Montée de l’antisémitisme : au Sénat, Gérald Darmanin pointe la responsabilité des réseaux sociaux et l’ingérence étrangère

Auditionné par la commission des lois ce 27 février, Gérald Darmanin a communiqué aux sénateurs un état des lieux de la montée de l’antisémitisme en France. Dans un contexte de hausse globale des actes antireligieux, le ministre de l’Intérieur annonce une hausse de 284 % des actes antisémites entre 2022 et 2023.
Rose-Amélie Bécel

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D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, transmis au Sénat par Gérald Darmanin dans le cadre de son audition ce 27 février, les actes antisémites ont connu une augmentation de 284 % en 2023, par rapport à 2022. « 2023 est une année particulièrement dramatique, puisque c’est une augmentation qui n’a pas d’équivalent », alerte le ministre de l’Intérieur. D’un point de vue géographique, c’est l’Ile de France qui a été la plus touchée par ces actes antisémites, avec 268 faits recensés concernant la seule ville de Paris.

Une forte hausse que Gérald Darmanin place dans un contexte de montée des actes antireligieux de manière générale, puisqu’il annonçait la veille une hausse de 30 % des actes antimusulmans sur la même période. Dans le contexte du conflit entre Israël et le Hamas, la flambée d’actes antisémites reste tout de même sans commune mesure, précise le ministre : « Les actes antisémites ont représenté, en 2023, 60 % des actes antireligieux, contre 26 % en 2022. »

« Beaucoup d’actes, mais peu de passages à l’acte »

Pour le ministre de l’Intérieur, le renforcement rapide de la sécurité autour des lieux communautaires ont tout de même permis d’éviter le pire. Si les atteintes recensées aux personnes sont passées de 231 en 2022 à 968 en 2023, Gérald Darmanin estime qu’il s’agit la plupart du temps de « menaces » et non « d’actes physiques ». « S’il y a eu beaucoup d’actes, mais peu de passages à l’acte, c’est parce qu’il y a eu énormément d’interpellations », explique le ministre, en précisant que 4 500 sites rattachés à la confession juive ont été placés sous surveillance 24 heures sur 24 l’an dernier, après les attaques du 7 octobre. Une forte présence policière et une multiplication des arrestations, qui explique aussi mécaniquement « la très grande augmentation des actes antisémites », précise Gérald Darmanin.

Autre facteur d’un moindre passage à l’acte, selon le ministre de l’Intérieur, les mesures d’interdiction de manifestations pro-palestiniennes : « Nous avons été le seul pays européen à interdire ces manifestations au lendemain du 7 octobre, considérant que cela n’a rien à voir avec la cause palestinienne de se réjouir quelques heures après des massacres et des viols de masse. Je constate que nous n’avons pas connu les manifestations qu’il y a eu à Berlin, New-York ou Londres, où on a manifestement appelé à la mort des Juifs, on a brulé des drapeaux et des effigies. »

Enfin, un certain nombre d’arrêtés de fermeture de lieux de culte et de dissolution ont été pris pour des motifs antisémites. Sans détailler de chiffres spécifiques pour l’année 2023, Gérald Darmanin précise que, ces dernières années, « sur les 47 décrets de dissolution sur le fondement de l’antisémitisme, la moitié concernait des structures d’ultradroite, l’autre moitié des structures islamistes ».

« 75 % des contenus apologétiques ou antisémites se trouvent sur Twitter »

C’est sur la lutte contre la haine en ligne, que les propos du ministre de l’Intérieur sont les plus alarmants. « Nous n’arrivons pas à faire entendre raison aux grandes plateformes de réseaux sociaux, qui doivent évidemment intensifier leur travail de modération de contenus haineux », regrette Gérald Darmanin. C’est pourtant sur ce terrain que se joue désormais la lutte contre l’antisémitisme pour le ministre : « L’imam TikTok, ou l’imam Google, est désormais plus efficace que ce que nous connaissions il y a cinq ou dix ans quand nous avons pris des dispositions législatives de fermeture de lieux de culte radicalisés. »

Gérald Darmanin reconnaît que les difficultés de modération sont encore plus grandes avec X – anciennement Twitter – en raison de « la nouvelle politique de son dirigeant », alors que « 75 % des contenus apologétiques ou antisémites se trouvent sur Twitter ». Face à cela, le ministre de l’Intérieur prône la création « d’un équivalent de l’Arcom [l’autorité de régulation de l’audiovisuel] pour nos réseaux sociaux ».

Enfin, le ministre de l’Intérieur a été interrogé sur les actes d’ingérences étrangères liés à l’antisémitisme, notamment les tags d’étoiles de David réalisés dans la capitale par un groupe de Moldaves. « Ils ont été réalisés par deux équipes de Moldaves, manifestement embauchés par un proxy russe, l’enquête le dira », précise Gérald Darmanin. Pour lutter contre ces ingérences étrangères, notamment celles de la Russie qu’il qualifie de “principal ennemi”, le ministre plaide pour « une HATVP [autorité de transparence de la vie publique] des ingérences » : « On peut très bien avoir des affinités, des liens ou même des financements d’Etats étrangers, mais encore faut-il les connaître pour savoir ce qui relève de la conviction personnelle ou d’une certaine forme d’influence ». Le Sénat s’intéresse par ailleurs à ces menaces d’ingérence dans le cadre d’une commission d’enquête, dont les travaux ont également débuté ce 27 février.

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