Handicap à l’école : le statut fragile des AESH

En janvier 2026, le Sénat a rejeté une proposition de loi socialiste visant à donner un véritable statut aux accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), en les intégrant à la fonction publique. Soutenue par l’ensemble de la gauche sénatoriale, dont la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly, très engagée sur ce sujet, cette proposition n’a pas abouti. Un nouveau revers pour les AESH, ces accompagnants piliers de l’école inclusive, mais aussi pour les milliers de familles d’enfants en situation de handicap.
Rédaction Public Sénat

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Dans les écoles, l’inclusion des élèves en situation de handicap, mise en avant par le gouvernement depuis les années 2000, repose en grande partie sur les AESH. Sans elles (plus de 90 % de ces personnels sont des femmes), beaucoup d’enseignants le reconnaissent : la scolarisation de ces enfants en milieu ordinaire serait parfois tout simplement impossible. Pour la sénatrice communiste du Pas-de-Calais Cathy Apourceau-Poly, « c’est un sujet important parce qu’on parle des enfants les plus fragilisés de notre société, en situation de handicap, qui ont besoin d’une aide… Les AESH leur apportent cette aide en classe, on se doit de les considérer ».

Au sein de l’école primaire Berthelot de Lens, sur les terres de la sénatrice, une vingtaine d’élèves sont accompagnés par quatre AESH, qui se relaient tout au long de la semaine pour assurer à chacun d’entre eux quelques heures de suivi.

Une inclusion scolaire fragile

Obayy, élève de CP au sein de cette école, est porteur de troubles du spectre autistique. Il est le seul de l’école à bénéficier d’un accompagnement individualisé. Isabelle Vassin, son AESH, l’aide à entrer progressivement dans les apprentissages : « il n’est pas encore dans la lecture, on travaille les syllabes. En numération, on est arrivé jusqu’à 12 », explique-t-elle. Un travail mené en lien étroit avec l’enseignante de la classe, Isabelle Hameau. Pour elle, l’inclusion et la progression d’Obbayy seraient impossible sans la présence de son AESH : « elle observe finement les besoins d’Obayy et me permet d’adapter les apprentissages ». Une aide nécessaire au niveau scolaire, mais également pour l’inclusion sociale : « sans elle, il n’y a pas d’interaction. Pas d’interaction sociale avec les adultes, ni avec les enfants… ».

AESH : un métier essentiel, mais précaire

Pour exercer le métier d’AESH, seule une formation initiale de 60 heures est obligatoire, bien loin d’être suffisante face à la diversité des handicaps rencontrés. Ce manque de formation est souligné et regretté par les AESH eux-mêmes, qui se sentent parfois impuissants face aux élèves qu’ils accompagnent. Lors d’une table ronde organisée par le FSU-SNUipp Pas-de-Calais, syndicat principal de l’école primaire, certains AESH racontent notamment avoir accompagné des élèves présentant des risques médicaux importants sans formation aux gestes de premiers secours.

La question de la rémunération est tout aussi préoccupante. En moyenne, un AESH gagne moins de 1 000 euros par mois, pour 24 heures passées en classe chaque semaine. “C’est un vrai sacrifice financier”, confie Amélie Vincenot, AESH à Berck-sur-Mer. Beaucoup finissent par quitter le métier, faute de reconnaissance et de perspectives. Alors pour les syndicats, l’intégration des AESH dans la fonction publique est une nécessité. Une telle mesure permettrait d’offrir un véritable statut de fonctionnaire à cette profession, la deuxième la plus importante de l’Education Nationale après les enseignants. Mais cela permettrait aussi d’améliorer la formation et la rémunération de ce métier, en manque criant de reconnaissance : “Etre AESH, c’est être invisible… Pourtant c’est nous qui portons l’école inclusive à bout de bras !”, résume Amélie Vincenot.

Une urgence politique ?

Pour la sénatrice du Pas-de-Calais Cathy Apourceau-Poly, qui a multiplié les rencontres auprès de familles et AESH dans son département ces dernières semaines, « on parle beaucoup d’école inclusive, mais sans un véritable accompagnement, ces enfants sont voués à l’échec ». Elle ajoute que « sans statut ni revalorisation, il n’y aura bientôt plus d’AESH. Il faut agir maintenant ». La sénatrice assure réfléchir à déposer de nouvelles propositions de loi en ce sens prochainement, après l’échec de la PPL socialiste début janvier 2026. Selon elle, réserver un meilleur traitement aux 140 000 AESH en poste actuellement, ce serait par conséquent offrir une meilleure inclusion aux 350 000 élèves en situation de handicap accompagnés chaque jour.

Retrouvez le replay en intégralité de ce nouveau numéro de Sénateur en action ici.

Clément Guillonneau

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