La saison des lancements de travaux de contrôle au Sénat bat son plein. Après avoir investigué sur le scandale des eaux en bouteille l’an dernier, le groupe socialiste a maintenant dans son viseur les stratégies d’influence mises en place par des structures privées dans une logique d’agenda politique à bas bruit. Le principal groupe d’opposition à la majorité de droite et du centre dans la chambre haute exerce son droit de tirage annuel avec ce thème.
De source interne, sa demande devrait passer sans difficulté le filtre de la commission des lois, qui doit se prononcer ce mercredi sur sa recevabilité. La conférence des présidents, convoquée en fin d’après-midi, devra aussi acter dans un second temps la création de cette commission.
L’absence de transparence financière et les « risques en matière d’influence », deux éléments au cœur de la demande
Selon l’exposé des motifs de la proposition de résolution, il devient « indispensable d’aider les élus locaux et la société civile à connaître la provenance des fonds apportés à ces projets et à leur permettre d’identifier la démarche politique sous-jacente le cas échéant ». Le texte, dont la sénatrice PS de Paris Colombe Brossel est la première signataire, relève que les champs d’action sont larges : « entretien du patrimoine rural, soutien aux festivals de proximité, ouverture d’écoles ou collèges hors contrat en zones rurales, mécénat d’université, financement de projets associatifs, formation d’élus ou encore participation financière au développement de projets de réalité virtuelle ».
Les socialistes veulent tirer au clair ces mécanismes financiers, mais aussi « les risques en matière d’influence, d’absence de transparence financière et d’entrave au fonctionnement de la démocratie », selon l’intitulé de la future commission d’enquête.
Le milliardaire Pierre-Edouard Stérin coche de nombreuses cases du champ d’investigation
Si les termes employés sont généraux, on comprend à la lecture de la proposition de résolution et des divers exemples cités que le premier groupe de gauche du Sénat vise en premier lieu les financements opérés par le milliardaire proche de l’extrême droite, Pierre-Édouard Stérin. Durant l’été 2024, le quotidien L’Humanité avait révélé un document détaillant sa stratégie d’influence politique, celui du projet « Périclès » censé favoriser une victoire de l’union des droites aux prochaines élections.
L’entrepreneur, qui a fait fortune avec les Smartbox, entend mettre ses moyens au service de ses idées. Il finance notamment un organisme qui accompagne, au travers de séminaires de formation, des candidats aux élections municipales. L’homme d’affaires est également régulièrement critiqué localement à gauche pour la Nuit du bien commun, un événement caritatif organisé dans plusieurs villes favorisant des associations conservatrices.
Au printemps dernier, il avait refusé à deux reprises de se présenter devant la commission d’enquête sur « l’organisation des élections en France », installée par les députés de la France insoumise. Il s’agit pourtant d’une obligation légale, passible de 7 500 euros d’amende et deux ans d’emprisonnement encourus en cas de non-respect. À la suite d’un signalement du président Thomas Cazenave (Renaissance), une enquête a été ouverte. « On pense qu’il ne pourra pas se dérober deux fois », explique-t-on au groupe PS.