JO-2030 : Edgar Grospiron se dit « stupéfait » qu’on évoque sa démission du Cojop

Les démissions en série au sein du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 (Cojop), dont celle du directeur général, Cyril Linette, font craindre des retards et des surcoûts dans l’organisation des Jeux. Devant le Sénat, le président du Cojop, Edgar Grospiron a voulu se montrer rassurant et a minimisé l’impact de la crise.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Les JO d’hiver de Milan-Cortina se sont terminés ce week-end, le flambeau olympique est désormais confié à la France, qui dispose de 4 ans pour organiser les JO en Auvergne Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

L’ombre de la réussite des JO de Paris 2024 met une pression supplémentaire sur les organisateurs confrontés à des défis budgétaires et organisationnels. Or, depuis plusieurs mois, le Cojop (Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2030) est fragilisé par le départ de plusieurs cadres : la directrice des opérations, Anne Murac, le directeur de la communication Arthur Richer, et celui du président du comité des rémunérations Bertrand Méheut, ancien président du groupe Canal +.

Un dernier départ a même  été officialisé quelques minutes avant l’audition devant la commission de la culture de l’éducation et du sport du Sénat, du président du Cojop, Edgar Grospiron et de Pierre-Antoine Molina, délégué interministériel aux jeux Olympiques et Paralympiques (Dijop). « À l’occasion du bureau exécutif qui s’est tenu le dimanche 22 février 2026 à Milan, le Cojop et les parties prenantes ont pris acte du départ du directeur général du Cojop, Cyril Linette », a annoncé le Cojop dans un communiqué. La crise couvait depuis plusieurs mois entre Edgar Grospiron et son directeur général qu’il avait lui-même choisi.

« Il est plus que temps de dépasser les problèmes d’organisation internes pour rentrer dans la phase opérationnelle de conception et de livraison des jeux et de rendre enfin les arbitrages nécessaires à la poursuite du projet », a sermonné en introduction, le président de la commission Laurent Lafon (centriste) en rappelant que les jeux « mobilisaient une part significative des finances publiques ». Sur les 2,1 milliards du budget pluriannuel du Cojop, 26 % proviennent de l’Etat et des conseils régionaux.

« Les difficultés que nous rencontrons n’ont rien d’inhabituelles »

Edgar Grospiron a commencé par se présenter dans une posture « d’humilité » et a dénoncé des « rumeurs » diffusées dans le brouhaha médiatique. « Nous sommes pleinement engagés pour offrir de grands jeux utiles et beaux ». « Les difficultés qu’on traverse doivent être regardées avec lucidité, elles ne sont pas niées. Pour les surmonter on va devoir agir avec méthode, rigueur, et le sens du collectif », a-t-il néanmoins esquissé.

Pierre-Antoine Molina s’est, lui aussi, montré rassurant. « Les difficultés que nous rencontrons n’ont rien d’inhabituelles. « Ceux qui ont suivi la préparation des Jeux de Milan-Cortina, ont pu noter qu’il y avait à chaque fois des changements de gouvernance, ce qui ne les a pas empêchés d’être une réussite » a-t-il fait valoir.

Une première série de réponses qui a laissé sur leur faim les sénateurs. « Ni l’identité, ni le logo, ni la carte des compétitions n’ont été présentées », a observé le sénateur LR, Michel Savin. Alors que l’inspection générale des finances vient de diligenter une mission d’inspection sur le Cojop, les élus sont revenus à la charge au sujet des raisons de ces démissions en cascades.

Edgard Grospiron s’est borné à évoquer « des problèmes organisationnels ». Evoquant « une clause de confidentialité extrêmement stricte », le président du Cojop n’a pas voulu dévoiler les coûts et les conditions de la démission. Il a toutefois cité « les exigences » du directeur général émises sur des personnes qu’il considérait « ne pas être au niveau » qui « ont fait qu’on a décidé de s’en séparer ».

Une réponse encore une fois insuffisante pour les sénateurs. Pierre Ouzoulias (communiste) s’est même dit « effaré ». « On assure une mission de contrôle. On ne peut pas nous opposer une clause de confidentialité d’une association ».

