Anne Sander ok 2

Parole d’eurodéputée : « Lors du covid, on s’est retrouvées avec une collègue allemande à la frontière, la police nous empêchaient de passer », raconte Anne Sander

[SERIE] Le Parlement européen raconté par ses eurodéputés. Pour mieux comprendre le travail à Bruxelles et Strasbourg, la parole à ceux qui font vivre l’institution : les eurodéputés. Pour les LR, Anne Sander a œuvré pour modifier le volet agricole du texte sur la restauration de la nature, ouvrant « la voie à plus de pragmatisme au niveau du Parlement européen » et un texte plus « pro agriculture ». Malgré son travail actif au Parlement européen, les LR l’ont reléguée à la dixième place de la liste, qui risque de ne pas être éligible…
François Vignal

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Au fait, comment ça se passe le travail d’un parlementaire européen ? A l’occasion des élections européennes du 9 juin, publicsenat.fr donne la parole aux eurodéputés sortants. Plus qu’un bilan de la mandature qui s’achève, ils nous parlent de leurs victoires, leurs échecs ou regrets aussi, pour mieux comprendre le fonctionnement spécifique du Parlement européen. Après l’écologiste David Cormand, l’eurodéputée Renaissance Fabienne Keller, le député européen RN Thierry Mariani, Aurore Lalucq, eurodéputée Place publique qui siège avec les socialistes, la parole est à Anne Sander, eurodéputée LR, membre du groupe PPE (Parti populaire européen).

Eluée au Parlement européen depuis 2014, elle est dans son élément. « C’est un mandat passionnant », dit-elle. Comme pour beaucoup d’élus, la pandémie reste une période marquante. Mais pour l’eurodéputée LR, c’est encore pour une autre raison. « La crise covid a été un moment très fort. Avec pour moi une double casquette, en tant que questeure du Parlement et élue strasbourgeoise. Car les parlementaires ne sont pas venus pendant plus d’une année à Strasbourg ! Cela a été un combat », se souvient encore Anne Sander (voir la photo, crédits : compte X d’Anne Sander). « Normalement, les eurodéputés siègent trois semaines à Bruxelles et une semaine à Strasbourg (les deux villes se partagent le siège du Parlement, ndlr). C’est essentiel aussi pour l’économie alsacienne », insiste-t-elle, avant d’ajouter : « Quand la décision a été prise de ne pas venir à Strasbourg pendant le covid, que c’était vraiment un choix, on s’est dit que ce n’était pas possible ».

Les eurodéputés sont finalement revenus dans la capitale alsacienne. « Ce qui en découle, c’est que cela a consolidé le siège du Parlement à Strasbourg. Car le Parlement occupe maintenant un bâtiment supplémentaire et renforce sa présence en doublant les collaborateurs ici », salue la questeure.

Avec les Allemands, Anne Sander « parle l’alsacien et eux leur dialecte, c’est très drôle »

« Le quotidien du député européen, c’est avec des collègues d’autres pays. En tant qu’Alsacienne, je travaille beaucoup avec les Allemands », explique-t-elle. La française a un avantage : elle « parle la langue ». « On se parle allemand. Ou je parle l’alsacien et eux leur dialecte de leur côté. Ça arrive, c’est très drôle », sourit Anne Sander.

Une anecdote lui revient à l’esprit. Elle est encore liée à la pandémie. « Lors du covid, quand les frontières se sont fermées, on s’est retrouvées avec ma collègue allemande, Christine Schneider, dans une commune au nord de l’Alsace, coupée en deux entre les deux pays, Scheibenhard. Nous étions chacune d’un côté de la frontière, sur un petit pont, et on avait la police allemande, qui avait fermé la frontière, qui nous empêchaient de passer de l’autre côté. C’était le 9 mai 2020, un moment vraiment fort. On demandait la réouverture des frontières. Il y avait des familles qui étaient séparées, il y avait un cas de parents divorcés. C’était d’une complexité. On a marqué le coup. On s’est retrouvées sur la frontière », raconte Anne Sander.

« Il y a vraiment eu une bascule avec le texte sur la restauration de la nature »

Au plan législatif, le gros dossier qu’a suivi Anne Sander, c’est l’agriculture, via le texte sur la « restauration de la nature ». A cette occasion, la question environnementale s’est retrouvée au milieu d’une bataille politique. « Il y a eu deux temps. J’étais en charge du texte en commission de l’agriculture, où il a été rejeté. Et en plénière, il a été adopté mais on l’avait vidé de sa substance. Cela a montré que le Parlement pouvait inverser la tendance. La plénière a rejeté tout le volet agricole. Ensuite en trilogue, l’article sur le volet agricole a été remis, mais il n’avait rien à voir avec la proposition initiale », explique Anne Sander, avec à la clef un texte « plus pro agricole, ou plutôt plus pro producteurs ».

« Il y a vraiment eu une bascule avec le texte sur la restauration de la nature. En commission de l’agriculture, j’avais en face de moi l’eurodéputé Renaissance Pascal Canfin, président de la commission de l’environnement, qui a tout fait pour passer en force. Mais avec mon groupe politique, on est arrivés à faire rejeter ce texte, qui est un symbole de l’idéologie, des décisions qui mènent à toujours plus de normes. Rejeter ce texte en commission a permis d’ouvrir la voie à plus de pragmatisme au niveau du Parlement européen », insiste la députée européenne LR, qui affirme que « c’est ça qui a inversé la majorité au Parlement. On a créé une majorité, ce qui a permis ensuite de rejeter le texte sur les pesticides et d’alléger ou de stopper des réglementations ». Lors de la dernière ligne droite en séance, la semaine du 22 avril, « on a gagné d’autres combats sur l’agriculture, avec une réforme de la PAC votée, qui allège les charges des agriculteurs », se réjouit encore Anne Sander.

