Loi d’urgence sur Mayotte : le gouvernement revient sur la mesure qui facilite les expropriations

Le Sénat a débuté, ce lundi, l’examen du projet de loi d’urgence pour la reconstruction de Mayotte après le passage du cyclone Chido. Lors de son examen à l’Assemblée, les députés avaient supprimé l’article 10 qui visait à faciliter l’expropriation pour cause d’utilité publique. Une mesure qui avait provoqué la colère des Mahorais. Les sénateurs n’avaient pas réintroduit ce dispositif en commission et Manuel Valls a indiqué qu’il ne le ferait pas en séance publique.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« L’Etat n’a pas failli », a une nouvelle fois martelé le ministre d’État, en charge des Outre-mer, Manuel Valls devant les sénateurs qui examinait ce lundi le projet de loi d’urgence pour la reconstruction de Mayotte. Adopté à la quasi-unanimité des députés il y a une quinzaine de jours, ce texte technique démarre son examen à la chambre haute.

Pour certains élus, en particulier ceux de Mayotte, le projet de loi, dont l’objectif est de pallier les urgences après le passage du cyclone Chido, est insuffisant. « Nous ne pouvons que regretter, à ce stade, l’impasse du champ restreint de ce projet de loi, nous empêchant d’aller plus loin », a fait part la sénatrice RDPI, Salama Ramia, précisant que son groupe votera quand même pour le texte.

Des mesures plus structurelles, en particulier celles visant à lutter contre l’immigration illégale ou encore sur l’accès à l’eau, seront portées par un autre texte, un projet de loi-programme ‘’Mayotte Debout’. « Il faut dissocier la notion de l’urgence de mesures de moyen et long terme », a souligné Manuel Valls.

Les sénateurs ont adopté, lundi soir, l’article 1er du projet de loi d’urgence qui crée un établissement public pour coordonner la reconstruction de l’archipel, en association avec l’État et les collectivités territoriales concernées. En commission, les sénateurs avaient consolidé le rôle des élus au sein de l’établissement public, en confiant la présidence du conseil d’administration, au président du conseil départemental. Sous la plume des sénateurs, le président de l’association des maires de Mayotte ainsi que les représentants des cinq établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), siégeront au sein du conseil d’administration.

En séance, un amendement du sénateur de Mayotte Saïd Omar Oili (apparenté socialiste) a raccourci de 3 à 1 mois le délai pour prendre l’ordonnance relative à l’établissement public.

« Cet article a été mal compris »

Rare point de crispation du texte, l’article 10 autorisait l’Etat à ordonner « l’expropriation définitive d’emprises foncières à Mayotte, dans l’objectif d’y faciliter » des chantiers. Il a été supprimé par les députés, attentifs aux inquiétudes les Mahorais qui vivent sur un territoire où ont lieu beaucoup de transmissions informelles de propriétés. En commission, les sénateurs ont fait le choix de ne pas réintroduire cet article. « Je constate que cet article a été mal compris […] Je fais le choix de ne pas proposer d’amendement de rétablissement de cet article », a indiqué Manuel Valls, en introduction des débats, promettant de revenir sur ce sujet, lors de l’examen du prochain projet de loi.

Rapporteure pour avis au nom de la commission des lois, Isabelle Florennes (Union centriste) a salué « le pragmatisme » du gouvernement sur ce point. « Cette mesure nécessitait plus de concertation et une écriture plus complète sûrement dans le prochain projet de loi. Vous nous avez entendus. Nous vous en sommes reconnaissants ».

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Grégoire 2
20min

Parlementaire

« On n'a jamais caché de pédophiles à la ville de Paris » : revivez l'audition d'Emmanuel Grégoire au Sénat sur le scandale du périscolaire

L'actuel maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a été auditionné ce mercredi 16 septembre par la commission d’enquête du Sénat sur les violences sexuelles dans le périscolaire en France. Alors que les signalements ont explosé à Paris entre 2025 et 2026, l’édile est visé par des investigations pénales, notamment pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et non-dénonciation d’agression.

Le

Loi d’urgence sur Mayotte : le gouvernement revient sur la mesure qui facilite les expropriations
5min

Parlementaire

« Jugez-nous sur nos résultats ! » : l’Ademe défend son périmètre face aux ambitions de la droite sénatoriale

Auditionné mardi 15 septembre par la commission spéciale chargée d’examiner la proposition de loi sur l’agencification, le président-directeur général de l’Ademe, Sylvain Waserman a fermement contesté l’idée d’une agence « hors de contrôle » et mis en garde contre une proposition de loi de la droite sénatoriale, qui, en la recentrant sur les seules entreprises, la priverait de son rôle auprès des collectivités.

Le

Loi d’urgence sur Mayotte : le gouvernement revient sur la mesure qui facilite les expropriations
5min

Parlementaire

Périscolaire : Jean-Michel Blanquer défend une « vision globale du temps de l'enfant » devant le Sénat

Auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur les violences dans le périscolaire, Jean-Michel Blanquer l’ancien ministre de l’Éducation nationale (2017-2022) est revenu sur son choix d’assouplir la réforme des rythmes scolaires. Il a surtout plaidé pour une refonte plus large de l’organisation du temps de l’enfant, entre école, périscolaire et vacances.

Le

Loi d’urgence sur Mayotte : le gouvernement revient sur la mesure qui facilite les expropriations
6min

Parlementaire

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires

Devant la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire, Vincent Peillon a défendu sa réforme des rythmes scolaires de 2013, tout en reconnaissant ses limites. Pour l'ancien ministre de l'Éducation nationale, le vrai problème reste ailleurs : le manque de reconnaissance, la précarité et l'insuffisante formation des animateurs chargés des enfants hors temps scolaire.

Le