Le sénateur LR, Jacques Grosperrin va même jusqu’à évoquer une démission d’Edgar Grospiron à l’image de la patronne du Louvre, Laurence Des Cars. « Est-ce que, comme dans les équipes de foot, lorsque ça ne fonctionne pas, on demande à l’entraîneur de démissionner ? Ça crée un choc ».

« Qu’on n’arrête ce feuilletonage médiatique »

« Si je vous parle de clause de confidentialité, c’est pour qu’on n’arrête ce feuilletonage médiatique ». […] « Je suis surpris et stupéfait parce que je ne sais pas où vous avez entendu que j’aie pu émettre l’idée même de démissionner », a répondu le président du Cojop. « J’ai toujours été et je suis toujours à 100 % impliqué et investi dans ce projet », a-t-il assuré.

Néanmoins, selon lui, les « turbulences » auxquelles fait face le Cojop ne permettent pas « de créer les conditions pour signer maintenant les partenariats » avec des acteurs privés. « C’est pour ça que j’ai pris mes responsabilités en remettant une organisation sur pied suite aux différends que j’ai pu avoir avec mon directeur général », a-t-il justifié.

Enfin, concernant les retards, Edgar Grospiron évoque « un mois et demi à deux mois et demi de retard sur l’organisation ». La finalisation de la carte des sites a pris elle 4 mois de retard. « Mais 4 mois de retard sur 15 % de la carte des sites. 85 % de la carte, on la connaît et on travaille dessus », a-t-il précisé.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

9min

Parlementaire

Protection de l’enfance : au Sénat, les rapporteures rejettent l’imprescriptibilité pour ne pas « déstabiliser le droit pénal »

Élargi après le scandale du périscolaire et la mort de la jeune Lyhanna, le projet de loi sur la protection des enfants s’apprête à être débattu au Sénat dès le 27 octobre. En commission, les sénateurs ont écarté l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. En revanche, ils ont durci la répression des viols en série et créé un fichier des sanctions, au nom de la sécurité juridique du texte.

Le

Paris: Abrogation du code noir au Senat
6min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : malgré le détricotage du texte en commission, le vote de la réforme constitutionnelle reste incertain au Sénat

En commission des lois, jeudi, les sénateurs ont largement réécrit le projet de réforme constitutionnelle, sous l’impulsion d’une droite plutôt hostile au principe d’autonomisation et à la reconnaissance d’une communauté corse. Toutefois, ces modifications n’ont qu’une valeur indicative, puisque c’est le texte voté à l’Assemblée nationale en juin qui sera débattu dans l’hémicycle du Sénat le 23 octobre.

Le

JO-2030 : Edgar Grospiron se dit « stupéfait » qu’on évoque sa démission du Cojop
7min

Parlementaire

Crise des lycées : « Les personnels de direction ne tiendront pas dans ces conditions », alertent les syndicats de chefs d’établissement

Alors que les images de pillages et d’affrontements du 17 octobre ont relégué au second plan la mobilisation lycéenne, les revendications des élèves restent entières. Auditionnés par la commission de la culture du Sénat, les syndicats de chefs d'établissement racontent des mois d'alertes ignorées et préviennent que la profession « ne tiendra pas » une nouvelle séquence comme celle-ci.

Le

JO-2030 : Edgar Grospiron se dit « stupéfait » qu’on évoque sa démission du Cojop
7min

Parlementaire

Enfants placés, violences sexuelles, … : les chantiers du gouvernement pour renforcer la protection de l’enfance

À une semaine de son examen en séance au Sénat, le projet de loi relatif à la protection des enfants a été défendu mardi 20 octobre par trois ministres devant les commissions des lois et des affaires sociales. Initialement consacré aux défaillances de l’aide sociale à l’enfance (ASE), le texte a été élargi après les révélations de violences sexuelles dans le périscolaire et la mort de la jeune Lyhanna. Il entend désormais mieux protéger les enfants placés, prévenir les violences sexuelles et renforcer les contrôles sur les adultes intervenant auprès des mineurs.

Le