Les tentatives de manipulations de l’information en France sont en hausse en 2024, alerte Viginum

Auditionnés par la commission de la Défense et des Affaires étrangères du Sénat, Stéphane Bouillon, secrétaire général du SGDSN, (Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale), les patrons de l’Anssi et de la Viginum ont fait le bilan de leur action l’année dernière et listé les défis qui s’annoncent en 2025 avec une enveloppe budgétaire en baisse.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

A l’approche de l’examen du projet de loi de finances pour 2024 au Sénat, la commission de la défense et des forces armées auditionnait Stéphane Bouillon, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), Vincent Strubel, directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et de Marc-Antoine Brillant, chef du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum). Coupes budgétaires oblige, les crédits « relatifs à la coordination de la sécurité et de la défense sont, eux aussi en baisse.

« L’élection de Donald Trump va rebattre toutes les cartes »

« Nous devrons fonctionner avec 307,6 millions d’euros, soit 8 millions de moins qu’en 2024 », a confirmé Stéphane Bouillon, indiquant avoir pris des mesures pour adapter son organisation de façon à assurer la continuité des missions importantes » […] Nous ne serons pas empêchés dans notre cœur de métier », a-t-il assuré.

Quelques heures après les résultats des élections américaines, Stéphane Bouillon juge que « l’élection de Donald Trump va rebattre toutes les cartes » dans le conflit opposant la Russie à l’Ukraine. « Que va faire Trump ? Comment et quand cette guerre va-t-elle finir ? Quelles en seront les conséquences pour l’Europe. Nous entrons dans une période qui va être très complexe ».

Marc-Antoine Brillant a lui, comme l’année dernière, dressé un constat inquiétant de la menace informationnelle. L’année dernière, 5 campagnes de désinformation ont été dévoilées, notamment l’affaire des étoiles de David taguées. « C’est une menace que je qualifie d’intime parce qu’elle connaît le fonctionnement de notre démocratie, de notre société et de nos lignes de fracture. Elle suit notre actualité et tente d’exploiter tout fait divers ou tout évènement ». Il ajoute : « En 2023, nous avions identifié 230 phénomènes inauthentiques de manipulation de l’information. Pour cette année, au 1er octobre, nous avons déjà dépassé ce chiffre ».

L’année dernière, à la même époque devant la même commission, le directeur adjoint de l’Anssi avait exprimé ses craintes sur l’ampleur du défi que représentaient les JO qui allaient « concentrer sur notre pays un niveau inédit de cyberattaques ».

JO 2024 : 548 tentatives de cyberattaques

Le bilan s’est révélé plus que positif grâce à l’accompagnement de près de 500 entités jugées critiques pour l’organisation des jeux, dont beaucoup d’acteurs, comme les fédérations sportives, qui n’avaient pas de lien avec l’Anssi jusqu’alors. « C’est une victoire sans ambiguïté. Aucune cyberattaque n’a perturbé le fonctionnement des jeux, ni entamé la confiance des délégations et des délégations […] Pour autant, l’Anssi a dénombré 548 tentatives d’attaques dont 83 ont réussi à produire des effets, la plupart du temps mineurs », a expliqué Vincent Strubel.

Pour 2025, le patron de l’Anssi s’est montré confiant. « Notre efficacité fait qu’on arrive à faire aussi bien que d’autres avec des moyens trois fois moindres, tient en partie à un modèle avec une Anssi placée au-dessus de la mêlée interministérielle qui intervient dans tous les champs. Après les JO, un nouveau défi attend l’Anssi et non des moindres. La transposition en droit français de la directive européenne NIS 2 (Network and Information System Security) qui fait passer la liste des 500 opérateurs, qui ont actuellement l’obligation d’appliquer des règles de sécurité fixées par l’ANSSI, à 15 000. « Il faudra trouver le juste niveau d’exigence. Pas trop élevé car on ne traite pas une PME comme Airbus ou EDF et pas trop bas non plus, sinon ça ne servirait à rien », a-t-il expliqué précisant que cette mise en conformité prendrait au moins trois ans.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

5min

Parlementaire

Un rapport sur la souffrance psychique au travail enterré au Sénat par la droite et le centre

Depuis le mois de février 2026, une mission d’information travaillait au Sénat sur le thème de la souffrance psychique au travail. Constituée à la demande du groupe RDSE, groupe constitué majoritairement de radicaux au Sénat, cette mission n’a pas pu rendre public son rapport, comme c’est pourtant l’habitude au Parlement. En effet, mercredi 8 juillet 2026, la majorité de la droite et du centre s’est opposée aux conclusions de la rapporteure Annick Girardin. Explications.

Le

8min

Parlementaire

Zones grises de l’information : le Sénat veut muscler la lutte contre la désinformation avant 2027

Face aux plateformes, aux influenceurs et à l’intelligence artificielle, une mission d’information du Sénat alerte sur les nouvelles fragilités de l’espace informationnel français. Les sénateurs proposent notamment la création d’un observatoire indépendant de la désinformation interne avant l’élection présidentielle de 2027 et un renforcement des pouvoirs de l’Arcom.

Le

6min

Parlementaire

Jeux vidéo : le Sénat veut conditionner les aides publiques à des avancées concrètes pour les femmes

Le Sénat propose de faire de l’égalité femmes-hommes un critère d’attribution des aides publiques au secteur du jeu vidéo. Dans un rapport, la délégation aux droits des femmes estime que les financements publics doivent devenir un levier pour lutter contre le sexisme et favoriser la mixité dans une industrie où les femmes, pourtant près de la moitié des joueurs, restent largement absentes des studios, des compétitions professionnelles et des postes de direction.

Le

Temal capture
9min

Parlementaire

Présidence du groupe PS du Sénat : après la candidature de Rachid Temal face à Patrick Kanner, Michaël Weber « n’exclut rien »

Le sénateur du Val-d’Oise annonce être candidat à la présidence du groupe PS du Sénat, dirigé depuis 8 ans par Patrick Kanner. « Cette présidence de groupe, je la veux collective, transparente et très politique », affirme Rachid Temal. Mais un troisième nom pourrait sortir du chapeau, avec Michaël Weber, un soutien de Boris Vallaud. La bataille est lancée pour la présidence du groupe PS du Sénat.

Le