New Caledonia Unrest
Municipal police vans patrol the streets in Noumea, New Caledonia, Thursday May, 16, 2024. France has imposed a state of emergency in the French Pacific territory of New Caledonia. The measures imposed on Wednesday for at least 12 days boost security forces' powers to quell deadly unrest that has left four people dead, erupting after protests over voting reforms. (AP Photo/Cedric Jacquot)/ENA109/24137301069477//2405161038

Nouvelle-Calédonie : après la réunion à Matignon, les parlementaires « pour une mission de dialogue et un recul du Congrès »

Recevant les présidents de l’Assemblée et du Sénat, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, et les groupes politiques, le premier ministre Gabriel Attal n’a pas fait d’annonce, sauf sur l’annulation du passage de la flamme olympique en Nouvelle-Calédonie. Tous demandent une mission de dialogue. « Il y a une reprise en main par Emmanuel Macron », selon la socialiste Corinne Narassiguin.
François Vignal

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Après cinq jours de tensions et de situation insurrectionnelle, la Nouvelle-Calédonie est revenue vendredi dans une situation « plus calme et apaisée », selon le haut-commissaire de la République, Louis le Franc. Un calme qui reste tout relatif. Après cinq morts, dont deux gendarmes, de nombreux blessés, des magasins brûlés ou pillés, des coups de feu qui résonnent et angoissent des habitants retranchés chez eux depuis lundi et qui s’organisent pour défendre eux-mêmes leurs quartiers, l’archipel est sous le choc. L’Etat d’urgence a été décrété depuis mercredi, des renforts de forces de sécurité ont été envoyés depuis la métropole pour aider les forces de police insuffisamment nombreuses.

Face à cette situation de crise, dont l’étincelle a été l’examen par l’Assemblée du projet de loi constitutionnel dégelant et élargissant le corps électoral du « caillou », le surnom de l’île, le premier ministre Gabriel Attal a reçu ce vendredi, à 19 heures, les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, ainsi que les groupes de contact parlementaire avec la Nouvelle-Calédonie et les parlementaires de l’île. Une réunion tenue sans le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pourtant jusqu’ici en charge du dossier, officiellement retenu à l’Elysée au sujet du dossier Mayotte…

Bilan des courses, aucune décision particulière n’a été annoncée par le premier ministre, à l’issue de ces un peu plus de deux heures de réunion. Mais une tendance se dégage clairement chez les participants pour demander une mission de dialogue. Beaucoup remettent aussi en cause la tenue du Congrès, qui doit entériner la révision constitutionnelle sur le dégel du corps électoral.

« Gérard Larcher a dit que qu’il était d’accord pour une mission de dialogue, mise en place rapidement », selon François-Noël Buffet

« Il n’y a pas eu d’annonce, c’était un tour de table, avec la position des uns et des autres. Pour le compte de la majorité du Sénat, c’est le président Gérard Larcher qui s’est exprimé. Il a dit que qu’il était d’accord pour une mission de dialogue, qu’une mission soit mise en place rapidement », explique à la sortie le président LR de la commission des lois, François-Noël Buffet. Hier, Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, a proposé qu’un « comité de médiateurs » soit mis en place avec Gérard Larcher à sa tête, mais aussi son homologue de l’Assemblée.

« Gérard Larcher a aussi insisté sur le fait que le côté institutionnel est évidemment important, mais qu’il fallait aussi s’attaquer au projet économique, social et la question du nickel bien sûr, tout en disant que le préalable, c’est le retour de l’ordre public », ajoute François-Noël Buffet. Faut-il aller jusqu’à suspendre le congrès, pour calmer les esprits ? « Si une mission est mise en place et doit engager le dialogue, il faut effectivement, pendant la période de la mission, peut-être s’interroger sur la convocation du Congres. Mais c’est une décision qui dépend du Président de la République », avance le président de la commission des lois.

