Bientôt une commission d’enquête sur les violences sexuelles dans le périscolaire au Sénat ?

La sénatrice Les Républicains de Paris, Agnès Evren dénonce « une omerta absolue » autour des violences sexuelles dans les écoles parisiennes et met en cause la responsabilité politique de la municipalité. Elle demande la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’encadrement périscolaire à l’échelle nationale.
Emma Bador-Fritche

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La pression monte sur la Ville de Paris après les révélations successives concernant des violences sexuelles commises dans le cadre périscolaire. Mardi 26 mai, la sénatrice Les Républicains de Paris, Agnès Evren, a demandé dans un communiqué la création d’une commission d’enquête parlementaire afin de « faire toute la lumière » sur ce qu’elle qualifie de « dysfonctionnement systémique ». Invitée dans la matinale de Public Sénat pour l’élue, la responsabilité de la municipalité parisienne est clairement engagée. « Les chiffres sont glaçants : 110 écoles parisiennes sont concernées », affirme-t-elle. « Il y a clairement un caractère systémique puisqu’une école sur six est touchée. » La sénatrice accuse la Ville d’avoir ignoré pendant plusieurs années des signalements pourtant répétés. « Les alertes existaient. Mais plutôt que de saisir la justice, la Ville de Paris a déplacé des animateurs d’école en école », dénonce-t-elle. Selon elle, certains agents mis en cause seraient passés « de délits à des crimes » au fil de leurs affectations. « Ce sont les parents qui se sont substitués à l’institution pour saisir la justice », poursuit-elle. « La Ville de Paris était informée et, à aucun moment, elle n’a saisi la justice. »

« Une responsabilité politique et pénale »

Agnès Evren évoque également une possible responsabilité pénale. Elle rappelle qu’un rapport de l’Inspection générale aurait alerté la municipalité dès 2015, sans qu’aucune mesure structurelle ne soit prise. « Il y a une responsabilité politique, et je pense qu’il y a aussi une responsabilité pénale », affirme-t-elle. L’élue critique également « le mépris vis-à-vis de la parole des enfants, des élus et des familles » dans la gestion de ces affaires. Elle décrit « une omerta absolue depuis onze ans » autour du sujet.

Au cœur des critiques : l’organisation du périscolaire mise en place après la réforme des rythmes scolaires de 2013. Selon la sénatrice, la Ville de Paris aurait procédé à des recrutements massifs d’animateurs « sans exigences suffisantes », dans l’urgence et avec des contrôles insuffisants. « On a pris le tout-venant », accuse-t-elle. « On n’a pas regardé les casiers judiciaires ni suffisamment formé les animateurs. »

Agnès Evren plaide désormais pour une refonte complète du système. « Il faut complètement refonder le fonctionnement du périscolaire », estime-t-elle, allant jusqu’à envisager de « sortir les écoles maternelles du dispositif périscolaire ».

Une commission d’enquête « au plan national »

La sénatrice assure toutefois que sa demande dépasse le seul cadre parisien. « Il faut sortir du cadre parisien », insiste-t-elle, évoquant également des affaires à Marseille, Lyon ou Bordeaux. La commission d’enquête qu’elle appelle de ses vœux porterait plus largement sur « l’encadrement des enfants dans le périscolaire au plan national », avec un objectif : comprendre les failles du système et renforcer les contrôles. « Il faut réorganiser et faire en sorte que les animateurs soient formés et qu’il y ait des contrôles d’honorabilité », explique-t-elle.

Parallèlement, les élus LR ont demandé au Conseil de Paris la création d’une mission d’information et d’évaluation (MIE). « Entre 2014 et 2025, il y a une espèce de trou noir », estime Agnès Evren. « On veut savoir comment cela s’est passé et s’il y a eu d’autres viols commis. »

« Ne pas faire d’amalgame »

L’élue insiste toutefois sur la nécessité de ne pas jeter l’opprobre sur l’ensemble des animateurs périscolaires. Alors que plusieurs agents ont manifesté mardi 26 mai pour dénoncer une stigmatisation de leur profession, elle affirme comprendre leur colère. « Il y a des animateurs absolument formidables », souligne-t-elle. « Beaucoup expliquent que le métier devient impossible. Il ne faut pas tout mélanger ni faire d’amalgame. »

Agnès Evren rappelle aussi la précarité des conditions de travail dans le secteur : temps partiels morcelés, faibles rémunérations et manque de reconnaissance. « Nous demandons une amélioration des conditions salariales et un respect de leur statut », affirme-t-elle.

Malgré les annonces récentes de la Ville de Paris, notamment la suspension de 78 agents et le vote d’un plan de 20 millions d’euros, la sénatrice juge les réponses encore insuffisantes. « Cette mission d’information doit être mise en place très rapidement, car pour le moment nous n’avons pas de réponses à nos questions », insiste-t-elle. « On a besoin d’un sursaut collectif », conclut-elle.

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