Visite de l’usine Perrier a Vergeze
Visite de l'usine d'embouteillage d'eau minerale Perrier a Vergeze, lieu de la source des Bouillens. Perrier fait partie du groupe Nestle Waters France. Ici la ligne 34 ou l'eau est embouteillee dans des bouteilles PET en plastique.//LODIFRANCK_PERRIER01300/1902070940/Credit:LODI Franck/SIPA/1902070945

Information judiciaire contre Nestlé et Alma Sources : « Naturellement, on respecte l’enquête en cours », affirme le rapporteur de la commission d’enquête du Sénat

Alors qu’un juge a décidé de lancer une enquête sur le scandale des eaux minérales, suite à une plainte pour « tromperie », la commission d’enquête du Sénat sur le sujet n’empiétera pas sur le travail de la justice, tout en menant le sien, assure son rapporteur, le sénateur Alexandre Ouizille. « Je ne suis pas un juge, mais on a besoin de savoir les choses », soutient le socialiste.
François Vignal

Temps de lecture :

5 min

Publié le

C’est une nouvelle étape dans le scandale des eaux en bouteille. Un juge d’instruction parisien a décidé d’enquêter sur le géant suisse Nestlé (Perrier, Hépar, Contrex, Vittel) et le groupe Sources Alma (Cristaline, St-Yorre), sur l’affaire qui concerne le traitement de leurs eaux minérales, a appris ce jeudi l’AFP de source proche du dossier. Cela fait suite à deux plaintes déposées pour « tromperie » par l’association Foodwatch, visant les deux entreprises.

« Foodwatch accueille avec une grande satisfaction l’annonce de l’ouverture d’une information judiciaire dans ces affaires », a réagi l’avocat de l’association, Me François Lafforgue. « Nous demandons maintenant à la justice pénale de faire toute la lumière sur les agissements frauduleux des producteurs d’eaux minérales naturelles, et de dégager toutes les responsabilités, à quelque niveau que ce soit », a ajouté cet avocat spécialisé en droit de l’environnement.

L’affaire est sur la place publique depuis plusieurs mois, à la suite de premières révélations, en janvier 2024, de Radio France et du journal Le Monde. Le Sénat s’est ensuite emparé du sujet. Après un premier rapport, à l’initiative du groupe écologiste, qui pointait l’« opacité » des pouvoirs publics et des industriels, le groupe PS a utilisé son droit de tirage pour lancer en novembre dernier une commission d’enquête sur ce scandale.

« Il y a déjà des précédents, avec la commission d’enquête Benalla, ou celle sur l’affaire Cahuzac »

Reste qu’une commission d’enquête ne peut pas empiéter sur la justice, lorsqu’une enquête est en cours. L’ouverture d’une information judiciaire va-t-elle compliquer les travaux de la commission d’enquête sénatorial ?

Pour le rapporteur de la commission d’enquête, le sénateur PS Alexandre Ouizille, cela ne pose pas de difficulté. « On est d’une très grande sérénité. Il y a déjà des précédents, avec la commission d’enquête Benalla, ou celle sur l’affaire Cahuzac », fait valoir le sénateur de l’Oise.

« Naturellement, on respecte l’enquête en cours », assure Alexandre Ouizille, mais il entend faire son travail « sur les questions essentielles à notre compréhension de ce qu’il s’est passé, pour l’établissement de nos recommandations, sur les liens avec les pouvoirs publics, qui eux ne font pas l’objet d’une enquête ».

« Je ne suis pas un juge, mais je souhaite qu’on me dise ce qu’il s’est passé, les relations avec l’Etat, on a besoin de savoir les choses », insiste Alexandre Ouizille, pour qui il est tout à fait possible de mener les travaux de la commission d’enquête sans empiéter sur ceux de la justice. « On vient de le faire avec Alma (auditionné mercredi 12 février, ndlr). Ce qui est vrai pour Alma, doit l’être pour Nestlé », ajoute le sénateur.

« Nestlé a indiqué qu’il comptait collaborer pleinement »

Une audition au cours de laquelle le directeur du groupe Alma, Luc Baeyens, s’est contredit. Il a d’abord nié toute pratique illégale, avant de reconnaître l’ajout de gaz carbonique dans les bouteilles de la marque Châteldon (voir notre article pour plus de détails). « Il a fallu s’y reprendre à deux fois pour que les traitements illégaux nous soient dévoilés », souligne Alexandre Ouizille.