« Yaël Braun-Pivet a dit qu’elle était favorable à une mission de dialogue et qu’il ne fallait pas convoquer le Congrès »

Le sénateur du Rhône souligne aussi que « tout le monde a insisté sur les conditions sanitaires et alimentaires de l’ensemble des Calédoniens ».

La présidente de l’Assemblée nationale s’est de nouveau démarquée du chef de l’Etat, car selon François-Noel Buffet, elle a pointé le processus législatif en cours. « Yaël Braun-Pivet a dit qu’elle était favorable à une mission de dialogue et qu’il ne fallait pas convoquer le Congrès. Ce n’est pas tout à fait l’avis du Président, de ce qu’on a compris… Au début de la réunion, le premier ministre a rappelé que le Président était pour une convocation du Congrès à la fin juin, mais que son rôle était de consulter tout le monde, et de voir ce qu’il en était », raconte le président de la commission des lois.

« Il faut que les gens se remettent à causer. Mais jusqu’à présent, ils se tiraient dessus à coups de fusil… »

De son côté, le président du groupe Union centriste du Sénat, Hervé Marseille, a noté « une convergence pour dire qu’il faut que le dialogue reprenne et aboutisse, une convergence assez forte pour créer une mission de dialogue, avec des personnalités nationales de haut niveau, et une convergence pour dire que la réforme constitutionnelle doit être le résultat de l’accord qui interviendra localement ». Le président de l’UDI ajoute que « dans l’accord, il y a bien sûr le corps électoral, la composition du congrès, les perspectives référendaires et un volet financier et budgétaire. Il y a quand même 400 millions d’euros de dégâts ».

Et quid du Congrès ? « Si vous arrivez à faire tout en trois semaines, c’est formidable… C’est pour ça qu’il y a aussi une large convergence pour dire qu’il faut reculer la date du Congrès pour donner suite à tous les points », soutient Hervé Marseille, qui ajoute : « Rien que retrouver un peu d’ordre, ce n’est pas fait. Les gens ne circulent pas aujourd’hui. Après, il faut que les gens se remettent à causer. Mais jusqu’à présent, ils se tiraient dessus à coups de fusil… » Le sénateur des Hauts-de-Seine pense qu’« on peut parfaitement trouver un accord dans les trois mois qui viennent, et revoter tout ça pour que des élections aient lieu à l’automne 2025 ».

Hervé Marseille note une voix dissonante cependant : « Les seuls qui réclament, de façon paradoxale, le respect du calendrier pour le Congrès, ce sont les LR – ainsi que le rapporteur Renaissance du texte, Nicolas Metzdorf – sur le thème les factieux ne vont pas obtenir gain de cause ». Quand le sénateur parle des LR, il faut comprendre Olivier Marleix, président du groupe LR de l’Assemblée. Il faut avoir en tête que les LR sont proches des loyalistes, opposés aux indépendantistes.

« C’est un dossier qui a été repris en main facialement par Matignon mais en réalité par l’Elysée », selon la socialiste Corinne Narassiguin

Tous les participants ont noté que le premier ministre s’était peu exprimé sur le fond. Corinne Narassiguin, présente pour le groupe PS du Sénat, y voit un signe clair. « C’est un dossier qui a été repris en main facialement par Matignon mais en réalité par l’Elysée. On a compris qu’il y avait une reprise en main par Emmanuel Macron, car à la fin, Gabriel Attal ne nous donne que des détails, qui sont utiles et importants, car portant sur la situation, la manière de gérer l’urgence, la sécurité, le niveau sanitaire et alimentaire, mais tout ce qui est perspective politique, il a bien pris note de ce qu’on a dit, mais ne s’est pas prononcé. La seule chose qu’il ait accepté de nous dire, c’est sa conviction que la solution était forcément politique », explique Corinne Narassiguin, « mais ni sur la mission de dialogue, ni sur la question de la date du Congrès, il ne nous a répondu. Il a dit qu’il en parlerait au Président ».

