Cyclone Chido à Mayotte : « Nous n’avons rien à cacher ! », le débat se tend au Sénat sur le nombre de morts

Alors que le Sénat examine le projet de loi d’urgence sur la reconstruction de Mayotte, les esprits se sont échauffés entre Manuel Valls et des élus de gauche qui considèrent que le nombre de personnes décédées suite au passage du cyclone Chido est minimisé par le gouvernement.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« Nous n’avons rien à cacher », a martelé plusieurs fois Manuel Valls lors de l’examen du projet de loi d’urgence sur la reconstruction de Mayotte. Un mois et demi après le passage du cyclone Chido, le bilan humain est de 39 morts et plusieurs milliers de blessés.

Lundi soir, l’adoption de l’article 4 bis du texte qui prévoit de conditionner la vente de tôle à la présentation d’une pièce d’identité pour empêcher la reconstruction de bidonvilles, a indirectement remis la question du bilan humain au cœur des débats. « Cet article est tout bonnement scandaleux parce qu’il vise expressément les personnes sans-papiers. Je demande la suppression de cette forme de préférence nationale », s’est offusquée la sénatrice écologiste de Paris, Antoinette Guhl.

La sénatrice communiste de la Réunion, Evelyne Corbière-Naminzo a défendu également un amendement de suppression de cet article et assure. « Le cyclone a fait de nombreuses victimes sans-papiers et dont la mort n’a pas été comptabilisée. Il a également détruit le logement de fortune de nombreuses personnes sans-papiers ».

 « Apportez-moi des preuves »

Des propos qui ont choqué le ministre d’Etat en charge des Outre-mer. « Apportez-moi des preuves. Vous ne pouvez pas affirmer au Sénat qu’il y aurait eu des victimes qui n’auraient pas été révélées aux uns et aux autres […] On a parlé de 60 000 morts au début […] Ce n’est pas le cas. Nous n’avons rien à cacher. Il y a une chose que je n’admettrais pas, c’est qu’on puisse laisser penser par votre affirmation, que l’on cacherait telle ou telle victime. Vous introduisez un doute. Ça fait un mois que j’entends ce débat et pour le moment, personne ne m’apporte la moindre preuve d’un type d’affirmation comme la vôtre ».

« C’est affligeant d’avoir ce débat-là », a répondu Evelyne Corbière-Naminzo. « Je ne m’amuse pas à faire 10 000 km au frais du contribuable pour raconter des bêtises. C’est la voix des associations, des bénévoles, qui sont sur le terrain à Mayotte, et qui me disent qu’il y a des sépultures qui ne sont pas comptabilisées. J’en appelle à la conscience nationale et qu’on regarde toutes les victimes, pas seulement celles qui ont des papiers ».

La sénatrice RDPI, Salama Ramia est venue clore le débat. « Je vis à Mayotte. S’il y avait des gens ou des sculptures n’avaient pas été identifiés, on l’aurait senti ».

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

AESH
4min

Parlementaire

Handicap à l’école : le statut fragile des AESH

En janvier 2026, le Sénat a rejeté une proposition de loi socialiste visant à donner un véritable statut aux accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), en les intégrant à la fonction publique. Soutenue par l’ensemble de la gauche sénatoriale, dont la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly, très engagée sur ce sujet, cette proposition n’a pas abouti. Un nouveau revers pour les AESH, ces accompagnants piliers de l’école inclusive, mais aussi pour les milliers de familles d’enfants en situation de handicap.

Le

Guy Benarroche et Amine Kessaci
5min

Parlementaire

Narcotrafic : Au Sénat, Amine Kessaci défend un texte pour sécuriser les lanceurs d’alertes

Adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale, la proposition de loi visant à protéger les personnes menacées par les réseaux de criminalité organisée sera examinée au Sénat le 7 mai, à l’initiative du sénateur écologiste Guy Benarroche. Inspiré par l’assassinat de Mehdi Kessaci à Marseille, le texte entend combler un angle mort : protéger administrativement et socialement celles et ceux qui s’exposent en dénonçant le narcotrafic, sans être engagés dans une procédure judiciaire.

Le

Cyclone Chido à Mayotte : « Nous n’avons rien à cacher ! », le débat se tend au Sénat sur le nombre de morts
5min

Parlementaire

Régulation des contenus : « Ce qui est interdit hors ligne est interdit en ligne »

Auditionnée par la délégation aux droits des femmes du Sénat, la conseillère de l’Arcom a détaillé les marges de manœuvre limitées du régulateur face à la montée des contenus sexistes et masculinistes en ligne. L’instruction en cours visant le podcast « 10 000 pas », diffusé sur plusieurs plateformes de streaming, illustre les angles morts juridiques et les tensions entre cadre national et régulation européenne.

Le

Cyclone Chido à Mayotte : « Nous n’avons rien à cacher ! », le débat se tend au Sénat sur le nombre de morts
5min

Parlementaire

JO-2030 : Edgar Grospiron se dit « stupéfait » qu’on évoque sa démission du Cojop

Les démissions en série au sein du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 (Cojop), dont celle du directeur général, Cyril Linette, font craindre des retards et des surcoûts dans l’organisation des Jeux. Devant le Sénat, le président du Cojop, Edgar Grospiron a voulu se montrer rassurant et a minimisé l’impact de la crise.

Le