Bergerac: Supermarket Grand Frais
Supermarket Grand Frais in Bergerac, on July 28, 2025 La chaine de magasins Grand Frais. //01JACQUESWITT_Grandfrais002/Credit:Jacques Witt/SIPA/2508041232

La commission d’enquête du Sénat sur « les marges des industriels et de la grande distribution » lance ses travaux

À l’initiative des élus écologistes, le Sénat a ouvert une commission d’enquête sur les prix pratiqués dans l’alimentaire. Les parlementaires mèneront une première série d’auditions la semaine prochaine. Ils entendent faire la lumière sur l’écart souvent constaté entre la hausse des prix du chariot de course, et des agriculteurs qui peinent pourtant à gagner correctement leur vie.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Coup d’envoi pour la commission d’enquête parlementaire du Sénat sur « les marges des industriels et de la grande distribution », qui tiendra ses deux premières auditions les 17 et 18 décembre. Elles seront consacrées à l’impact de la hausse des prix sur les ménages ces dernières années et sur certaines filières, indique un communiqué de presse, sans plus de précision, à ce stade, quant aux personnalités qui seront entendues par les élus. Mercredi 10 décembre, le Sénat a procédé à l’installation du « bureau » de cette commission, qui compte 19 membres. Elle est présidée par la sénatrice centriste de la Côte-d’Or Anne-Catherine Loisier. La sénatrice écologiste de Paris, Antoinette Guhl, en est la rapporteure.

Ce sont les écologistes du Sénat qui ont poussé à la création de cette commission d’enquête en utilisant leur « droit de tirage », un mécanisme qui permet à un groupe politique, chaque année, d’inscrire à l’ordre du jour une proposition de résolution visant à la création d’une commission d’enquête. Cette proposition a ensuite été examinée et adoptée par la commission des lois et la conférence des présidents de la Haute assemblée, l’instance qui organise les travaux du Sénat.

« Il y a de quoi s’interroger sur le niveau des marges pratiquées par certains acteurs »

« Il y a longtemps que j’ai ce sujet en tête », confie Antoinette Guhl, qui a notamment piloté la première mission de contrôle consacrée au scandale des eaux minérales contaminées. « À mon arrivée au Sénat, en 2023, j’ai notamment travaillé sur le projet de loi qui portait des mesures d’urgence pour lutter contre l’inflation. À l’époque, nous avions vu les prix s’envoler, et nous avions déjà pu constater que certains acteurs pratiquaient des marges abusives », explique-t-elle. « On entend très souvent les consommateurs nous dire que leur panier de courses est de plus en plus cher, tandis qu’à l’autre bout de la chaîne, les agriculteurs ne s’en sortent plus. C’est cette dichotomie que nous voulons expliquer, pour comprendre ce qu’il se passe entre ces deux extrêmes. »

Hasard du calendrier : les négociations commerciales pour 2026 se sont ouvertes le 1er décembre. Les géants de la grande distribution et les industriels de l’agroalimentaire auront jusqu’au 1er mars pour s’accorder sur les prix de plusieurs milliers de produits qui seront vendus dans les rayons des supermarchés. Chaque année, ces négociations commerciales tournent au bras de fer. Malgré le renforcement du cadre législatif depuis 2018, notamment avec la mise en place des lois dites « Egalim », la grande distribution est régulièrement accusée de tirer les prix vers le bas, au détriment des agriculteurs et des producteurs, alors que les étiquettes des produits alimentaires ont grimpé de plus de 20 % entre 2021 et 2023, sous le coup de la crise inflationniste.

« Ce qui interroge, c’est que si les coûts de fabrication ont pu augmenter à un moment donné, par exemple avec la hausse des tarifs de l’électricité, ils auraient dû redescendre lorsque les prix de l’énergie se sont stabilisés, ce qui n’est pas toujours le cas. Cela veut dire qu’il y a de quoi s’interroger sur le niveau des marges pratiquées par certains acteurs », explique Antoinette Guhl. Les élus s’attacheront donc « à éclairer la formation des prix, la réalité des marges industrielles et commerciales, le fonctionnement des centrales d’achat, ainsi que les pratiques comme les ‘marges arrière’ », précise encore la commission.

Six mois de travaux

La liste des personnalités et organismes auditionnés par la commission sera affinée au fil des semaines, mais les acteurs de la grande distribution, les représentants des différentes filières agroalimentaires, les syndicats agricoles et les associations de consommateurs seront très certainement sollicités. Antoinette Guhl cite notamment les dirigeants de la FNSEA, premier syndicat agricole, ou des personnalités comme Michel-Édouard Leclerc, le président du groupe E.Leclerc.

Pour rappel, les personnes convoquées devant une commission d’enquête parlementaire ont obligation de déférer, sous peine de poursuites judiciaires. Elles prêtent serment avant d’être auditionnées. En cas de témoignage mensonger, elles encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Une commission d’enquête dispose également de pouvoirs d’investigation spécifiques, notamment la possibilité d’effectuer des contrôles « sur pièce et sur place ». « Si nécessaire, je n’hésiterais pas à utiliser ces différents moyens pour obtenir de la transparence », avertit la rapporteure. Les travaux de la commission dureront six mois, avec un rapport d’enquête attendu courant mai.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Election President du Senat
8min

Parlementaire

Aide à mourir : au Sénat, le spectre d’un nouveau rejet du texte embarrasse une partie de la majorité de droite et du centre

La proposition de loi sur l’aide à mourir revient au Sénat, après y avoir été rejetée en première lecture fin janvier. Cette fois, Gérard Larcher espère que les élus seront en mesure de voter un texte, mais les réserves d’une large partie de la majorité de droite et du centre menacent toujours de conduire les débats vers une impasse. Au risque de voir la Chambre haute s'effacer totalement au profit de l'Assemblée nationale.

Le

Agriculture: Spring Planting Cycle
7min

Parlementaire

Acétamipride : une note parlementaire rejetée dans un climat extrêmement tendu

Rare scène de crise à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Une note consacrée à l’acétamipride, insecticide controversé de la famille des néonicotinoïdes, a été rejetée jeudi 30 avril après un vote à égalité parfaite. En toile de fond, la bataille politique autour des pesticides. Dans la salle de conférence de presse du Sénat, la tension est montée d’un cran avec des échanges très vifs entre Stéphane Piednoir, président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques et Michaël Weber, rapporteur socialiste du texte.

Le

La commission d’enquête du Sénat sur « les marges des industriels et de la grande distribution » lance ses travaux
6min

Parlementaire

Pacte asile et immigration  : sans transposition dans le droit français, « il y aurait une admission quasi-systématique des personnes se présentant à la frontière », alerte Laurent Nunez

Auditionné au Sénat mercredi soir sur la transposition prochaine du Pacte sur la migration et l’asile dans le droit français, le ministre de l’Intérieur a assumé le choix d’avoir recours à des ordonnances, faute de disposer d’une majorité à l’Assemblée. Une déception pour les élus, mais le gouvernement n’a pas vraiment le choix.

Le

Session of questions to the government at the Senate
4min

Parlementaire

Entrisme islamiste : le texte de Bruno Retailleau adopté en commission

Un an après la publication d’un rapport du gouvernement qui pointait le rôle joué par les Frères musulmans en France, une proposition de loi de Bruno Retailleau visant à lutter contre l’entrisme islamiste a été adoptée ce mercredi en commission des lois. Le texte prévoit notamment la création d’un délit d’atteinte aux principes de la République.

Le