Budget de la Sécu : le Sénat vote la « taxe lapin » pour faire payer les patients qui ne se présentent pas à un rendez-vous médical

Comme l’année dernière, le Sénat a adopté, contre l’avis du gouvernement un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale visant « à responsabiliser les patients qui n’honorent pas un rendez-vous » médical, la fameuse « taxe lapin ». Son principe est simple : si vous ne vous présentez pas au rendez-vous ou si vous annulez au dernier moment un rendez-vous, vous paierez une pénalité.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

C’est presque devenu un marronnier au Sénat quand vient à l’automne, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Comme l’année dernière, la Haute assemblée a adopté l’amendement de la commission des affaires sociales et défendu par la rapporteure LR, Corinne Imbert visant à « responsabiliser davantage les patients dans la prise de rendez-vous » médicaux. Ce qu’on appelle « la taxe lapin » dont devront s’acquitter les personnes qui n’honorent pas leur rendez-vous. L’amendement a été adopté par 214 voix contre 127.

Il s’agit d’une somme forfaitaire, fixée par décret, au bénéfice de l’assurance maladie dont une partie pourrait être reversée aux professionnels de santé concernés en indemnisation. Son objectif est de « réduire la proportion de rendez-vous annulés au dernier moment ou auxquels les patients ne se présentent pas permettrait, en outre, de redonner du temps utile aux professionnels de santé. Selon l’Académie de médecine et le conseil national de l’ordre des médecins, 6 à 10 % des patients ne se présenteraient pas à un rendez-vous », selon les motifs de l’amendement.

Corinne Imbert a vanté « la constance de la commission » et la vertu « pédagogique » de cette taxe même « si elle n’ignore pas » « ses difficultés de mise en œuvre ». La sénatrice rappelle que Gabriel Attal, en arrivant à Matignon, avait repris cette idée. « Quand on a rendez-vous chez le médecin et qu’on ne vient pas sans prévenir, on paye », avait-il promis, lors de son discours de politique générale.

« Il n’y a pas de consensus sur l’ampleur des rendez-vous non honorés »

Ce n’a pas empêché la ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, Geneviève Darrieussecq, de faire comme ses prédécesseurs, en émettant un avis défavorable à cet amendement. « Il faudrait que l’Assurance Maladie soit en capacité de savoir si le rendez-vous a été honoré ou pas. Elle n’a aucune information à ce sujet. Il existerait aussi un risque que les patients soient arbitrairement pénalisés et un risque de fraude », a-t-elle mis en avant.

La gauche s’est aussi opposée à cet amendement. « Il n’y a pas de consensus sur l’ampleur des rendez-vous non honorés », a souligné Bernard Jomier rappelant que la plateforme Doctolib avait publié des données « montrant qu’en médecine générale on était dans l’ordre de 3 %, de rendez-vous non honorés ». « Ça veut dire que quand 30 personnes ont pris un rendez-vous dans une journée, il y en a une qui ne vient pas. Eh bien ce n’est pas grave du tout », a-t-il ajouté indiquant ne pas comprendre « l’entêtement » de la droite sénatoriale « à vouloir prendre un ou deux euros aux assurés sociaux » qui ratent leur rendez-vous. « Ça ne créera pas de temps médical supplémentaire. Cette taxe ratera sa cible », a-t-il prédit.

Partager cet article

Dans la même thématique

Ceremony of the National Day of Remembrance of the Slave Trade, Slavery and their Abolitions
4min

Parlementaire

Projet de loi d’urgence agricole : comment les mesures sur les pesticides introduites par le Sénat menacent l’avenir du texte

Les mesures du Sénat sur le stockage de l’eau, et plus encore celles sur la réintroduction, à titre dérogatoire, de deux pesticides, menacent d’emporter l’ensemble du projet de loi d’urgence agricole. Alors que l’Assemblée doit s’exprimer une dernière fois sur ce texte en fin de journée, l’opposition de la gauche et les incertitudes du bloc central laissent planer l’ombre d’un rejet. Selon nos informations, l'exécutif, bien qu'en mesure d’amender le texte avant le vote, aurait choisi de laisser les députés trancher.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
8min

Parlementaire

 « Ingérences intérieures » : au Sénat, un rapport sur la désinformation crée la polémique

Présenté comme un rapport transpartisan pour mieux lutter contre les manipulations de l’information avant la présidentielle de 2027, le travail du Sénat sur les « zones grises de l’information » a déclenché une vive polémique. En cause : la notion d’« ingérences intérieures », employée par le centriste Laurent Lafon, et la proposition de créer un observatoire de la désinformation. Une controverse qui fracture jusqu’aux auteurs du rapport.

Le

Hearing of Pierre-Edouard Sterin
8min

Parlementaire

« Galaxie Stérin » : le Sénat formule 32 préconisations pour renforcer la transparence des financements privés de l’intérêt général

Après six mois d’enquête et 66 auditions, une commission d’enquête du Sénat appelle à renforcer le contrôle des fondations, des fonds de dotation et des associations qui participent à l’élaboration ou à la mise en œuvre des politiques publiques. Si ses travaux se sont largement concentrés sur l’écosystème de Pierre-Édouard Stérin, ses rapporteures assurent qu’ils visent plus largement à répondre à l’essor d’une philanthropie privée, dont les modes de financement et les mécanismes d’influence demeurent parfois insuffisamment transparents.

Le