Loi spéciale : C’est un « pont entre le budget non adopté et le budget qui va être adopté en 2025 », explique Anne-Charlène Bezzina

Ce matin, Anne-Charlène Bezzina, constitutionnaliste, était l’invitée de la matinale de Public Sénat. Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé sa volonté qu’une loi spéciale soit déposée dans les prochains jours au Parlement, quelles seront les modalités de son examen devant les deux assemblées parlementaires ? Les élus pourront-ils déposer des amendements sur le texte ? Un gouvernement démissionnaire peut-il défendre un tel texte ? Explications.
Camille Gasnier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Qu’est-ce qu’une loi spéciale ?

Hier soir, lors de son allocution, Emmanuel Macron a annoncé que le futur gouvernement déposera une loi spéciale « avant la mi-décembre au Parlement ». Prévue par l’article 45 de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), cette loi permet à l’Etat de percevoir les impôts en attendant l’adoption d’une loi de finances. Pour Emmanuel Macron, un tel texte constituera « la priorité » du futur gouvernement, et permettra de garantir « la continuité des services publics et de la vie du pays : elle appliquera pour 2025 les choix de 2024 ». Anne-Charlène Bezzina qualifie cette loi de spéciale de « pont entre le budget non adopté et le budget qui va être adopté en 2025 ».

Est-ce que des amendements peuvent être déposés sur un projet de loi spéciale ?

Plusieurs incertitudes planent sur ce texte, notamment sur son contenu. Est-ce que ce texte peut faire l’objet d’amendements au cours de son examen au Parlement ? Pour la constitutionnaliste, « c’est un sparadrap sur une jambe de bois, il n’y a pas vraiment de travail qui peut être réalisé là-dessus ». Elle rappelle que la seule loi spéciale. Elle rappelle le scénario de l’année 1979, au cours duquel l’accord le projet de loi de finances pour 1980 avait été censuré par le Conseil constitutionnel, une loi d’urgence avait ainsi été adoptée permettant au gouvernement de percevoir les impôts. Ce texte était composé d’un article unique. Pour la maîtresse de conférences en droit public, il serait étonnant que le Parlement amende ce texte, tout comme le gouvernement « étant donné que c’est vraiment une situation qui est censée durer maximum sur le mois de janvier ».

Un gouvernement démissionnaire peut-il défendre un projet de loi spéciale ?

Hier, le Premier ministre a remis sa démission au président de la République. Emmanuel Macron en a « pris acte », et a déclaré le gouvernement de Michel Barnier démissionnaire. Dans cette perspective, est-ce que le gouvernement peut défendre une loi spéciale devant les deux assemblées ? Anne-Charlène Bezzina assure que « c’est dans les compétences d’un gouvernement démissionnaire », dans la mesure où ce texte permet d’assurer la continuité de la vie nationale et le fonctionnement de l’Etat, or « c’est la tâche des ministres démissionnaires, ils ne sont pas là de manière fantomatique, ils sont là pour assurer cette continuité de l’Etat ».

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Loi spéciale : C’est un « pont entre le budget non adopté et le budget qui va être adopté en 2025 », explique Anne-Charlène Bezzina
8min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : les maires alertent sur les failles du système et réclament davantage de coordination avec la justice

Face à la multiplication des signalements de violences commises sur des enfants dans le cadre périscolaire, la commission d’enquête du Sénat a auditionné, ce mercredi 9 septembre, plusieurs élus confrontés à de telles affaires dans leurs communes. Ils témoignent d’un système à bout de souffle. Face aux soupçons d’agressions sexuelles sur de très jeunes enfants, ils dénoncent l’isolement institutionnel et le manque de coordination avec la justice.

Le

Loi spéciale : C’est un « pont entre le budget non adopté et le budget qui va être adopté en 2025 », explique Anne-Charlène Bezzina
9min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : à la Brigade de protection des mineurs, le défi de recueillir la parole des enfants

Auditionnés par la commission d’enquête du Sénat consacrée aux violences dans le périscolaire, Vincent Kozierow, chef de la Brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris, et Denis Collas, directeur adjoint de la police judiciaire chargé des brigades centrales à la préfecture de police de Paris, ont défendu les méthodes de leurs enquêteurs. Ils ont toutefois reconnu les difficultés auxquelles leurs services sont confrontés, notamment face à l’afflux de dossiers, qui peut ralentir l’ensemble de la chaîne judiciaire.

Le

Loi spéciale : C’est un « pont entre le budget non adopté et le budget qui va être adopté en 2025 », explique Anne-Charlène Bezzina
6min

Parlementaire

Périscolaire : « Huit minutes » pour devenir animatrice, le témoignage d’une journaliste qui alerte le Sénat sur les failles du recrutement

Auditionnée ce jeudi 3 septembre par la commission de la culture du Sénat, la journaliste de RTL Hermine Le Clech est revenue sur une enquête menée en novembre 2025. Pour tester les conditions de recrutement des animateurs périscolaires, elle s’était présentée dans une mairie avec un CV en partie falsifié. En huit minutes, sans diplôme dans l’animation, sans contrat de travail et alors que son casier judiciaire n’avait pas été vérifié, elle avait été envoyée au contact d’enfants dans une école de Créteil.

Le

Loi spéciale : C’est un « pont entre le budget non adopté et le budget qui va être adopté en 2025 », explique Anne-Charlène Bezzina
5min

Parlementaire

Régulation des contenus : « Ce qui est interdit hors ligne est interdit en ligne »

Auditionnée par la délégation aux droits des femmes du Sénat, la conseillère de l’Arcom a détaillé les marges de manœuvre limitées du régulateur face à la montée des contenus sexistes et masculinistes en ligne. L’instruction en cours visant le podcast « 10 000 pas », diffusé sur plusieurs plateformes de streaming, illustre les angles morts juridiques et les tensions entre cadre national et régulation européenne.

Le