ILLUSTRATION : Carte Electorale
Illustration carte electorale avec un drapeau Europeen//ALLILIMOURAD_ALLILI1095/Credit:MOURAD ALLILI/SIPA/2403091619

Européennes 2024 : face au nombre record de 37 listes, un sénateur propose de « limiter » leur nombre

Le ministère de l’Intérieur a officiellement enregistré 37 listes pour le scrutin du 9 juin, un chiffre battant le record de 2019. Le sénateur de l’Aisne, Pierre-Jean Verzelen, propose d’établir un « filtre » pour limiter le nombre de listes aux européennes, qui devraient recueillir « 10.000 parrainages de citoyens ». Il soulève les difficultés d’organisation pour les communes et l’absence d’effet sur la participation.
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un nouveau record. Le ministère de l’Intérieur a enregistré pas moins de 37 listes pour les élections européennes du 9 juin prochain. La date limite pour le dépôt était fixé à vendredi 17 mai, 18 heures. Jamais les Français n’ont eu un choix aussi large pour le scrutin. C’est 3 listes de plus que lors de l’élection de 2019, qui avec 34 listes, avait déjà établi un record.

On compte donc de très nombreuses « petites » listes. Elles se voient attribuer cet adjectif du fait de leur faible poids dans les sondages – quand elles sont testées – de leur existence très faible sur le terrain, que ce soit en nombre d’adhérents ou d’élus locaux. Certaines sont même quasi inconnues (voir notre article sur les « petites » listes).

Liste de Francis Lalanne et Dieudonné

Outre les principales listes (RN, majorité présidentielle, PS/Place Publique, LFI, Les Ecologistes, LR, Reconquête, PCF), on trouve plusieurs listes écologistes, une liste Free Palestine, menée par le président de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF), Nagib Azergui, déjà candidat en 2019, ou une encore liste « Pour le pain, la paix, la liberté ! », présentée par le Parti des travailleurs.

Une liste est intitulée « Défendre les enfants », une autre vise la promotion de la langue esperanto. On remarque également le dépôt de la liste « France Libre », avec pour tête de liste Francis Lalanne et, à la troisième place, Dieudonné Mbala Mbala. Selon le tirage au sort pour l’ordre d’attribution des panneaux d’affichage électoraux, la première liste est « Pour une humanité souveraine ».

« Le bordel que ça avait été, lors du scrutin de 2019 »

Cette profusion de listes a inspiré le sénateur Pierre-Jean Verzelen. Le sénateur de l’Aisne a déposé le 3 mai dernier sur le bureau du Sénat, soit avant qu’on sache le nombre de listes, une proposition de loi visant à « limiter le nombre de listes aux élections européennes ».

« Record battu », constate le sénateur ex-LR, aujourd’hui membre du groupe Les Indépendants du Sénat (où siègent beaucoup de sénateurs Horizons). « Ce n’est pas le sujet numéro 1 du pays, mais il n’empêche que je me souviens du bordel que ça avait été, lors du scrutin de 2019, quand j’étais maire de Crécy-sur-Serre, dans l’Aisne, commune de 1.500 habitants », lance Pierre-Jean Verzelen.

C’est en effet en partie la difficulté pour les communes, qui a inspiré sa PPL. « Lors de mes permanences de conseiller départemental, tous les maires me disent depuis 6 mois qu’ils espèrent que ce ne sera pas le même bazar que la dernière fois, car il faut des panneaux électoraux, plein de tables, un dépouillement pénible à gérer », raconte l’élu des Hauts-de-France. « Pour les communes rurales, c’est compliqué de sortir 37 panneaux, qu’elles n’ont pas », insiste l’élu, qui ajoute :

 L’organisation du scrutin est très contraignante pour les communes, c’est beaucoup de complexité. 

Pierre-Jean Verzelen, sénateur Les Indépendants de l'Aisne.

