« La France et l’Europe sont d’une inconscience coupable sur la chimie et la sidérurgie », regrette le président du Medef

Auditionné ce mercredi par la commission des affaires économiques du Sénat, le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Patrick Martin a souligné la « nécessité » d’une réindustrialisation dans le secteur de la chimie et de la sidérurgie regrettant « l’inertie de la France » dans les suppressions de poste chez Vencorex et ArcelorMittal.
Marius Texier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« Comme vous le savez, je suis un inconditionnel de la réindustrialisation », a prévenu Patrick Martin devant les sénateurs de la commission des affaires économiques. « Seulement, je déplore que nous soyons dans une phase de désindustrialisation, le cas de l’entreprise Vencorex est emblématique ».

Le 10 avril dernier, la reprise de l’entreprise chimique Vencorex, placée en redressement judiciaire en septembre 2024, est attribuée au groupe chinois Wanhua. Parmi les 450 salariés, le repreneur a annoncé n’en conserver que 50. « Vencorex est l’exemple parfait de ce que nous ne savons pas faire en France et en Europe, à savoir se protéger », regrette Patrick Martin. « Le secteur de la chimie et de la sidérurgie est un déterminant essentiel pour la souveraineté du pays », juge le président. Le 14 avril dernier, le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, garantissait au micro de France Inter que les « sources d’approvisionnement en énergie étaient assurées par l’Etat ».

« Réarmer sans sidérurgie et sans chimie s’avère impossible »

A l’image de la chimie avec Vencorex, le secteur de la sidérurgie pâtit également d’un plan social. Le 23 avril dernier, l’entreprise de sidérurgie ArcelorMittal a annoncé la suppression de plus de 600 postes en France. Hier, Marc Ferracci a organisé une réunion avec les élus de Dunkerque et les organisations syndicales d’ArcelorMittal. Il s’oppose à tout projet de nationalisation.

Sur ce sujet, le sénateur communiste Fabien Gay a interrogé le président du Medef. Si Patrick Martin assure partager le sentiment de fragilité économique du secteur, il pointe une « inertie » voire une « inconscience coupable » de la France et de l’Europe sur la sidérurgie et la chimie. « Le gouvernement a annoncé vouloir réarmer fortement le pays, or un réarmement sans sidérurgie et sans chimie s’avère impossible », a-t-il prévenu.

« Un climat social relativement apaisé »

Mais sur le mouvement social en cours à ArcelorMittal, le président du Medef ne répond pas. Il salue par ailleurs un « climat social relativement apaisé » dans le pays, en particulier au sein des « entreprises privées ». « Il y a des motifs de tensions sociales et j’en suis conscient », reconnaît Patrick Martin. « Pour autant, je pense que les syndicats ont pleinement conscience de la fragilité de la situation économique et cela se mesure par la faiblesse des conflits sociaux. Je salue le bon dialogue avec les partenaires sociaux et également la réassurance du climat social ».

« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de manifestations qu’il n’y a pas une colère sourde », réagit Fabien Gay.

« Je ne dis pas que c’est la concorde non plus », rétorque Patrick Martin. « J’ai conscience que si le climat social apparaît relativement apaisé, c’est qu’il existe une forme de crainte chez les salariés ».

ArcelorMittal doit être entendu par la commission des affaires économiques du Sénat le 28 mai prochain.

Partager cet article

Dans la même thématique

« La France et l’Europe sont d’une inconscience coupable sur la chimie et la sidérurgie », regrette le président du Medef
8min

Parlementaire

 « Plus démocratique que les mortiers » : Édouard Geffray défend sa réponse à la crise des lycées

Auditionné au Sénat mardi 14 octobre, au lendemain du cinquième acte de la mobilisation lycéenne, Édouard Geffray a défendu les premières réponses du gouvernement aux revendications des élèves. Remplacement des enseignants absents, évolution de la démocratie lycéenne, amélioration de Parcoursup : le ministre a détaillé ses mesures, tandis que plusieurs sénateurs ont interrogé la capacité de l’exécutif à répondre durablement aux difficultés des établissements.

Le

« La France et l’Europe sont d’une inconscience coupable sur la chimie et la sidérurgie », regrette le président du Medef
3min

Parlementaire

Le Sénat rend hommage à François Patriat : « C’était une personnalité un peu hors du commun », salue Gérard Larcher

Les sénateurs ont rendu un dernier hommage, ce mardi 13 octobre, à François Patriat, chef de file des macronistes du Sénat, décédé accidentellement au cœur de l’été. Plusieurs ministres étaient au banc pour écouter le double éloge funèbre prononcé par Gérard Larcher, le président du Sénat, et le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Le

« La France et l’Europe sont d’une inconscience coupable sur la chimie et la sidérurgie », regrette le président du Medef
8min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : « Ni un saut dans le vide, ni un grand soir », Françoise Gatel tente de rassurer un Sénat sceptique sur la réforme constitutionnelle

À quelques jours du début de l’examen au Sénat du projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République », Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation, a été auditionnée par la commission des lois. L’autonomisation de l’île de Beauté n’est « pas une manière pour l’État de s’effacer », a-t-elle répété face à des élus qui craignent une rupture de l’unité de la République.

Le