Justice : le Sénat adopte l’un des rares budgets en hausse dans le projet de loi de finances 2026

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s’est félicité ce vendredi 12 décembre de pouvoir présenter au Sénat des crédits en hausse de 266 millions d’euros sur son portefeuille ministériel. La gauche a toutefois déploré la mise en œuvre d’une politique judiciaire largement articulée autour du « tout carcéral ». Elle a également condamné la réduction, à des fins budgétaires, du recours aux expertises psychiatriques obligatoires pour certains délits.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Sénat a adopté vendredi, en fin d’après-midi, un budget en hausse pour la justice dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2026. À ce stade, la copie budgétaire prévoit 10,7 milliards d’euros pour le ministère de la Justice l’année prochaine, soit une progression de 266 millions d’euros par rapport à 2025. Cette hausse, l’une des rares prévues dans le PLF avec le budget des armées, correspond à la trajectoire fixée par la loi d’orientation et de programmation du ministère de la Justice (LOPJ) pour la période 2023-2027. « Alors que le projet de loi de finances prévoit de supprimer 3 000 postes dans la fonction publique d’Etat, nous en créons 1 600 de plus, » s’est félicité, depuis la tribune de l’hémicycle, le garde des Sceaux Gérald Darmanin. Il a notamment annoncé le doublement des agents de la protection judiciaire de la jeunesse à Marseille, et le recrutement de 50 juges pour enfants supplémentaires à travers le territoire.

Si cet effort a été salué sur l’ensemble des bancs, beaucoup d’élus ont néanmoins estimé qu’il restait très insuffisant au regard des besoins du système judiciaire français, embolisé par des délais de procédure trop longs et la surpopulation carcérale. « La justice demeure la moins bien dotée des fonctions régaliennes de l’Etat, avec moins de 2 % des ressources de l’Etat qui lui sont attribuées », a relevé le sénateur LR Antoine Lefèvre, rapporteur spécial de la commission des finances. Selon les chiffres de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), le nombre de juges en France est passé de 10,7 à 11,3 pour 100 000 habitants entre 2012 et 2022, loin toutefois de la moyenne européenne, à 17,6 pour 100 000 habitants.

3 000 nouvelles places de prison d’ici deux ans

Au cours de la discussion générale, les débats se sont largement concentrés sur les moyens à disposition de l’administration pénitentiaire et la surpopulation carcérale « Le nombre de détenus a augmenté de 8,5 % en un an et le taux d’occupation de certaines prisons dépasse les 160 % », a encore pointé le rapporteur, alors que l’objectif de construction de 15 000 places supplémentaires, annoncé en 2017, accuse un important retard.

Devant les parlementaires, le ministre a fait valoir l’approche différenciée qu’il a souhaité mettre en place depuis son arrivée place Vendôme, avec d’une part, la construction de prisons modulaires pour les courtes peines ou les détenus les moins dangereux, et de l’autre la création de quartiers de haute sécurité dans plusieurs établissements pénitentiaires, destinés à la criminalité organisée. « Cette année, 1 600 places de prison ont été ouvertes. Mardi prochain, j’aurais l’occasion d’inaugurer avec le président de la République la troisième partie des Baumettes. 3 000 places de prison modulaires en béton seront construites dans les deux ans qui viennent, la première sera inaugurée à Troyes, en octobre », a énuméré Gérald Darmanin. « On construit désormais des prisons en un an et demi, deux fois moins cher, contre sept ans en moyenne avant. »

Restriction du recours aux expertises psychiatriques

Mais les oppositions de gauche ont précisément reproché au gouvernement de concentrer la répartition des crédits sur l’administration pénitentiaire, au détriment des politiques de réinsertion ou des dispositifs de prise en charge en milieu ouvert. « Vous ne vous départez pas du tout carcéral », a ainsi regretté la sénatrice socialiste de Paris Marie-Pierre de la Gontrie. L’élue a par ailleurs estimé qu’avec ce budget « plusieurs lignes rouges [avaient] été franchies » à des fins de rationalisation de la dépense. Elle a cité le retour du droit de timbre – une contribution due pour ouvrir une procédure judiciaire -, la prise en charge des frais d’enquête par les personnes condamnées, ou encore la restriction de certaines expertises psychiatriques, notamment en matière d’infractions sexuelles sur les mineurs.

« Ce dispositif améliore la liberté d’appréciation du juge », a tenté de tempérer la sénatrice centriste Dominique Vérien. « Il n’est pas besoin de tout psychiatriser, l’important est d’avoir des psychiatres quand nous en avons besoin », a-t-elle défendu, en indiquant toutefois regretter de voir cette modification du périmètre de recours aux expertises judiciaires inscrite dans un simple projet de loi de finances.

Partager cet article

Dans la même thématique

Justice : le Sénat adopte l’un des rares budgets en hausse dans le projet de loi de finances 2026
8min

Parlementaire

Loi de programmation militaire : après un imbroglio lors des débats, le Sénat vote un texte amputé de son principal article

Le Sénat a largement adopté l’actualisation de la loi de programmation militaire, mais avec un effort supplémentaire ramené à zéro euro. C’est la conséquence d’un désaccord entre les sénateurs de droite, qui veulent 50 milliards de plus pour les armées, contre 36 milliards défendus par le gouvernement. Les discussions vont se poursuivre en vue de la commission mixte paritaire.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
4min

Parlementaire

Affaire Lyhanna : Bruno Retailleau réclame l’ouverture d’une commission d’enquête « sur les dysfonctionnements de la justice »

Le sénateur vendéen, également président et candidat des LR pour 2027, souhaite la création d’une commission d’enquête parlementaire autour de l’affaire Lyhanna. Auditionné mardi matin par les sénateurs, le garde des Sceaux a dénoncé les « défaillances graves » qui ont permis au principal suspect, déjà accusé de viol, d’échapper à certaines investigations.

Le

Justice : le Sénat adopte l’un des rares budgets en hausse dans le projet de loi de finances 2026
6min

Parlementaire

Carte scolaire : Édouard Geffray veut « renouer avec une politique d’aménagement du territoire par et autour de l’école »

Devant le Sénat, ce jeudi 4 juin, le ministre de l’Éducation nationale a défendu une refonte profonde de la méthode d’élaboration de la carte scolaire du premier degré. Inspirée des travaux d’une mission d’information sénatoriale, l’expérimentation lancée dans 18 départements vise à substituer à une logique annuelle et comptable, une approche territoriale, concertée et pluriannuelle.

Le

Pierre-Edouard Stérin Le cadre juridique français nous a forcé à créer de la complexité
7min

Parlementaire

Audition de Pierre-Edouard Stérin : « Nous n’avons pas obtenu de réponses sur la transparence de ses financements », constate la rapporteure du Sénat

La présidente et la rapporteure de la commission d’enquête du Sénat sur les financements privés de certaines politiques publiques sont restés sur leur faim après avoir entendu Pierre-Edouard Stérin ce jeudi 4 juin. Attendue de longue date, l’audition du milliardaire ultraconservateur sur ses activités de philanthropie n’a pas vraiment permis d’éclairer les interrogations juridiques et financières des élus quant à la galaxie de structures que parraine l’homme d’affaires.

Le