Le Sénat adopte le budget en hausse du ministère de l’Intérieur, avec une rallonge pour les casernes de la gendarmerie

Les sénateurs ont approuvé ce 8 décembre le budget de la mission « sécurités » du projet de loi de finances pour 2026. Des amendements ont fait évoluer la copie initiale, pour accroître les moyens dédiés aux bâtiments de la gendarmerie. Beaucoup de sénateurs font de la flotte de la sécurité civile un point de vigilance, après un été marqué par les incendies.
Guillaume Jacquot

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Contrairement à bien des politiques publiques, les moyens des ministères régaliens restent préservés de l’effort budgétaire. Les sénateurs ont adopté ce 8 décembre les crédits de la mission « sécurités » dans le projet de loi de finances 2026. Le budget présente, sur un an, une progression de 371 millions d’euros, soit 2,1 %. « C’est un signal positif qui ne doit pas être minoré, dans un contexte budgétaire particulièrement contraint », a par exemple salué la droite sénatoriale, par la voix de Marie-Do Aeschlimann.

En 2026, quatrième année de mise en œuvre de la Lopmi, la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur, les effectifs des forces de l’ordre reprennent leur progression, après une interruption en 2025. Un millier de postes (équivalents temps plein) sera créé au sein de la police nationale, et 400 pour la gendarmerie.

Selon le rapporteur Bruno Belin (rattaché au groupe LR), « un rattrapage restera nécessaire en 2027 » pour atteindre l’objectif prévu de 239 brigades de gendarmerie. Le sénateur de la Vienne met surtout un bémol sur les investissements nécessaires au renouvellement du matériel, affaiblis par la croissance des moyens humains. « Nous serons aujourd’hui avec la possibilité de fournir 600 ou 700 véhicules pour l’ensemble du territoire. C’est très insuffisant, il en faudrait près de 3 000 pour couvrir les besoins normaux d’une année ordinaire ». Muriel Jourda (LR) a également mis le doigt sur le parc d’hélicoptères de la gendarmerie, « qui ne pourra pas en l’état être remplacé ». Pour Marc Laménie (Les Indépendants), il s’agit d’une « situation préoccupante », car 26 appareils ont près de 40 ans.

Laurent Nuñez réfute toute « distorsion » entre les moyens dédiés à la gendarmerie et ceux fléchés vers la police nationale

Certains se sont d’ailleurs étonnés d’une « disparité budgétaire » entre la progression des moyens de la police, et celle de la gendarmerie. Fin octobre, le directeur général de cette dernière avait alerté le Sénat sur les importantes carences matérielles dont ses troupes font l’objet. « Il est étonnant que les augmentations annuelles ne soient pas réparties de manière équitable », a ainsi observé la sénatrice (Union centriste) Isabelle Florennes.

Pour le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, cette impression est « erronée ». Il souligne que la gendarmerie est « bien plus en avance » concernant les objectifs de la programmation pluriannuelle que ne l’est la police nationale. L’ancien préfet de police de Paris a par ailleurs souligné que ce budget 2026 continuait les investissements en faveur de l’immobilier de la gendarmerie. Avec une hausse annuelle de 100 millions d’euros sur ce segment, les moyens sont portés à 350 millions d’euros, contre 295 en 2025 et seulement 62 en 2024. Le sujet est bien connu au Sénat, puisqu’un rapport en juillet 2024 alertait sur « le désordre bâtimentaire » de la gendarmerie nationale, fruit d’années de sous-investissements. L’enjeu est capital alors que la France doit accueillir des dizaines de nouvelles brigades.

20 millions d’euros pour les rénovations de casernes de gendarmerie, 10 millions pour les loyers

Le Sénat a adopté en séance deux amendements identiques des centristes et des socialistes, « pour faire face à la dégradation accélérée des locaux de gendarmerie ». L’amendement abonde de 20 millions d’euros supplémentaires le budget de la gendarmerie, pris sur le programme « sécurité et éducation routières ». Opposé à l’amendement, le gouvernement n’a pas souhaité lever ce gage budgétaire.

Les sénateurs ont également adopté un amendement du rapporteur général Jean-François Husson (LR) pour financer à hauteur de 10 millions d’euros un relèvement des plafonds des loyers versés par l’Etat aux gendarmeries. Actuellement, le plafonnement des loyers ne permet de « couvrir l’ensemble des charges supportées » et met donc en danger la viabilité financière des opérations, selon le sénateur de Meurthe-et-Moselle. « Il n’y a plus grand-chose à faire, soit on continue d’attendre, soit il y a la proposition qui est faite, pour vous aider à bousculer un peu le dispositif », a-t-il résumé.

Le ministre a précisé qu’il y avait bien une volonté à aller vers davantage de logique patrimoniale, plutôt qu’un recours à des locations. « Cela suppose des dispositifs juridiques sur lesquels nous réfléchissons actuellement », a-t-il précisé.

Les groupes de gauche ont tenté également de redonner des moyens à la police du quotidien, « la grande oubliée » de ce budget, a par exemple dénoncé le sénateur communiste Ian Brossat. Les socialistes et les écologistes ont également essayé de redonner des moyens supplémentaires à la police judiciaire, sans y parvenir. La hausse actuelle « n’est pas suffisante pour résorber le stock énorme de procédures en souffrance. Il manquerait 2 500 enquêteurs », a alerté la socialiste Audrey Linkenheld. Dans cette partie, seul un amendement du groupe PS a réuni une majorité de voix, pour renforcer les moyens de formation alloués à la police nationale sur les violences sexuelles. La centriste Olivia Richard a également réussi à faire passer son amendement pour rehausser les moyens de la plateforme Pharos, qui lutte contre les violences en ligne.

Inquiétudes partagées sur de nombreux bancs sur l’état de la flotte aérienne de la sécurité civile

La partie relative à la sécurité civile n’a en revanche pas évolué en séance, malgré de nombreuses inquiétudes sur l’état du matériel aérien de lutte contre les incendies. « J’alerte depuis plusieurs années sur les fausses promesses. Je déplore le dérapage du calendrier de livraison des premiers Canadair, je déplore également que les nouvelles commandes 2025 n’arrivent qu’en réaction aux mégafeux dans l’Aude », a dénoncé le rapporteur Jean-Pierre Vogel (LR). « Les Canadair ont en moyenne 30 ans d’âge », a également averti Patrick Kanner, le président des sénateurs socialistes.

Son sénateur de l’Aude, Sébastien Pla, a ainsi décrit les conséquences directes d’une flotte insuffisante. Rappelant que la totalité des moyens aériens disponibles ont été engagés dans son département au moment des grands incendies dans le massif des Corbières, il a indiqué que ces mêmes moyens avaient ensuite été dépêchés sur Marseille au moment d’un incendie simultané aux portes de la cité phocéenne. « On s’est retrouvés tous seuls, à poil dans l’Aude ! »

Le ministre a indiqué qu’une réflexion stratégique était « engagée ». Sur la période 2022-2029, 450 millions d’euros doivent être consacrés au renouvellement des hélicoptères, dont 100 millions d’euros sur la seule année 2026. Le projet de loi de finances a également inscrit l’ouverture de 200 millions d’euros pour financer la commande de deux nouveaux Canadair.

A la suite du « Beauvau de la sécurité civile » qui s’est achevé cet été, Laurent Nuñez a confirmé que ce rendez-vous donnerait « bien lieu à un texte ». « Il y aura bien une discussion qui s’engagera sur sa mise en œuvre. Les questions de financement ne seront pas éludées. »

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