Budget 2025 : la majorité sénatoriale se divise autour de la fiscalité des retraités

Pour la première soirée d’examen du budget 2025 au Sénat, la majorité sénatoriale s’est fissurée autour de plusieurs amendements visant à réduire le plafond de l’abattement forfaitaire de 10% dont bénéficient les retraités dans le calcul de leurs impôts. Les centristes s’y sont farouchement opposés et les amendements ont été rejetés de peu.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« C’est une preuve de courage puisque ça apporte des recettes supplémentaires », a argumenté le rapporteur général (LR) Jean-François Husson en émettant un avis favorable à plusieurs amendements visant à abaisser à 2 300 euros contre 4 321 euros actuellement, le plafond de l’abattement forfaitaire de 10 % sur les revenus déclarés dont bénéficient les retraités dans le calcul de leurs impôts.

Une mesure qui permettrait d’effectuer des économies de l’ordre de 2 milliards d’euros par an. Cet abattement pour frais professionnels a été introduit en 1977. « Il ne s’agissait pas des frais professionnels des retraités mais d’aider les retraités à passer le saut brutal entre les revenus perçus au moment de leur activité et les revenus perçus à la retraite […] Cette raison disparaît complètement avec le prélèvement à la source […] Il est temps de corriger cet oubli », a justifié Christine Lavarde (LR) auteure d’un des amendements, avant d’ajouter : « Le taux d’épargne chez les retraités est de 25 % alors qu’il n’est que de 13 % chez les actifs. On a un pouvoir d’achat des retraités qui est supérieur à celui des actifs ». Un amendement porté par le centriste, Franck Dhersin et un autre par Antoine Lefèvre (LR) proposaient le même dispositif.

« On va basculer vers une forme de retraités bashing »

« Je pense que la majorité va voter (ces amendements) », s’était risqué à prédire Jean-François Husson avant d’être dédit quelques minutes plus tard. Les centristes se sont, en effet, massivement opposés à ces amendements, finalement rejetés dans un vote serré : 153 voix contre et 136 pour. Chez les centristes, 51 ont voté contre (neuf pour). Les 18 sénateurs du groupe Les Indépendants-République et Territoire se sont abstenus et seuls 3 sénateurs RDPI (à majorité Renaissance) ont voté pour. « Il me semble peu opportun de baisser le pouvoir d’achat des retraités (…) On demande déjà des efforts aux retraités dans ce projet de loi de finances. A un moment donné, on va basculer vers une forme de retraités bashing », s’est ému le sénateur centriste, Olivier Henno. Il a été soutenu par son collègue Vincent Delahaye. « Je ne suis pas favorable aux augmentations d’impôts. Il y en a déjà trop dans ce budget. Je suis pour la réduction de la dépense. »

« Vous voulez toucher à l’abattement des retraités alors que vous allez refuser l’impôt sur la fortune »

L’ensemble des élus des trois groupes de gauche, socialistes, écologistes et communistes, s’y sont également opposés. « C’est incroyable. Nous sommes au cœur du projet de loi de finances. La majorité sénatoriale va demander un effort temporaire aux 24 600 foyers les plus riches (…) Comment expliquer que vous voulez toucher à l’abattement des retraités alors que vous allez refuser l’impôt sur la fortune mais aussi sous-indexer les pensions des retraités. Mme Lavarde a l’air de dire que les retraités vivent trop bien. Vous les opposez aux actifs. Je suis effaré par ces amendements », a réagi le sénateur communiste, Pascal Savoldelli.

Du côté du gouvernement, le ministre des Comptes publics, Laurent Saint-Martin a émis un avis défavorable. « Ce n’est pas le choix du gouvernement de faire contribuer l’ensemble des retraités imposables », a-t-il indiqué.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Budget 2025 : la majorité sénatoriale se divise autour de la fiscalité des retraités
4min

Parlementaire

« Affirmations mensongères », « show » : Antoinette Guhl dénonce le « lobbying de la grande distribution » qui « bat son plein »

Face aux conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution, les enseignes multiplient les offensives médiatiques et politiques. Lors des questions au gouvernement au Sénat, mercredi 3 juin, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl a dénoncé les pressions exercées par les distributeurs et appelé le gouvernement à agir rapidement contre des pratiques qu’elle juge illégales et destructrices pour les producteurs.

Le

Budget 2025 : la majorité sénatoriale se divise autour de la fiscalité des retraités
7min

Parlementaire

Défenseure des droits : Claire Hédon alerte le Sénat sur « la fragilisation des droits » à l’heure de son départ

Lors de son audition annuelle devant la commission des lois du Sénat, mercredi 3 juin, la Défenseure des droits a dressé un constat préoccupant de l’état des libertés et de l’accès aux droits en France. À quelques semaines de la fin de son mandat, Claire Hédon a mis en garde contre l’affaiblissement des services publics, les discriminations persistantes et les tensions croissantes autour de la protection de l’enfance et de la déontologie policière.

Le

Budget 2025 : la majorité sénatoriale se divise autour de la fiscalité des retraités
2min

Parlementaire

Loi de programmation militaire : « Je suis satisfait que beaucoup de sénateurs n’aient pas cédé à la pression considérable que leur a mise Matignon pour changer d’avis », déclare Cédric Perrin

C’est un coup de théâtre qui s’est produit hier soir dans l’hémicycle du Sénat alors que les sénateurs ont rejeté l’article 2 de la loi de programmation militaire qui prévoyait une rallonge de 36 milliards d’euros pour la défense entre 2024 et 2030. Néanmoins, la droite sénatoriale et une partie du centre réclament un effort supplémentaire pour atteindre 50 milliards d’euros.

Le

Budget 2025 : la majorité sénatoriale se divise autour de la fiscalité des retraités
11min

Parlementaire

Loi de programmation militaire : coup de théâtre au Sénat, qui rejette la rallonge de 36 milliards d’euros pour les armées

Grosse surprise, les sénateurs LR ont rejeté le cœur de la loi de programmation militaire. Ils ont voté contre l’article qui prévoit un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros, après avoir perdu de peu un vote sur des amendements identiques du groupe PS et du gouvernement, qui rejetaient la rallonge de 14 milliards de plus que la majorité sénatoriale défendait pour porter l’effort à 50 milliards. Retour sur une drôle de nuit à la Haute assemblée.

Le