Quant à Nestlé Waters, « il y a eu un premier moment où ils nous avaient écrit en mettant en cause la légitimité de notre commission d’enquête. Depuis, Nestlé a indiqué qu’il comptait collaborer pleinement. Nous comptons sur cette collaboration. Nous avons pu visiter l’usine Perrier, à Vergèze (Gard), poser nos questions. Nous attendons que ce travail se tienne dans les mêmes conditions », en audition.

« Si c’est nécessaire on auditionnera tout le monde »

L’affaire a connu dernièrement un nouveau rebondissement, suite à de nouvelles révélations de Radio France et du Monde, selon lesquelles la présidence de la République et les services du premier ministre auraient cédé au lobbying du groupe Nestlé, en laissant le groupe commercialiser des eaux non conformes et à risque pour la santé. Emmanuel Macron a écarté d’un revers de main le sujet, affirmant qu’il n’y avait eu ni « entente » ni « connivence » avec Nestlé.

« Si c’est nécessaire on auditionnera tout le monde », a prévenu début février sur Public Sénat Alexandre Ouizille, « il faut qu’on comprenne pourquoi, qu’on sache ce qu’il s’est passé. […] Il va falloir que dans nos auditions aussi, on aille du côté de l’Élysée ». Mais le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, a déjà refusé, sur une autre commission d’enquête, celle sur le déficit, à l’Assemblée, de se rendre devant les députés au nom de la séparation des pouvoirs.

Partager cet article

Dans la même thématique

Zones a Faibles Emissions de la Metropole Nice Cote d Azur
6min

Parlementaire

La suppression des ZFE censurée : « Je fais confiance à la droite pour revenir à la charge », ironise la sénatrice PS Audrey Linkenheld

Saisi par la gauche et une partie du bloc présidentiel, le Conseil constitutionnel a largement censuré la loi simplification, notamment la suppression des zones à faibles émissions (ZFE), un dispositif de lutte contre la pollution de l’air, et les assouplissements prévus sur l’objectif de « zéro artificialisation nette » (ZAN), deux mesures dans le viseur de la droite. Mais les LR pourraient rapidement dégainer une nouvelle offensive législative.

Le

Information judiciaire contre Nestlé et Alma Sources : « Naturellement, on respecte l’enquête en cours », affirme le rapporteur de la commission d’enquête du Sénat
6min

Parlementaire

« Une atmosphère de peur », « la loi du silence » : la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs revient sur le contexte lourd de ses travaux

Durant six mois, les sénateurs ont enquêté sur la construction des prix dans la grande distribution et sur les relations commerciales avec les acteurs de l’amont, les transformateurs et les producteurs. Lors de la remise de leur rapport, la rapporteure et la présidente sont revenues sur les conditions de leur travail.

Le

Chômage après une rupture conventionnelle : le Sénat rétablit la réduction de la durée d’indemnisation
7min

Parlementaire

« On travaille à l’arrache » : la grogne monte au Sénat à l’approche de la session extraordinaire

Alors que la campagne électorale des sénatoriales a déjà démarré et va se poursuivre cet été, Gérard Larcher ne compte pas jouer les prolongations après le 14 juillet. Le président du Sénat a rappelé ce jeudi qu’il ne souhaitait pas la chambre haute siège au-delà de la fête nationale contrairement à la volonté de l’exécutif. De nombreux textes attendent pourtant les élus et il faudra faire des choix.

Le

Information judiciaire contre Nestlé et Alma Sources : « Naturellement, on respecte l’enquête en cours », affirme le rapporteur de la commission d’enquête du Sénat
7min

Parlementaire

« Politicae n’est pas un parti politique » : au Sénat, le co-fondateur se défend face aux soupçons d’influence du milliardaire Pierre-Édouard Stérin

Auditionné par la commission d’enquête sur le financement privé de la vie démocratique, Raphaël Cognet, cofondateur de Politicae et maire sortant de Mantes-la-Jolie, a tenté de dissiper les soupçons pesant sur son organisation, financée notamment par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin.

Le