Climat : Au Sénat, François Hollande défend l’héritage de l’Accord de Paris face aux tensions internationales

Auditionné mercredi 1er avril au Sénat dans le cadre d’une par une mission d’information consacrée à la diplomatie climatique, l’ancien président de la République a livré un plaidoyer pour la « constance » de l’action internationale, dix ans après la COP21.
Emma Bador-Fritche

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Dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris, l’heure est aux bilans et aux interrogations. Entendu au Sénat dans le cadre de la mission d’information intitulée « La diplomatie climatique française à l’épreuve d’un monde en tension », l’ancien président de la République, François Hollande est venu défendre un accord qu’il qualifie à la fois d’« historique » et de « fragilisé par les évolutions géopolitiques ». À l’initiative du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), cette mission entend mesurer la capacité de la France à maintenir une influence climatique dans un contexte international marqué par les conflits et les replis nationaux.

Une méthode diplomatique tirée des échecs passés

Dès l’ouverture, le président de la commission, Rachid Temal, rappelle le rôle central de François Hollande dans la signature de l’accord en 2015 et l’invite à revenir sur « les raisons qui [l’]ont poussé à investir ce sujet » ainsi que sur son regard rétrospectif. L’ancien chef de l’État insiste d’emblée sur les leçons tirées de l’échec de la conférence internationale de Copenhague en 2009, qui avait pour objectif de freiner le réchauffement climatique. « On avait pensé qu’une réunion de chefs d’État suffirait à conclure un accord. Cela a échoué », explique-t-il. À l’inverse, la méthode adoptée pour la COP21 repose sur un travail diplomatique de longue haleine, associant l’ensemble des États. Pendant deux ans, la France a ainsi mené une intense activité diplomatique, mobilisant à la fois les grandes puissances comme les États-Unis et la Chine, mais aussi des pays plus vulnérables. « Il fallait associer les États les plus décisifs comme les plus exposés, notamment ceux menacés par la montée des eaux », souligne-t-il. Cette stratégie s’appuie également sur un principe inédit : demander à chaque pays de formuler ses engagements par écrit. « La somme de ces contributions devait permettre de contenir le réchauffement », rappelle François Hollande, évoquant l’objectif de limiter la hausse des températures à 1,5 °C.

« Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas respecter les engagements »

Dix ans plus tard, François Hollande dresse un constat conscient. Si l’accord reste « la clé de voûte de la gouvernance climatique mondiale », il est aujourd’hui bousculé par des crises multiples : guerres, tensions énergétiques, crises économiques. « Il y a toujours de bonnes raisons de ne pas respecter les engagements », observe-t-il, pointant une hiérarchie des priorités défavorable au climat en période de crise. Pour autant, il insiste sur la nécessité de maintenir le cap : « La diplomatie climatique n’est pas une affaire de circonstances, mais de constance. »

La sénatrice rattachée au groupe RDSE, Sophie Briante Guillemont interroge précisément cette constance, évoquant les baisses récentes de l’aide publique au développement. « Peut-on encore parler de continuité de la diplomatie climatique française ? », demande-t-elle. François Hollande reconnaît des « variations » dans l’engagement français et européen. Il regrette notamment que l’Europe n’ait pas su compenser le retrait des États-Unis sous l’administration Trump de nombreuses organisations. « C’était un enjeu d’influence considérable », souligne-t-il. Il ajoute qu’à ce moment-là, « l’Europe a commis une faute majeure ».

Un bilan « ambivalent » et des objectifs insuffisants

La sénatrice communiste Michelle Gréaume dresse un bilan critique : si l’accord a infléchi la trajectoire du réchauffement, les engagements restent insuffisants et peu contraignants. François Hollande reconnaît une faiblesse structurelle de l’accord : « Ce n’était pas un dispositif contraignant. Il n’y avait pas de sanctions. » Il admet également une erreur d’appréciation majeure : « Nous avons sous-estimé l’ampleur du réchauffement. » Sur la question du prix du carbone, qu’il qualifie d’« arme essentielle », il regrette l’absence de coalition internationale effective, renvoyant à des blocages européens persistants.

En conclusion, l’ancien président appelle à maintenir une mobilisation continue, au-delà des grandes conférences internationales. « Il faut travailler pour les grandes COP en participant à toutes les petites », résume-t-il. Il plaide pour une multiplication des initiatives thématiques, sur les glaciers, les littoraux ou la désertification, afin de maintenir la pression internationale et l’attention des opinions publiques. « Il y a au moins un domaine qui nous rassemble tous : savoir si nous pourrons encore habiter la même planète dans les décennies à venir », martèle-t-il. Il conclut en soulignant la démarche de cette mission d’information participe à la prise de conscience collective, et peut-être aux décisions du futur président de la République.

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