Narcotrafic : le Sénat autorise les services de renseignement à accéder aux messageries cryptées

Lors de l’examen de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, le Sénat a voté un amendement de la droite sénatoriale avec l’appui du gouvernement, qui oblige les messageries cryptées comme WhatsApp ou Telegram de permettre aux services de renseignement d’accéder aux échanges des trafiquants.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

Alors que le Sénat achevait la première journée de l’examen de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, un amendement du président de la commission des affaires étrangères et de la Défense, Cédric Perrin (LR) pourrait, s’il est conservé au bout de la procédure parlementaire, bousculer les habitudes des trafiquants. « Je ne vois pas en quoi on ferait une différence entre ce qui est fait aujourd’hui avec les SMS et les mails et ce qui serait fait demain avec WhatsApp, Signal et Telegram », a-t-il justifié en présentant son amendement qui vise à contraindre les messageries cryptées à donner les clés de déchiffrement aux services de renseignement afin d’accéder aux correspondances et données des narcotrafiquants.

Cet accès serait limité aux échanges faisant l’objet « d’une autorisation spécifique de mise en œuvre des techniques de recueil de renseignement », après avis de la CNCT (commission nationale de contrôle des techniques de renseignement). En cas de manque de coopération de la part de la plateforme, une amende pouvant atteindre jusqu’à 2 % du chiffre d’affaires mondial annuel hors taxes, est prévue.

Le rapporteur socialiste de la proposition de loi, Jérôme Durain a émis un avis défavorable soulignant que cet amendement « était lourd de conséquences ». « Aucune audition, pas d’étude d’impact, une technique invasive, une porte dérobée dont on ne sait pas qui l’emprunter […] Je pense qu’il faut donner de l’élan à ce texte et dire que le Sénat a travaillé dans l’esprit de la chambre des libertés qu’il est ».

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau a, sans surprise, émis lui un avis favorable. « On n’a plus affaire à des enfants de chœur. Ces gens-là se cachent derrière les chiffrements […] Pensez-vous un seul instant que les policiers et les gendarmes s’amusent à intercepter des conversations privées ? ils le font dans le cadre d’enquêtes et dont les moyens sont proportionnés à la finalité. L’idée c’est demander des clés de déchiffrement sans que les opérateurs nous opposent des clauses contractuelles parce que c’est ce qu’ils font actuellement », a-t-il justifié.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – SENAT – PROJET LOI PROTECTION ENFANTS
10min

Parlementaire

Protection de l’enfance : imprescriptibilité, contrôle d’honorabilité… Que contient le projet de loi adopté et modifié par le Sénat ?

Le Sénat a adopté à la quasi-unanimité le projet de loi relatif à la protection des enfants. Imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs rétablie, ordonnance de sûreté de l'enfant, contrôle d'honorabilité renforcé… Les sénateurs ont modifié le texte marquant à plusieurs reprises leurs désaccords avec le gouvernement. Tour d’horizon des différents points du projet de loi et de ses modifications.

Le

Narcotrafic : le Sénat autorise les services de renseignement à accéder aux messageries cryptées
6min

Parlementaire

Périscolaire : le Sénat étend et renforce le « contrôle d’honorabilité » à l’ensemble des personnels aux contacts de mineurs

Le Sénat, qui examine le projet de loi sur la protection de l’enfance, a adopté ce jeudi 29 octobre un régime global de contrôle des antécédents judiciaires pour les personnes exerçant auprès de mineurs, qu’il s’agisse de professionnels ou de bénévoles. Ce dispositif, qui balaye de nombreux secteurs socio-professionnels, se veut notamment une réponse aux agressions constatées dans le périscolaire.

Le

Narcotrafic : le Sénat autorise les services de renseignement à accéder aux messageries cryptées
7min

Parlementaire

Protection de l’enfance : le Sénat rétablit l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs 

Elle avait été votée par les députés, puis écartée par la commission des lois. Mercredi 28 octobre, le Sénat a finalement rétabli l’imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des mineurs, par 252 voix contre 80. Les rapporteures Agnès Canayer (LR) et Dominique Vérien (UC) l’avaient supprimée au nom de « la tradition juridique », qui réserve l’imprescriptibilité aux crimes contre l’humanité. Soutenue par le gouvernement, la mesure a fini par s’imposer dans l’hémicycle, au prix d’un débat où les convictions ont évolué et où les échanges se sont tendus.

Le

Narcotrafic : le Sénat autorise les services de renseignement à accéder aux messageries cryptées
5min

Parlementaire

Protection de l’enfance : le Sénat rétablit à une voix près l’ordonnance de sûreté de l’enfant

Le projet de loi sur la protection de l’enfance, examiné au Sénat ce mercredi 28 octobre, entend apporter des réponses à plusieurs défaillances du système de protection des mineurs, mises en lumière par des affaires récentes. Parmi les mesures débattues, l’ordonnance de sûreté de l’enfant, qui doit permettre de mettre rapidement à l’abri un mineur en danger sans attendre les conclusions de l’enquête judiciaire, a été rétablie dans la version adoptée par l’Assemblée nationale.

Le