ILLUSTRATION : Carte Electorale

Européennes 2024 : face au nombre record de 37 listes, un sénateur propose de « limiter » leur nombre

Le ministère de l’Intérieur a officiellement enregistré 37 listes pour le scrutin du 9 juin, un chiffre battant le record de 2019. Le sénateur de l’Aisne, Pierre-Jean Verzelen, propose d’établir un « filtre » pour limiter le nombre de listes aux européennes, qui devraient recueillir « 10.000 parrainages de citoyens ». Il soulève les difficultés d’organisation pour les communes et l’absence d’effet sur la participation.
François Vignal

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Un nouveau record. Le ministère de l’Intérieur a enregistré pas moins de 37 listes pour les élections européennes du 9 juin prochain. La date limite pour le dépôt était fixé à vendredi 17 mai, 18 heures. Jamais les Français n’ont eu un choix aussi large pour le scrutin. C’est 3 listes de plus que lors de l’élection de 2019, qui avec 34 listes, avait déjà établi un record.

On compte donc de très nombreuses « petites » listes. Elles se voient attribuer cet adjectif du fait de leur faible poids dans les sondages – quand elles sont testées – de leur existence très faible sur le terrain, que ce soit en nombre d’adhérents ou d’élus locaux. Certaines sont même quasi inconnues (voir notre article sur les « petites » listes).

Liste de Francis Lalanne et Dieudonné

Outre les principales listes (RN, majorité présidentielle, PS/Place Publique, LFI, Les Ecologistes, LR, Reconquête, PCF), on trouve plusieurs listes écologistes, une liste Free Palestine, menée par le président de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF), Nagib Azergui, déjà candidat en 2019, ou une encore liste « Pour le pain, la paix, la liberté ! », présentée par le Parti des travailleurs.

Une liste est intitulée « Défendre les enfants », une autre vise la promotion de la langue esperanto. On remarque également le dépôt de la liste « France Libre », avec pour tête de liste Francis Lalanne et, à la troisième place, Dieudonné Mbala Mbala. Selon le tirage au sort pour l’ordre d’attribution des panneaux d’affichage électoraux, la première liste est « Pour une humanité souveraine ».

« Le bordel que ça avait été, lors du scrutin de 2019 »

Cette profusion de listes a inspiré le sénateur Pierre-Jean Verzelen. Le sénateur de l’Aisne a déposé le 3 mai dernier sur le bureau du Sénat, soit avant qu’on sache le nombre de listes, une proposition de loi visant à « limiter le nombre de listes aux élections européennes ».

« Record battu », constate le sénateur ex-LR, aujourd’hui membre du groupe Les Indépendants du Sénat (où siègent beaucoup de sénateurs Horizons). « Ce n’est pas le sujet numéro 1 du pays, mais il n’empêche que je me souviens du bordel que ça avait été, lors du scrutin de 2019, quand j’étais maire de Crécy-sur-Serre, dans l’Aisne, commune de 1.500 habitants », lance Pierre-Jean Verzelen.

C’est en effet en partie la difficulté pour les communes, qui a inspiré sa PPL. « Lors de mes permanences de conseiller départemental, tous les maires me disent depuis 6 mois qu’ils espèrent que ce ne sera pas le même bazar que la dernière fois, car il faut des panneaux électoraux, plein de tables, un dépouillement pénible à gérer », raconte l’élu des Hauts-de-France. « Pour les communes rurales, c’est compliqué de sortir 37 panneaux, qu’elles n’ont pas », insiste l’élu, qui ajoute :

 L’organisation du scrutin est très contraignante pour les communes, c’est beaucoup de complexité. 

Pierre-Jean Verzelen, sénateur Les Indépendants de l'Aisne.

« Je ne suis pas dans la police de la pensée, ou là pour dire qui doit se présenter, mais il faut qu’il y ait un filtre »

Le sénateur du groupe Les Indépendants note par ailleurs que malgré le nombre de listes, « on ne gagne pas en lisibilité, en clarté, ni en taux de participation ». Pierre-Jean Verzelen propose donc d’établir un seuil : « Récolter 10.000 parrainages de citoyens dans au moins 50 départements pour pouvoir présenter une liste », « un choix à débattre évidemment », avance-t-il. Il observe qu’« en 2019, 12 listes ont fait moins de 10.000 voix. Et 17 ont fait moins de 50.000 voix », relève le sénateur. Anticipant les critiques, il ajoute : « Je ne suis pas dans la police de la pensée, ou là pour dire qui doit se présenter, mais il faut qu’il y ait un filtre, pour que ce soit un peu plus simple à gérer ». Pour être examinée, sa PPL doit être inscrite à l’agenda du Sénat, ce qui n’est actuellement pas le cas.

En les additionnant, le nombreux de voix de ces « petites » listes peut être conséquent. En 2019, les 28 listes qui n’avaient pas atteint les 5 % avaient totalisé 19,78 % des suffrages exprimés. On observait de grosses disparités, de la première de ces listes, celle alors de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait rassemblé 795.508 voix pour 3,51 % des voix, s’approchant des 5 %, à la dernière liste, « Neutre et actif », qui n’avait attiré que 1.321 suffrages, soit… 0,01 % des voix.

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