Claude Malhuret alerte sur « la solitude stratégique de l’Europe »

Habitué des prises de parole offensives au Sénat, le président du groupe Les Indépendants a livré, mardi 5 mai, un réquisitoire contre les « renoncements » occidentaux depuis la fin de la guerre froide et plaidé pour une défense européenne intégrée face au retour des puissances autoritaires.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Au Sénat, le débat sur l’actualisation de la loi de programmation militaire a rapidement dépassé le seul cadre budgétaire. Mardi 5 mai, lors d’une séance consacrée aux enjeux stratégiques de la défense française, Claude Malhuret, président du groupe Les Indépendants, a prononcé un discours aux accents graves sur l’état du monde et les fragilités de l’Europe. En présence de Catherine Vautrin, ministre des Armées et des anciens combattants, le sénateur de l’Allier a dressé le portrait d’un Occident affaibli, confronté au retour des régimes autoritaires et à l’effritement progressif de l’ordre international né de 1945. « On ne juge pas un livre à sa couverture. On ne doit pas davantage juger une loi à son intitulé, mais à la volonté de l’exécuter », a-t-il déclaré en ouverture, avant de dénoncer plusieurs décennies de « facilité », « d’imprévoyance » et de « renoncement » dans les politiques de défense européennes depuis la chute du mur de Berlin en 1989.

Un plaidoyer pour le réveil stratégique européen

Dans une intervention fortement marquée par les enjeux géopolitiques, Claude Malhuret a retracé l’évolution du rapport de force mondial depuis le XXᵉ siècle. Opposant la victoire des démocraties sur les totalitarismes à la montée actuelle d’un nouvel axe autoritaire, il a désigné la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord comme les principales puissances contestant l’ordre occidental. Les dictatures, « dont nous avions cru qu’elles étaient vaincues à jamais », forment désormais « une internationale de la haine de l’Occident », a-t-il affirmé, estimant que ces régimes étaient « bien décidés à prendre leur revanche ». Le sénateur a également consacré une large partie de son intervention à la crise interne du camp occidental, visant directement Donald Trump. Il a accusé le président américain d’avoir « fracturé l’OTAN », « trahi l’Ukraine et l’Europe » et contribué à affaiblir durablement la crédibilité occidentale. Une charge dans la continuité des prises de parole musclées qui ont fait la notoriété récente de Claude Malhuret. Le 4 mars dernier, son discours sur l’Ukraine, dans lequel il comparait Washington à « la cour de Néron » et Elon Musk à « un bouffon sous kétamine » avait largement circulé sur les réseaux sociaux et dans la presse internationale.

« Le temps presse »

Mais c’est surtout sur l’avenir stratégique de l’Europe que le président des Indépendants a voulu concentrer son propos. Face au désengagement américain et à la multiplication des menaces, Claude Malhuret a estimé que « l’Europe est seule » et doit désormais bâtir son autonomie stratégique. Une ambition qu’il a reliée à l’héritage gaullien, tout en reconnaissant les nombreux obstacles qui entravent cette perspective : les hésitations allemandes, les conséquences du Brexit et la fragilité des finances publiques françaises. Pour le sénateur, la loi de programmation militaire ne constitue qu’une étape dans un chantier beaucoup plus vaste. Il a plaidé pour une véritable politique européenne de défense fondée sur la réindustrialisation, des programmes communs d’armement, l’interopérabilité des armées et une doctrine concertée de dissuasion nucléaire.

Une charge contre les « partis extrêmes »

Le discours a également pris une dimension très politique lorsqu’il a dénoncé la progression des « partis extrêmes » en France et en Europe, accusés de partager une même hostilité envers l’Union européenne, l’OTAN et les démocraties libérales.

Dans la dernière partie de son intervention, Claude Malhuret a convoqué la figure de Philippe Séguin, afin de montrer que l’idée d’une défense européenne pouvait dépasser le clivage entre souverainistes et fédéralistes. Citant un discours prononcé en 1998 par l’ancien président de l’Assemblée nationale, il a rappelé que celui-ci appelait déjà à une politique étrangère et de défense commune de l’Union européenne. « Le temps presse », a conclu le sénateur, établissant un parallèle entre les combats du XXᵉ siècle contre les totalitarismes et les défis contemporains. Une mise en garde solennelle qui a donné au débat sénatorial une tonalité particulièrement grave, dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, les tensions sino-américaines et les incertitudes croissantes autour de l’avenir de l’alliance atlantique.

Partager cet article

Dans la même thématique

Claude Malhuret alerte sur « la solitude stratégique de l’Europe »
9min

Parlementaire

Périscolaire : recrutements, signalements, sanctions… La Ville de Paris sommée une nouvelle fois de s’expliquer

Auditionnés ce mercredi 7 octobre par la commission d’enquête sur les violences dans le périscolaire, l'ancienne secrétaire générale et le directeur des ressources humaines de la Ville de Paris ont décrit une administration qui, selon eux, n'a cessé de progresser. Les sénateurs ont opposé des recommandations restées lettre morte, des recrutements sans garde-fous et une chaîne de responsabilités qu'ils peinent à démêler

Le

Claude Malhuret alerte sur « la solitude stratégique de l’Europe »
4min

Parlementaire

Budget : « Le recours au 49-3 dépendra de la qualité des débats parlementaires », prévient le ministre des Relations avec le Parlement

Alors que s’ouvre ce jeudi la session parlementaire ordinaire 2026-2027, Laurent Panifous était l’invité de Public Sénat. Le ministre chargé des Relations avec le Parlement est revenu sur l’organisation de cette session particulièrement courte à cause de la présidentielle, qui dépendra grandement de l’avancée des débats budgétaires.

Le

Paris: Ceremony to unveil a commemorative plaque for Italian emigration at Gare de Lyon
3min

Parlementaire

Elu président du groupe RDPI, Xavier Iacovelli succède à François Patriat à la tête des sénateurs macronistes

Xavier Iacovelli a été élu à la tête du groupe des marconistes au Sénat, qui compte un peu moins d’une vingtaine d’élus. Opposé à l’ancien ministre Jean-Baptiste Lemoyne dans cette élection interne, il prend ainsi la succession de François Patriat, décédé cet été. Le groupe doit encore discuter de l’opportunité de se renommer dans les prochains jours.

Le