Budget de la Sécu : le Sénat allonge la durée légale du temps de travail

Au détour d’un amendement porté par le groupe centriste, le Sénat a allongé d’environ 15 minutes la durée légale hebdomadaire du temps de travail, soit 12 heures de plus par an. Ce dispositif, qui a fait bondir les oppositions de gauche, doit permettre de dégager 10 milliards d’euros supplémentaires en cotisations et taxes diverses.
Romain David

Temps de lecture :

3 min

Publié le

De 1 607 heures annuelles à 1 619 heures, c’est-à-dire une heure de travail supplémentaire par mois, soit environ quinze minutes par semaine. En plein examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), le Sénat a adopté ce samedi 22 novembre, en fin de matinée, un amendement du sénateur centriste Olivier Henno visant à allonger la durée légale du temps de travail. Cette mesure, votée avec 199 voix pour et 135 contre, même après avoir reçu un avis défavorable du gouvernement et de la commission des affaires sociales, doit permettre de dégager 10 milliards de recettes supplémentaires par an.

« Pour nous c’est une mesure de justice sociale car quand le temps de travail diminue, le pays s’appauvrit et ce sont les plus modestes qui trinquent. En revanche, plus le pays travaille, plus il s’enrichit, et ce sont les plus modestes qui en profitent », a fait valoir Olivier Henno. Mais son amendement a déclenché de nombreuses protestations à gauche de l’hémicycle. « Ce PLFSS ce n’est plus le musée des horreurs, je ne sais même pas comment le qualifier… Heure après heure, ce sont des propositions qui ne sont pas acceptables », s’est étranglée la socialiste Corinne Féret.

« C’est facile, avec les bras des autres on peut faire travailler tout le monde ! »

« C’est l’une des mesures les plus efficaces et les moins douloureuses pour redresser les comptes sociaux. On parvient par cette mesure à préserver la Sécu sans augmenter les impôts, sans toucher aux droits. On améliore le PIB et on réduit le déficit public ! », a défendu la sénatrice Anne-Sophie Romagny, l’une des signataires de cet amendement. « On peut toujours dire un petit quart d’heure par ci, un petit quart d’heure par là, mais vous irez dire ça aux aides à domicile qui sont croquées par la vie, aux égoutiers, aux femmes de ménage dans les hôtels », a fustigé la communiste Cathy Apourceau-Poly. « C’est facile, avec les bras des autres on peut faire travailler tout le monde ! »

« Travailler plus pour gagner moins, et pour vivre moins longtemps en bonne santé, c’est le message que vous envoyez aux plus modestes », a déploré le sénateur socialiste Simon Uzenat, dénonçant « une provocation absolue ». Pour sa collègue Laurence Rossignol, ancienne ministre de François Hollande, le dispositif va créer « de nouvelles inégalités » en pénalisant principalement les salariés qui ne peuvent pas télétravailler.

Notons toutefois que cet allongement a soulevé le scepticisme de certains élus LR. Si la plupart se disent favorables à un détricotage des 35 heures, beaucoup ont estimé que le budget de la Sécu n’était pas le véhicule législatif le plus approprié pour une réforme qui mériterait un débat à part entière. « Les médias ne retiendront que ce débat-là, et toutes les heures passées sur le reste de PLFSS passent en pertes et profit », a ainsi regretté la sénatrice LR Frédérique Puissat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Illustrations Senat
6min

Parlementaire

Fin de vie, texte Darmanin sur la justice, urgence agricole, loi de programmation militaire : le calendrier parlementaire du Sénat se précise jusqu’à l’été

Après une réunion avec les présidents des groupes du socle commun du Sénat et de l’Assemblée, ainsi que Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet, le premier ministre a arbitré un « calendrier concerté avec les députés et les sénateurs », jusqu’à l’été. Les deux textes sur la fin de vie feront bien leur retour au Sénat, du 30 mars au 3 avril. Les sénateurs examineront en premier, en juin, le projet de loi d’urgence agricole, qui ne sera en revanche pas examiné par les députés avant l’été.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
8min

Parlementaire

Le texte sur la fin de vie fera-t-il les frais d’un calendrier parlementaire « très serré » ?

Lors d’une réunion à Matignon, Sébastien Lecornu s’est entretenu avec Gérard Larcher et les présidents de groupes du socle commun du Sénat sur l’agenda parlementaire jusqu’au 14 juillet. Et il s’annonce très chargé, après la coupure de la campagne des municipales. Sur la fin de vie, le retour uniquement du texte sur les soins palliatifs au Sénat a été évoqué.

Le

Bugey Nuclear Power Plant in Saint Vulbas, France – 22 Jun 2025
7min

Parlementaire

Programmation pluriannuelle de l'énergie : la feuille de route dévoilée par l'exécutif reçoit un accueil mitigé au Sénat

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté la nouvelle feuille de route énergétique de la France, qui prévoit à la fois une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables. Si les parlementaires sont divisés sur la place du curseur, la méthode utilisée par l’exécutif, - qui a fait le choix de contourner le débat parlementaire – soulève l’agacement des élus.

Le

Budget de la Sécu : le Sénat allonge la durée légale du temps de travail
3min

Parlementaire

Violences faites aux femmes : « Il n’y aura pas de grande loi-cadre dans les mois qui viennent » estime la sénatrice Annick Billon

Annoncée en novembre par la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, la loi-cadre contre les violences faites aux femmes, qui devait comporter 53 mesures, semble aujourd’hui compromise à court terme. La sénatrice centriste Annick Billon déplore un calendrier politique défavorable et un report de facto du texte.

Le