« Il faut boire beaucoup de café, ça passe par là aussi ! C’est un travail de fourmi »

L’élue de droite cite le texte « Restore Nature », son nom en anglais, comme une victoire pour son camp. Mais ce qui est intéressant, c’est que l’écologiste David Cormand cite le même texte comme un pas en avant pour la biodiversité, malgré les reculs. Le texte est large et couvre beaucoup de sujets. Mais si une LR et un écologiste peuvent s’y retrouver, c’est bien le fruit de la méthode de travail au Parlement européen : le compromis. Anne Sander raconte : « Cela prend beaucoup de temps. Il faut échanger, construire une majorité. Il faut convaincre, organiser les choses, il faut boire beaucoup de café, ça passe par là aussi ! C’est un travail de fourmi. Il faut voir ce que les uns et les autres peuvent accepter en fonction aussi des délégations nationales. Il faut voir toutes les délégations, y compris discuter avec quelques socialistes, certains Renew », où siègent les macronistes.

Et parfois, tous les eurodéputés votent ensemble. « Sur les gros camions, il y a quelques semaines, tous les Français ont voté pour l’interdiction des supers camions. C’est plus rare », note l’eurodéputée LR, car « dans ce mandat, les positions étaient plus marquées. Il y avait beaucoup de choses qui nous distinguent, à commencer par les textes autour du green deal ».

Chez les LR, la valeur travail ne paie pas…

Elle met au rang des regrets « les textes liés à l’immigration. On aurait pu aller plus loin et ne pas se répartir les migrants entre Etats membres. C’est la raison pour laquelle on n’a pas voté l’ensemble des textes », explique-t-elle. Même rejet sur la « fin du véhicule thermique en 2035, car cela va à l’encontre des Européens et des Français », juge l’élue de droite. Regret encore « de ne pas avoir rendu l’Europe plus proche du citoyen. Au contraire, les gens sont plus critiques vis-à-vis d’elle depuis ces cinq dernières années ».

L’eurodéputée, qui a été active durant ce mandat, est à nouveau candidate sur la liste menée par François-Xavier Bellamy. Mais à une modeste dixième place, qui risque, au regard des sondages qui ne décollent pas, être non éligible. Les sénateurs LR avaient pourtant, dans leur grande majorité, cosigné un courrier pour que la sortante soit plus haut sur la liste. Ils n’ont pas été entendus par la direction du parti. A croire que chez les LR, la valeur travail ne paie pas…

Partager cet article

Dans la même thématique

Grégoire 2
20min

Parlementaire

« On n'a jamais caché de pédophiles à la ville de Paris » : revivez l'audition d'Emmanuel Grégoire au Sénat sur le scandale du périscolaire

L'actuel maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a été auditionné ce mercredi 16 septembre par la commission d’enquête du Sénat sur les violences sexuelles dans le périscolaire en France. Alors que les signalements ont explosé à Paris entre 2025 et 2026, l’édile est visé par des investigations pénales, notamment pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et non-dénonciation d’agression.

Le

Parole d’eurodéputée : « Lors du covid, on s’est retrouvées avec une collègue allemande à la frontière, la police nous empêchaient de passer », raconte Anne Sander
5min

Parlementaire

« Jugez-nous sur nos résultats ! » : l’Ademe défend son périmètre face aux ambitions de la droite sénatoriale

Auditionné mardi 15 septembre par la commission spéciale chargée d’examiner la proposition de loi sur l’agencification, le président-directeur général de l’Ademe, Sylvain Waserman a fermement contesté l’idée d’une agence « hors de contrôle » et mis en garde contre une proposition de loi de la droite sénatoriale, qui, en la recentrant sur les seules entreprises, la priverait de son rôle auprès des collectivités.

Le

Parole d’eurodéputée : « Lors du covid, on s’est retrouvées avec une collègue allemande à la frontière, la police nous empêchaient de passer », raconte Anne Sander
5min

Parlementaire

Périscolaire : Jean-Michel Blanquer défend une « vision globale du temps de l'enfant » devant le Sénat

Auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur les violences dans le périscolaire, Jean-Michel Blanquer l’ancien ministre de l’Éducation nationale (2017-2022) est revenu sur son choix d’assouplir la réforme des rythmes scolaires. Il a surtout plaidé pour une refonte plus large de l’organisation du temps de l’enfant, entre école, périscolaire et vacances.

Le

Parole d’eurodéputée : « Lors du covid, on s’est retrouvées avec une collègue allemande à la frontière, la police nous empêchaient de passer », raconte Anne Sander
6min

Parlementaire

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires

Devant la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire, Vincent Peillon a défendu sa réforme des rythmes scolaires de 2013, tout en reconnaissant ses limites. Pour l'ancien ministre de l'Éducation nationale, le vrai problème reste ailleurs : le manque de reconnaissance, la précarité et l'insuffisante formation des animateurs chargés des enfants hors temps scolaire.

Le