« Je ne suis pas dans la police de la pensée, ou là pour dire qui doit se présenter, mais il faut qu’il y ait un filtre »

Le sénateur du groupe Les Indépendants note par ailleurs que malgré le nombre de listes, « on ne gagne pas en lisibilité, en clarté, ni en taux de participation ». Pierre-Jean Verzelen propose donc d’établir un seuil : « Récolter 10.000 parrainages de citoyens dans au moins 50 départements pour pouvoir présenter une liste », « un choix à débattre évidemment », avance-t-il. Il observe qu’« en 2019, 12 listes ont fait moins de 10.000 voix. Et 17 ont fait moins de 50.000 voix », relève le sénateur. Anticipant les critiques, il ajoute : « Je ne suis pas dans la police de la pensée, ou là pour dire qui doit se présenter, mais il faut qu’il y ait un filtre, pour que ce soit un peu plus simple à gérer ». Pour être examinée, sa PPL doit être inscrite à l’agenda du Sénat, ce qui n’est actuellement pas le cas.

En les additionnant, le nombreux de voix de ces « petites » listes peut être conséquent. En 2019, les 28 listes qui n’avaient pas atteint les 5 % avaient totalisé 19,78 % des suffrages exprimés. On observait de grosses disparités, de la première de ces listes, celle alors de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait rassemblé 795.508 voix pour 3,51 % des voix, s’approchant des 5 %, à la dernière liste, « Neutre et actif », qui n’avait attiré que 1.321 suffrages, soit… 0,01 % des voix.

Partager cet article

Dans la même thématique

Ecole maternelle Volontaires, Violences dans le periscolaire, Paris
4min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : le Sénat lance une commission d’enquête à l’échelle nationale

Le Sénat a approuvé mercredi la création d’une commission d’enquête consacrée aux violences commises dans le cadre périscolaire. Portée par la sénatrice Les Républicains de Paris Agnès Evren, qui devrait en être la rapporteure, cette initiative vise à dresser un état des lieux national des dysfonctionnements et à formuler des propositions pour mieux protéger les enfants. Les premières auditions sont attendues avant la fin du mois de juin, avec des conclusions prévues à l’automne.

Le

FRANCE-PARIS-CULTURAL PROPERTY RESTITUTION-DRAFT LAW
4min

Parlementaire

Affaire Lyhanna : le projet de loi sur la protection des enfants ne sera pas examiné par le Sénat avant le mois d’octobre

La pression politique et associative s'accentue sur l'exécutif après le meurtre de Lyhanna. Mais du fait de l’encombrement législatif et du calendrier électoral, le projet de loi pour la protection des enfants ne sera pas examiné au Sénat avant le 8 octobre. De même, le gouvernement juge « impossible » l’inscription à l’ordre du jour de la proposition de loi dite « intégrale » d’ici la coupure estivale.

Le

Medecin Generaliste nouvelle grille tarifaire
5min

Parlementaire

Déserts médicaux : au Sénat, le PS reprend la proposition des députés pour réguler l’installation des médecins, la droite fait barrage

Les sénateurs socialistes profitent de leur niche parlementaire, ce jeudi, pour pousser la proposition de loi contraignant les jeunes médecins à s’installer en dehors des zones les mieux dotés en soins. L’examen s’annonce moins fructueux qu’à l’Assemblée, la majorité sénatoriale ayant détricoté la mesure phare du texte en commission.

Le

Européennes 2024 : face au nombre record de 37 listes, un sénateur propose de « limiter » leur nombre
6min

Parlementaire

Désinformation, modération : au Sénat, X défend « la neutralité de son algorithme »

Auditionné dans le cadre de la commission d’enquête sur les « zones grises » de l’information, le directeur France du réseau social X a multiplié les mises à distance sur les questions de modération et d’algorithmes. Face aux sénateurs, Laurent Buanec a surtout plaidé pour le modèle des « Community Notes », présentées comme l’arme principale de la plateforme contre la désinformation. Une audition qui a également mis en lumière la difficulté des pouvoirs publics à identifier les véritables centres de décision de l’entreprise d’Elon Musk.

Le