Jeudi, les sénateurs seront amenés à se prononcer pour la première fois sur ce traité de libre-échange conclu entre l’UE et le Canada en 2014, déjà très largement entré en vigueur, mais sur lequel la Chambre haute ne s’est jamais exprimée. C’est à la faveur de la niche parlementaire des communistes que ce texte a pu être inscrit à l’ordre du jour, dans un contexte de grogne agricole qui a vu ce type de partenariat commercial largement dénoncé. Agriculteurs et producteurs leur reprochent de faire entrer sur le marché européen des denrées qui ne sont pas soumises aux mêmes contraintes sanitaires, sociales et environnementales que celles produites dans les Etats membres.

Bruno Retailleau, le patron des LR du Sénat, a fait savoir que les membres de son groupe allaient très majoritairement se prononcer contre cette ratification, ralliant ainsi la gauche, ce qui n’a pas manqué de soulever la perplexité de ses alliés centristes, plutôt favorables au CETA. « On est au Sénat et le Sénat a l’habitude de l’équilibre. Moi, je respecte mes collègues républicains, j’entends qu’ils nous respectent ! », s’agace au micro de Public Sénat Hervé Marseille, le président du groupe Union centriste. L’élu des Hauts-de-Seine dénonce un positionnement démagogique de la part des LR, en pleine campagne pour les élections européennes.

« Je respecte la position exprimée par les LR, mais je regrette que tout cela soit fait sans nuance. Je crois que le CETA est l’un des rares accords commerciaux qui soient très profitables à notre pays », explique-t-il. « Les deux rapporteurs ont été choisis par la même formation, par le même groupe, et les deux rapporteurs sont plus des procureurs que des rapporteurs », estime Hervé Marseille, qui vise notamment le sénateur LR de la Haute-Loire, Laurent Duplomb, président du groupe d’étude sur l’agriculture, et auteur d’une proposition de loi « en faveur de la ferme France ».

« Comme il y a des élections européennes, tout le monde fait la ligne de front »

« Il y a deux rapporteurs. Ils ont été choisis à dessein pour obtenir un certain vote avec la gauche. C’est une nouvelle forme, vous en conviendrez, de majorité », tacle le sénateur. « Nous sommes au Sénat et le Sénat a l’habitude de plus d’équilibre », souligne l’élu. « On prend en compte la diversité des opinions. Là, il y a préemption sur un sujet parce qu’il y a des élections et que l’on veut à tout prix montrer que tout ça, ça va dans le sens de la défense des agriculteurs et qu’il ne faut rien faire d’autre. »

« Comme il y a des élections européennes, tout le monde fait la ligne de front pour dire, ‘regardez, on veut faire quelque chose contre l’exécutif’. Ce n’est pas sérieux », soupire encore le centriste. Rappelons que le scrutin du 9 juin prochain est aussi un élément de division entre Hervé Marseille et les LR, dans la mesure où son parti, l’UDI, a fait le choix de s’allier au camp présidentiel pour cette élection.

Jeudi, les centristes déposeront une motion de renvoi en commission, qui sera examinée juste avant l’ouverture de la discussion publique sur le CETA. Si cette motion est adoptée, les débats seront ajournés et le texte soumis à un nouvel examen en commission. « Je souhaite que l’on revienne à des choses plus orthodoxes, plus partagées et plus équilibrées », ajoute Hervé Marseille.

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