Insécurité en Outre-mer : quelles sont les pistes du Sénat pour « repousser les menaces à nos frontières » ?

La délégation sénatoriale aux Outre-mer remettait ce jeudi un rapport proposant « un choc régalien » dans les territoires d’Outre-mer où les élus constatent « une dégradation de la sécurité » liée à l’immigration clandestine et préconisent une série d’actions pour « repousser les menaces à nos frontières ».
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Philippe Bas (LR) et Victorin Lurel (PS) se sont déplacés dans sept collectivités avant de rendre leur rapport où ils préconisent « un choc régalien » dans les territoires d’Outre-mer. Indépendamment du statut ou du degré d’autonomie de ces territoires, les deux corapporteurs ont constaté « une dégradation de la sécurité ». « Les crimes et délits continuent d’augmenter. Il y a une spécificité de la violence outre-mer. La violence intrafamiliale, les homicides sont nombreux. Le narcotrafic est en pleine expansion », a listé Philippe Bas.

Alors que l’Outre-mer représente 4 % de la population française, il s’y produit 30 % des homicides, 50 % des vols à main armée, 25 % des atteintes aux personnes, 50 % des agressions envers les gendarmes. Et 50 % des saisies de cocaïne ont été effectuées dans les Antilles-Guyane, liste le rapport.

« Une partie de cette violence ultramarine est une violence importée avec, pendant de nombreuses années, une immigration hors de contrôle », insiste Philippe Bas.

« Repousser les menaces à nos frontières »

Outre la hausse des crédits des forces de sécurité intérieure et de la justice inscrits dans les lois de programmation récentes, la mission d’information propose des leviers d’action supplémentaires. « Il faut rétablir un rapport de dissuasion et repousser les menaces à nos frontières », appuie Victorin Lurel, décomposant en trois parties les propositions sénatoriales.

Il s’agit d’abord de restaurer la sécurité du quotidien, en densifiant l’implantation territoriale des forces de sécurité ou encore en renforçant l’incarnation de la justice partout, avec le développement des audiences foraines dans les zones isolées, des points d’accès au droit. Les élus appellent à « une adaptation en continu des lois et règlements. Les contraintes opérationnelles de nombreux territoires ultramarins, et en particulier de ceux parmi les plus pauvres ou les plus isolés comme Mayotte et la Guyane ». « Ce sont des mesures très simples », insiste Philippe Bas. « Par exemple, il faut des interprètres diplômés pour mener à bien la justice alors qu’il y a plein de gens qui parlent parfaitement toutes les langues et qui n’ont pas ces diplômes, utilisons-les ».

Une autre série de mesures consiste à durcir et spécialiser la lutte contre les narcotrafics dans ces territoires. Cela passe notamment par la création au sein du tribunal judiciaire de Cayenne, d’une chambre correctionnelle permanente, d’une section du parquet en charge de la criminalité organisée ou encore « doter chaque bassin océanique de capacités de police scientifique et technique pour une exploitation plus rapide des données et sans passer nécessairement par l’Hexagone ».

« Rideau de fer » entre Mayotte et les Comores

Enfin, la mission du Sénat insiste sur la lutte contre l’immigration clandestine massive un « facteur de déstabilisation des sociétés ». A Mayotte, les élus préconisent d’engager tous les moyens nécessaires à la réussite du « rideau de fer » vis-à-vis des Comores par le déploiement d’un système global modernisé de détection et de surveillance (radars, drones, surveillance aérienne, caméras longue portée…), de rendre obligatoire la justification de l’origine des fonds dès le premier euro pour les transferts d’argent en espèces vers les Comores, mais aussi réaliser « une étude d’impact sérieuse » de la réforme adoptée en 2018 des modes d’acquisition de la nationalité française par les enfants nés à Mayotte de parents étrangers.

Définir une diplomatie française des outre-mer, soit une diplomatie qui prend prioritairement en considération les intérêts des territoires ultramarins dans les relations avec les pays voisins, figure également parmi les recommandations, de même que prioriser la coopération judiciaire et policière avec tous les États situés dans l’espace régional des outre-mer.

Les conclusions de ce rapport ont été adoptées à l’unanimité des membres de la délégation sénatoriale aux Outre-mer.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Insécurité en Outre-mer : quelles sont les pistes du Sénat pour « repousser les menaces à nos frontières » ?
8min

Parlementaire

Projet de loi « casseurs-payeurs » : le Sénat adopte le nouveau régime de responsabilité civile solidaire pour les participants à une manifestation violente

En marge de l’agitation sociale, le Sénat a entamé ce mardi 27 octobre l'examen du projet de loi « casseurs-payeurs », décrié par la gauche comme une atteinte à la liberté de manifester. En milieu de soirée, les élus ont adopté les dispositions du texte qui permettent aux pouvoirs publics de réclamer le recouvrement de dommages et intérêts aux participants d’un rassemblement marqué par des violences, sans qu’ils soient directement responsables des dégradations constatées.

Le

Paris: Clashes Erupt in Paris at Night Following French President’s Televised Address
5min

Parlementaire

Loi « casseurs-payeurs » : que contient le texte examiné au Sénat ?

La chambre haute entame ce mardi 27 octobre l’examen du projet de loi « casseurs-payeurs ». Un projet décrié par la gauche et qui vise à permettre d’engager la responsabilité civile des individus s’étant maintenu dans un attroupement ayant causé des dommages.

Le

Insécurité en Outre-mer : quelles sont les pistes du Sénat pour « repousser les menaces à nos frontières » ?
4min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : après le rejet du Sénat, les soutiens du texte expriment un « sentiment de déception » 

En dépit du soutien du gouvernement, le projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse a été rejeté après l’adoption de plusieurs amendements issus de la droite sénatoriale et vidant le texte de sa substance. Invités de la matinale de Public Sénat, les deux sénateurs de Corse, Jean-Jacques Panunzi (LR) et Paul-Toussaint Parigi (UCI) reviennent sur leur vision de l’autonomie de la Corse.

Le

Insécurité en Outre-mer : quelles sont les pistes du Sénat pour « repousser les menaces à nos frontières » ?
6min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : au Sénat, les débats s’enlisent sur la notion de « communauté corse »

À l’initiative de la droite sénatoriale, les élus ont supprimé du texte de la réforme constitutionnelle la référence à une « communauté corse ». Le sénateur autonomiste Paul-Toussaint Parigi a aussitôt annoncé le retrait de sa famille politique du « processus de Beauvau », à l’origine de ce texte. Le gouvernement annonce qu’il réunira les parlementaires dans les prochains jours « pour voir si le chemin peut être poursuivi ou pas ».

Le