« On peut se demander qui pilote. On était plusieurs à demander qu’il y ait une reprise en main du dossier par le premier ministre », ajoute Guillaume Gontard, président du groupe écologiste du Sénat. Le sénateur de l’Isère exprime « beaucoup d’inquiétude, car (il a) ressenti beaucoup d’amateurisme ».

« Tout le monde a parlé reprise du dialogue »

Sur le fond, « tout le monde a parlé reprise du dialogue et que la perspective du Congrès devait être retirée », confirme la sénatrice PS de Seine-Saint-Denis, selon qui « Gérard Larcher a dit que le calendrier législatif actuel ne permettait pas la reprise du dialogue, et qu’il ne voyait pas comment on pouvait convoquer un congrès, sans qu’il y ait un accord global », résume en substance Corinne Narassiguin. Pour la secrétaire nationale à la coordination du PS, il faut aussi un « réinvestissement de l’Etat sur les infrastructures, l’emploi, le système de santé ». Il faut aussi « donner un avenir à toute cette jeunesse. L’absence de perspective nourrit la colère ».

La sénatrice PS note au passage que Marine Le Pen, qui a dû partir avant la fin, « a parlé de rapatriement. J’aurais plutôt parlé d’évacuation sanitaire. Je pense que ça lui a échappé… »

Maintenir le Congrès en juin serait « irresponsable », selon l’écologiste Guillaume Gontard

« Même si certains n’ont pas été très clairs sur la notion de report du texte, on sent que cela pourrait s’entendre. Ça paraît invraisemblable de maintenir un Congrès en juin. Ce serait totalement irresponsable, la situation est encore très tendue », met en garde Guillaume Gontard.

« On a été plusieurs aussi à demander qu’une personnalité forte du gouvernement aille sur place », ajoute le sénateur écologiste. « Il a répondu qu’il aimerait y aller mais qu’il ne veut pas être une entrave à l’organisation de la sécurité sur place et qu’il ne veut pas y aller sans avoir des annonces politiques fortes à faire, donc il faut d’abord qu’il y travaille avec le Président », selon Corinne Narassiguin.

Interrogé sur la tenue des européennes, « le premier ministre a dit que c’était son devoir d’assurer la tenue des élections en Nouvelle-Calédonie », rapporte Guillaume Gontard, qui évoque la seule annonce faite par Gabriel Attal lors de la réunion : « Par contre, la flamme olympique, qui devait passer en Nouvelle-Calédonie, a été annulée », selon le président du groupe écologiste du Sénat.

En cas de prolongation de l’Etat d’urgence, examen au Parlement du 22 au 24 mai

La question de l’Etat d’urgence va vite aussi se poser. Décrété mercredi dernier, il est valable pour une durée de 12 jours. Au-delà, un projet de loi est nécessaire pour le prolonger. Tout va dépendre de l’évolution de la situation. « Il prépare la possibilité d’un texte pour prolonger l’Etat d’urgence la semaine prochaine, si besoin. Mais leur objectif, c’est qu’il n’y en ait pas besoin. Ils décideront d’ici la fin du week-end », selon Corinne Narassiguin. « Les renforts continuent d’arriver et je pense qu’ils veulent voir si les choses s’améliorent », ajoute la socialiste.

Si texte il y a, il devra être d’abord présenté en Conseil des ministres, qui pourrait exceptionnellement se tenir en début de semaine dans ce cas. En cas d’examen, « ça se jouera entre le mercredi 22 et le vendredi 24, sachant que l’Assemblée se prononcera en premier », confie François-Noël Buffet, qui précise : « Bien sûr, on est prêt à voter le texte, s’il y a besoin ». D’ici là, sa commission des lois a annoncé le lancement d’une mission de suivi de l’Etat d’urgence, mise en place « dès mercredi ». « S’il n’est pas prolongé, on verra » le devenir de la mission, glisse François-Noël Buffet, « mais si l’Etat d’urgence est prolongé, il est sûr qu’on en aura besoin ».

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