CMP : comment la dissolution va modifier l’espace de compromis entre députés et sénateurs
Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/1811192118

Interdire les mariages entre Français et étrangers irréguliers : pourquoi le texte du Sénat n’a pas été adopté en commission

La commission des lois du Sénat n’a pas adopté, mercredi matin, la proposition de loi du sénateur centriste, Stéphane Demilly visant à interdire le mariage entre un Français et une personne séjournant de manière irrégulière sur le territoire national. Malgré l’appui du gouvernement, le texte porte le risque d’inconstitutionnalité. Le débat se déroulera donc en séance publique le 20 février.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Le Sénat va-t-il simplement se « faire plaisir » en examinant jeudi 20 février la proposition de loi du sénateur centriste, Stéphane Demilly visant à interdire le mariage lorsque l’un des époux séjourne de manière irrégulière sur le territoire national. L’expression est celle de l’ancien ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui avait indiqué aux sénateurs fin 2023 qu’une disposition en ce sens serait « à coup sûr censurée par le Conseil constitutionnel » (lire notre article).

Désormais garde des Sceaux, Gérald Darmanin a changé d’avis et promet de donner un avis favorable à la proposition loi. « Le mariage est un droit et pas un passe-droit », a-t-il martelé aux questions d’actualité au gouvernement du Sénat.

Quelques heures plus tôt, la commission des lois du Sénat n’a pourtant pas adopté le texte. « Stéphane Demilly a souhaité que le texte initial arrive en séance publique sans modification en commission ou de rejet. Le texte sera retravaillé en séance pour le rendre compatible avec la jurisprudence du Conseil constitutionnel », indique le rapporteur LR, Stéphane Le Rudulier.

Su côté du sénateur centriste, on confirme que « la jurisprudence du Conseil constitutionnel ne permet pas l’adoption du texte telle quelle en commission des lois. Le message sera plus fort si le débat est repoussé en séance publique ».

Dans une décision de 2003, le Conseil avait, en effet, rappelé que le respect de la liberté du mariage, était une « composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration de 1789 », et s’opposait donc « à ce que le caractère irrégulier du séjour d’un étranger fasse obstacle, par lui-même, au mariage de l’intéressé ».

Une voie de passage a été esquissée par le ministre de la Justice. « Je suis sûr que votre assemblée trouvera les moyens de rendre constitutionnel ce texte. Notamment en permettant, j’y suis favorable, que si le procureur ne répond pas, on donne raison aux maires, alors qu’aujourd’hui c’est l’inverse. Si le procureur ne répond pas, le maire est obligé de marier », a expliqué Gérald Darmanin. « Le maire agit au nom du procureur de la République lorsqu’il marie des personnes. [Les futurs mariés] doivent prouver la régularité du séjour. S’il y a refus, on doit pouvoir faire un recours. Tout cela est constitutionnel », a-t-il assuré.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Interdire les mariages entre Français et étrangers irréguliers : pourquoi le texte du Sénat n’a pas été adopté en commission
6min

Parlementaire

Pesticides : après l’avis du Conseil d'État sur la nouvelle proposition de loi Duplomb, les sénateurs mettent la pression sur l'exécutif

Le Conseil d’État a émis un avis « globalement positif » sur la nouvelle proposition de loi Duplomb, qui réintroduit à titre dérogatoire deux pesticides interdits dans certaines filières agricoles. Le sénateur LR, qui espère avoir paré à toute nouvelle censure constitutionnelle, appelle désormais le gouvernement à insérer son texte dans la prochaine loi d’urgence agricole.

Le

TOULOUSE MANIF VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
7min

Parlementaire

Mettre fin au devoir conjugal : « Personne n’est obligé d’avoir des rapports sexuels, qu’on soit marié ou non », tranche Mélanie Vogel

Adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale, une proposition de loi entend inscrire noir sur blanc l’absence d’obligation sexuelle entre époux. Un texte, nourri par la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme, mais déjà remanié en commission au Sénat, avant son examen en séance publique le 9 avril.

Le